CHAPITRE III
Autorité des maires du palais.
J’ai dit que Clotaire II s’était engagé à ne point oter à W arnachaire la place de maire pendant sa vie. La révolution eut un autre effet ; avant ce temps , le maire était le maire du roi : il devint le maire du royaume; le roi le choisissait : la nation le choisit. Protaire, avant la révolution, avait été fait maire par Théodoric 1 , et Landéric par Frédégonde 2 mais depuis , la nation fut en possession d’élire 3.
Ainsi il ne faut pas confondre, comme ont fait quelques auteurs , ces maires du palais avec ceux qui avaient cette dignité avant la mort de Brunehault 4 , les maires du roi avec les maires du royaume. On voit, par la loi des Bourguignons, que chez eux la charge de maire n’était point une des premières de l’État 5 : elle ne fut pas non plus une des plus éminentes chez les premiers rois francs 6.
Clotaire rassura ceux qui possédaient des charges et des fiefs ; et , après la mort de Warnachaire ce prince ayant demandé aux seigneurs assemblés à Troyes qui ils voulaient mettre en sa place , ils s’écrièrent tous qu’ils n’éliraient point; et, lui de-
1 Instigante Brunie hilde , Theodorico jubente , etc. Frédégaire , chap. xxvii , sur l’an 605.
2 Gesta regum Francorum, chap. xxxvi.
3 Voyez Frédégaire , Chronique, chap. liv, sur l’an 626 ; et son continuateur anonyme, chap. ci, sur l’an 695, et chap. cv, sur l’an 715. Aimoin, livre IV, chap. xv. Éginhard, Fie de Charlemagne , chap. XLVIII. Gesta regum Francorum , chap.
4 Le maire du palais n’était d’abord que le chef des domestiques, et l’administrateur général de la maison du prince ; mais, après avoir essayé sa puissance à faire des rois, et à devenir perpétuel, il fut tout, et la loi qui avait défendu que les enfants succédassent à leurs pères dans les grands emplois tomba en désuétude. (Chabrit, de la Monarchie française , et de ses Lois, liv. VII , ch. lxiii.) (P.)
5 Voyez la loi des Bourguignons , in prœfat; et le second supplément à cette loi, titre xiii.
« Voyez Grégoire de Tours , liv. IX , chap. xxxvi.