‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 870 sur 1159 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des sources des lois féodales2.

Les peuples qui conquirent l’empire romain étaient sortis de la Germanie. Quoique peu d’auteurs anciens nous aient décrit leurs mœurs , nous en avons deux qui sont d’un très-grand poids. César, faisant la guerre aux Germains , décrit les mœurs des Germains 3 ; et c’est sur ces mœurs qu’il a réglé quelques-unes de ses entreprises 4. Quelques pages de César sur cette matière sont des volumes5.

1 Quantum vertice ad auras

Æthereas, tantum radice in tartara tendit.

VlRG.

2 Presque tous les écrivains qui se sont occupés des fiefs n’ont examiné que les droits féodaux, tels qu’ils existaient vers le milieu du dix-huitième siècle, s’embarrassant peu de connaître leur origine. Montesquieu l’a cherchée, cette origine : il a fouillé dans les archives des premiers âges de notre monarchie, et a suivi graduellement les révolutions que les fiefs ont essuyées, jusqu’au moment où les coutumes leur ont donné une forme régulière. Il est donc vrai qu’il a fini le traité des fiefs où la plupart des auteurs l’ont commencé *. ( Préface de l’édition de 1767.)

3 Livre VI.

4 Par exemple , sa retraite d’Allemagne. Ibid.

5 Je m’étonne que l’auteur de Y Esprit des Lois, écrivant surtout pour la France, et cherchant l’origine des lois féodales dans César, n’y ait vu que les Germains, dont il n’y est dit que quelques mots, et qu’il n’y ait pas trouvé les Gaulois, qui y figurent à chaque page , qui étaient des peuples beaucoup plus remarquables, beaucoup plus avancésdansla civilisation, beaucoup mieux connus de César, et qui auraient pu fournir à Montesquieu de tout autres lumières. (Chabrit.)

* Voyez les dernières lignes de l’Esprit des Lois.

Tacite fait un ouvrage exprès sur les mœurs des Germains. Il est court, cet ouvrage, mais c’est l’ouvrage de Tacite, qui abrégeait tout, parce qu’il voyait tout.

Ces deux auteurs se trouvent dans un tel concert avec les codes des lois des peuples barbares que nous avons, qu’en lisant César et Tacite on trouve partout ces codes ; et qu’en lisant ces codes on trouve partout César et Tacite.

Que si , dans la recherche des lois féodales , je me vois dans un labyrinthe obscur, plein de routes et de détours , je crois que je tiens le bout du fil , et que je puis marcher.

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