‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 929 sur 1159 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Confusion de la royauté et de la mairerie 5. Seconde race.

L’ordre des matières a fait que j’ai troublé l’ordre des temps; de sorte que j’ai parlé de Charlema-

1 Comme il parait par son capitulaire de l’an 801 , art. 17, dans Baluze , tom. I, pag. 360.

2 Voyez sa constitution , insérée dans le code des Lombards , liv. III, tit. i,§ 44.

3 Voyez la constitution ci-dessus, et le capitulaire de Charles le Chauve, de l’an 846, chap. xx, in villa Sparnaco, édit, de Baluze, tom. II, pag. 31; et celui de l’an 853, chap. ni et v, dans le synode de Soissons , édit, de Baluze , tom. II , pag. 54 ; ci celui de l’an 854 , apud Attiniacum , chap. x , édition de Baiuze, tom. II, pag. 70. Voyez aussi le capitulaire premier de Charlemagne, incerti anni, art. 49 et 56 de Baluze, tom. I, pag. 519.

4 Voyez les capitulaires, liv. v, art. 44; et l’édit de Pistes de l’an 866 , art. 8 et 9 , où l’on voit les droits honorifiques des seigneurs, établis tels qu’ils sont aujourd’hui.

s Depuis longtemps ce mot n’est plus d’usage , on dit mairiec (P.)

gne avant d’avoir parlé de cette époque fameuse de la translation de la couronne aux Carlovin^iens faite sous le roi Pépin : chose qui, à la différence des événements ordinaires, est peut-être plus remarquée aujourd’hui qu’elle ne le fut dans le temps même qu’elle arriva.

Les rois n’avaient point d’autorité, mais ils avaient un nom; le titre de roi était héréditaire, et celui de maire était électif. Quoique les maires , dans les derniers temps, eussent mis sur le trône celui des Mérovingiens qu’ils voulaient, ils n’avaient point pris de roi dans une autre famille; et l’ancienne loi , qui donnait la couronne à une certaine famille, n’était point effacée du cœur des Francs. La personne du roi était presque inconnue dans la monarchie; mais la royauté ne l’était pas. Pépin, fils de Charles-Martel, crut qu’il était à propos de confondre ces deux titres : confusion qui laisserait toujours de l’incertitude si la royauté nouvelle était héréditaire, ou non; et cela suffisait à celui qui joignait à la royauté une grande puissance. Pour lors, l’autorité du maire fut jointe à l’autorité royale. Dans le mélange de ces deux autorités , il se fit une espèce de conciliation. Le maire avait été électif, et le roi héréditaire : la couronne, au commencement de la seconde race, fut élective, parce que le peuple choisit; elle fut héréditaire, parce qu’il choisit toujours dans la même famille r.

Le P. le Cointe, malgré la foi de tous les monuments2, nie que le pape ait autorisé ce grand changement3; une de ses raisons est qu’il aurait fait une injustice. Et il est admirable de voir un historien juger de ce que les hommes ont fait, par ce qu’ils auraient dû faire. Avec cette manière de raisonner, il n’y aurait plus d’histoire.

Quoiqu’il en soit, il est certain que, dès le moment de la victoire du duc Pépin , sa famille fut régnante, et que celle des Mérovingiens ne le fut plus. Quand son petit-fils Pépin fut couronné roi , ce ne fut qu’une cérémonie de plus, et un fantôme de moins; il n’acquit rien par là que les ornements royaux : il n’y eut rien de changé dans la nation.

J’ai dit ceci pour fixer le moment de la révolu-

1 Voyez le testament de Charlemagne ; et îe partage que Louis le Débonnaire fit à ses enfants dans l’assemblée des états tenue à Quierzy, rapportée par Goldast : Qucmpopulus eligere velit , utpatri suo succédât inregni hœreditate.

2 L’anonyme sur l’an 752; et Chron. Centud. sur l’an 754.

3 Fabella quæ post Pippini mortem excogitata est , cequitati acsanciitati Zachariæ papæ plurimum adversatur. (An' nales ecclésiatiques des Français, tom. II , pag. 319. )

DE L’ESPRIT DES LOIS

tion, afin qu’on ne se trompe pas, en regardant comme une révolution ce qui n’était qu’une conséquence de la révolution.

Quand Hugues Capet fut couronné roi, au commencement de la troisième race , il y eut un plus grand changement, parce que l’État passa de l’anarchie à un gouvernement quelconque ; mais quand Pépin prit la couronne , on passa d’un gouvernement au même gouvernement.

Quand Pépin fut couronné roi , il ne fît que changer de nom ; mais , quand Hugues Capet fut couronné roi , la chose changea , parce qu’un grand fief uni à la couronne fit cesser l’anarchie.

Quand Pépin fut couronné roi , le titre de roi fut uni au plus grand office ; quand Hugues Capet fut couronné, le titre de roi fut uni au plus grand fief.

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