‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 965 sur 1159 · DES CONSEILS DE RELIGION · texte numérisé non relu

DES CONSEILS DE RELIGION

L’auteur, dans le livre sur la religion , a combattu l’erreur de Bayle ; voici ses paroles 1 : .

« M. Bayle , après avoir insulté toutes les religions , flétrit la religion chrétienne : il ose avancer que de véritables chrétiens ne formeraient pas un État qui pût subsister. Pourquoi non? Ce seraient des citoyens infiniment éclairés sur leurs devoirs , et qui auraient un très-grand zèle pour les remplir ; ils sentiraient très-bien les droits de la défense naturelle : plus ils croiraient devoir à la religion, plus ils penseraient devoir à la patrie. Les principes du christianisme, bien gravés dans le cœur, seraient infiniment plus forts que ce faux honneur des monarchies , ces vertus humaines des républiques , et cette crainte servile des États despotiques.

« Il est étonnant que ce grand homme n’ait pas su distinguer les ordres pour l’établissement du christianisme, d’avec le christianisme même; et qu’on puisse lui imputer d’avoir méconnu l’esprit de sa propre religion. Lorsque le législateur, au lieu de donner des lois, a donné des conseils, c’est qu’il a vu que ses conseils , s’ils étaient ordonnés comme des lois , seraient contraires à l’esprit de ses lois. » Qu’a-t-on fait pour ôter à l’auteur la gloire d’avoir combattu ainsi l’erreur de Bayle? on prend le chapitre suivant 2 , qui n’a rien à faire avec Bayle : « Les lois humaines, y est - il dit, faites pour parler à l’esprit , doivent donner des préceptes et point de conseils; la religion, faite pour parler au cœur, doit donner beaucoup de conseils , et peu de préceptes. » Et de là on conclut que l’auteur regarde tous les préceptes de l’Évangile comme des conseils. Il pourrait dire aussi que celui qui fait cette critique , regarde lui-même tous les conseils de l’Évangile comme des préceptes ; mais ce n’est pas sa manière de raisonner, et encore moins sa manière

1 Liv. XXIV, cliap. vi.

2 C’est le chap. vu du liv. XXIY.

DEFENSE

d’agir. Allons au fait : il faut un peu allonger ce que l’auteur a raccourci. M. Bayle avait soutenu qu’une société de chrétiens ne pourrait pas subsister, et il alléguait pour cela l’ordre de l’Évangile, de présenter l’autre joue, quand on reçoit un soufflet ; de quitter le monde; de se retirer dans les déserts, etc. L’auteur a dit que Bayle prenait pour des préceptes ce qui n’était que des conseils ; pour des règles générales, ce qui n’était que des règles particulières : en cela, l’auteur a défendu la religion. Qu’arrivet-il? On pose, pour premier article de sa croyance, que tous les livres de l’Évangile ne contiennent que des conseils.

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