‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 868 sur 1159 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Des lois féodales.

Je croirais qu’il y aurait une imperfection dans mon ouvrage si je passais sous silence un événement arrivé une fois dans le monde , et qui n’arri-

1 Dans son Utopie.

2 Cette dernière partie du livre immortel de V Esprit des Lois est la seule contre laquelle la critique semble avoir conservé quelque avantage. Parmi les gens de goût, il en est peu qui aient eu le courage de la lire , et ceux qui l’ont lue se plaignent de n’avoir pu l’entendre. Il fallait conduire peu à peu le lecteur dans les routes ténébreuses de ces siècles reculés , lier tous les faits , expliquer tous les mots de ces lois dont on n’entend plus la langue , suppléer aux monuments qui manquent par des développements étendus de ceux oui nous restent ; il ne fallait rien supprimer, rien franchir : mais cette méthode était opposée à la nature du génie de Montesquieu. Occupé à découvrir, il ne l’est jamais à démontrer; on dirait qu’il ne songe jamais qu’on doit le lire , ou qu’il suppose que tous ses lecteurs ont son génie. Un mélange continuel de fragments de lois barbares et de pensées courtes et détachées , de textes obscurs et de commentaires profonds , fatigue l’attention la plus forte , et fait fermer le livre à chaque instant. Des traits lumineux , des expressions d’un grand éclat vous avertissent bien que vous marchez dans ces ténèbres à la suite d’un homme de génie ; mais rien n’est éclairé : il crée la lumière, et ne la répand pas sur les objets. (Garat, Mercure de France, 6 mars 1784.)

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