‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 853 sur 1159 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Continuation du même sujet. Nécessité de bien composer les lois.

La loi de l’ostracisme fut établie à Athènes , à Argos et à Syracuse r. A Syracuse elle fit mille maux , parce qu’elle fut faite sans prudence. Les principaux citoyens se bannissaient les uns les autres en se mettant une feuille de figuier 2 à la main 3 ; de sorte que ceux qui avaient quelque mérite quittèrent les affaires. A Athènes , où le législateur avait senti l’extension et les bornes qu’il devait donner à sa loi , l’ostracisme fut une chose admirable : on n’y soumettait jamais qu’une seule personne; il fallait un si grand nombre de suffrages , qu’il était difficile qu’on exilât quelqu’un dont l’absence ne fut pas nécessaire.

On ne pouvait bannir que tous les cinq ans : en effet , dès que l’ostracisme ne devait s’exercer que contre un grand personnage qui donnerait de la crainte à ses concitoyens , ce ne devait pas être une affaire de tous les jours.

Que les lois qui paraissent les mêmes n’ont pas toujours eu le même motif.

On reçoit en France la plupart des lois des Romains sur les substitutions; mais les substitutions y ont tout un autre motif que chez les Romains. Chez ceux-ci , l’hérédité était jointe à de certains sacrifices qui devaient être faits par l’héritier, et qui étaient réglés par le droit des pontifes 4. Cela fit qu’ils tinrent à déshonneur de mourir sans héritier; qu’ils prirent pour héritiers leurs esclaves, et qu’ils inventèrent les substitutions. La substitution vulgaire, qui fut la première inventée, et

1 Aristote, République, liv. Y, chap. in

2 Plutarque et Diodore de Sicile disent « une feuille d’olivier, rrÉTxXov èXataç- Voyez dans Diodore, liv. XI, la cause de l’établissement de cette loi , qu’on appelait à Syracuse le Pétalisme, la manière dont elle s’exécutait, et les raisons qui la lirent abolir.

3 Plutarque, Fie de Uenys

4 Lorsque l'hérédité était trop chargée, on éludait le droit des pontifes par de certaines ventes ; d’où vint le mot sine sacris h créditas.

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