A SES DEUX FRÈRES
Orléans, 22 avril 1871.
Mes chers frères,
Je suis toujours privé de vos nouvelles. Les communications postales avec Paris sont encore interrompues. Les troupes de Versailles ont remporté trois avantages qui leur permettront d'investir la capitale. Les communeux ont fait des pertes considérables dans ces rencontres, La terreur continue à régner à Paris. On pille toutes les maisons. Les pauvres prêtres et les religieuses sont plus que jamais en butte à la persécution. Il nous est arrivé à Orléans deux vieux prêtres et un frère de la doctrine chrétienne qui ont réussi à s'échapper en se déguisant en paysans.
Nous sommes depuis deux jours sans dépêches de Versailles. On pense qu’aujourd’hui ou demain au plus tard, les troupes forceront l’enceinte et entreront dans Paris, car il paraît que les Prussiens ont envoyé à M. Thiers un ultimatum portant que, si le 25 avril, le gouvernement n'avait pas dompté l’émeute, les
Prussiens bombarderaient immédiatement Paris et auraient raison de la Commune par le fer et par le feu. Je ne vous garantis pas l’authenticité de cet ultimatum, je vous le donne comme un bruit courant. Il est assez naturel que les quatre cent mille Prussiens qui sont encore en France, désirent retourner au plus vite dans leurs foyers. Sans l’émeute parisienne, trois cent cinquante mille auraïent déjà passé le Rhin, puisque cinquante mille seulement doivent occuper la Champagne jusqu’au paiement des cinq milliards.
D’après ce que j'entends dire, je crois que d'ici à huit jours, l’émeute sera définitivement vaincue. Le découragement se met dans les rangs des soldats de la Commune. Privé de communications avec la province, Paris n’est plus ravitaillé. Comme pendant le siège, les victuailles se vendent très cher et le cheval remplace le bœuf sur la table des Parisiens. Il pourrait bien se faire que ma prochaine fût datée de Paris.
Lundi dernier, j'ai fait la découverte de la bibliothèque publique d'Orléans. C’est là que je passe maintenant une partie de mes journées. Cette bibliothèque renferme trente mille volumes de science, d’histoire, etc. Le bibliothécaire est un beau vieillard, à figure monastique, qui est très affable et très complaisant,. Je passe mon temps à étudier les vieilles chroniques d'Orléans.
Sous les Romains, Orléans s'appelait Genabum. Sa fondation par les druides remonte à plusieurs siècles avant l’occupation romaine. La partie des chroniques
qui a trait au siège de la ville par les Anglais, et à sa délivrance par Jeanne d’Arc, est très intéressante. Je crois que l’Orléanais a fourni peu de colons au Canada. Dans la liste des honorables, vaillants et prudents bourgeois qui, du 12 octobre 1428 au 8 mai 1429, se sont distingués dans la lutte contre les Anglais qui les assiégeaient, je trouve, sur trois cent vingt et un noms, les suivants qui sont connus chez nous, à Québec: Brunet, Beaudry, Boucher, Deblois, Bonneau, Chauveau, Chartier, Durand, Doucet, Gauthier, Leclerc, Langlois, Langevin, Lefebvre, Lelièvre, Moreau, Martin, Petit, Prevost, Paré, Renvoizé, Rousseau, Simon. Trois cent soixante ans plus tard (1789), dans la liste des citoyens et citoyennes d'Orléans qui font des dons à la nation, je ne trouve que trente noms canadiens sur plus de six cents énumérés dans la chronique orléanaise: ce sont les citoyens Aubry, Asselin, Archambault, Benoît, Bussière, Boucher, Boily, Brunet, Clément, Bonneau, Chrétien, Dupuis, Duplessis, Gaudry, Julien, Leblond, Lemay, Lemoine, Lepage, Lecomte, Leclerc, Langlois, Métivier, Papillon, Renault, Pelletier, De Sallabery, Samson, Tremblay.
Je suis très heureux d’avoir ainsi à ma disposition ces vieilles chroniques, qui sont pleines d'intérêt pour un Canadien.
Jeanne d’Arc a trois statues à Orléans: celle de la place du Martroi est magnifique. Avec les bas-reliefs de bronze qui décorent le piédestal, elle a coûté plus d’un million de francs.
A côté de la cathédrale, on trouve la statue en bronze que les Orléanais, en 1859, ont élevée à leur concitoyen Pothier. Sa statue en marbre est aussi dans la salle des pas-perdus du palais de justice. On montre encore, dans la rue de la Préfecture, la vieille maison où naquit et mourut le grand jurisconsulte. La famille de Pothier existe encore à Orléans.
Celui qui porte aujourd’hui ce nom illustre est une espèce de bohème qui mène une vie de polichinelle. Sa mère, en mourant, lui a laissé une rente de 300 francs par mois dont il ne peut engager le capital. Le notaire lui payant cette rente le premier de chaque mois, le descendant de l’auteur du Contrat de mariage fait la noce pendant une dizaine de jours, et, quand il n’a plus le sou, il s'engage comme domestique pour vivre en attendant les 300 francs du mois suivant. Je l’ai vu passer sur le Mail. C’est un homme d’une cinquantaine d’années. Il porte des pantalons de toile bleue et une blouse jadis blanche, presque noire aujourd’hui, sur la tête, une casquette crasseuse. Sa figure haute en couleur semble annoncer que le pro: priétaire d’icelle aime à vider bouteille. Du reste, c’est, dit-on, la meilleure nature du monde, très charitable et donnant avec autant de plaisir vingt sous à un malheureux, qu’un franc pour une bouteille de vin. Il a fait de très bonnes études. Il aurait pu s'établir à Orléans comme avocat et faire un brillant mariage. A cette vie tranquille et honorable, il a préféré la vie aventureuse du bohème, Il a fait le tour de la France
à pied. Probablement que dans ses longues courses à travers son pays, il aura pris le goût de la boisson, Cependant il n’a jamais été vu en état d'ivresse. Quoique bohème, il n’a jamais fait un sou de dettes. Ce n'est pas un voyou, c’est une manière de philosophe qui se moque des usages de la société et se contente de vivre à sa guise. Pourtant j'aimerais mieux voir le petit-fils du grand Pothier avocat à Orléans que domestique pendant la moitié de chaque mois dans les auberges de la ville.
Il y a beaucoup de libraires dans la capitale de l’Orléanais. Ils ne se contentent pas, comme ceux de Paris, du seul commerce des livres. Comme chez nous, ils vendent la papeterie, les papiers peints, les articles de Paris et la parfumerie. Le plus important est Gatineau, au coin de la rue Royale et de la rue Jeanne-d’Arc.
Une chose curieuse à voir, ce sont les laitières. Elles mettent leurs deux bidons pleins de lait et leurs mesures dans une espèce de panier plat sans couvercle, Elles portent le panier ainsi chargé sur leur tête, qui est protégée par un coussinet, et, les deux bras sur les hanches, elles s’en vont trottinant par la ville avec une rapidité incroyable. Je suppose que défunte Perrette portait ainsi son pot au lait, puisque La Fontaine nous dit qu’il était ‘bien posé sur un coussinet.” Je ne m'étonne pas que la pauvre ménagère ait vu s’évanouir, avec son lait répandu, son beau rêve de veau, vache, cochon, couvée, car il faut être joliment habi-
tuée et surtout ne pas faire de châteaux en Espagne, pour porter sur sa tête un pareil fardeau sans le laisser tomber.
Avant-hier, j'ai visité le cimetière. Il n’offre rien de bien remarquable. A l’extrémité, on trouve un édifice à un étage, en pierre de taille, avec colonnade qui forme un très beau portique. Cette construction renferme les caveaux des familles nobles d'Orléans et des environs. Parmi ces tombeaux se trouve celui de Talleyrand-Périgord.
A gauche, en entrant dans le cimetière, il y a une allée occupée spécialement par les tombes des curés et vicaires des différentes paroisses d'Orléans. En France, il n’y a que les évêques qui soient enterrés dans les églises.
A quelques pas du champ de repos, se trouve la vieille église de Saint-Euverte. En 1848, pendant les mauvais jours de mai et juin, elle fut mise en vente par le conseil municipal. Les jésuites achetèrent pour 30,000 francs ce temple gothique dont les vitraux peints valent seuls six fois cette somme. On me dit qu'ils ont déjà dépensé 200,000 francs pour réparer cette église, qui est située à côté de leur collège.
AUX MÊMES
Orléans, 29 avril 1871.
Mes chers frères,
Ayant appris qu’en écrivant à Versailles on pouvait recevoir ses lettres, je me suis empressé de m’adresser à M. Rampont, le directeur général des postes, dont l’administration centrale est en ce moment établie dans la ville de Louis XIV. J'ai eu le bonheur de recevoir, mercredi, vos lettres des 24, 31 mars et 3 avril. Les journaux ne m'ont pas été expédiés. Je ne pense pas les recevoir avant mon retour à Paris.
Dans la lettre de Joseph, j'ai trouvé unc traite de £64.17.3 sur Londres, accompagnée d’une commande que je m’émpresserai d'exécuter aussitôt que Paris sera débloqué. Quand ? je l’ignore, car, d’après les nouvelles qui nous arrivent ces jours-ci, il semblerait que l’on va faire un siège en règle qui pourrait bien durer encore un mois et peut-être plus. Aussitôt qu’il sera possible de rentrer dans la capitale, je quitterai Orléans.
Les chemins de fer étant coupés à quelques lieues de la grande ville et la terreur continuant à régner dans ce malheureux Paris, les ordres que Joseph a envoyés à M. Bossange et à la maison Turgis ne pourront être remplis que lorsque la Commune aura mis bas les armes. D'ailleurs, M. Bossange avait quitté Paris avant moi avec sa famille et ses employés. Pour
ne pas servir malgré eux dans les rangs de la Commune, ils se sont empressés de filer en province.
Ce qui prolonge la lutte, c’est la concentration dans la capitale de tous les bandits et repris de justice, non seulement de la France, mais de toute l’Europe. On compte en ce moment à Paris plus de trente mille étrangers, gens de sac et de corde qui, n’ayant rien à perdre, lutteront tant qu’ils trouveront à piller.
Où1 assure que les beaux quartiers sont minés et qu’à l'entrée des troupes de Versailles, on fera sauter les Champs-Élysées, la Madeleine, en un mot, tous les quartiers habités par les riches. On fera peut-être sauter quelques édifices publics, mais je ne pense pas que l’on puisse détruire en bloc les plus riches arrondissements de la capitale. Comme tous les honnétes gens âgés de quarante ans ont quitté Paris et que les jeunes gens sont obligés de se battre dans les rangs de la garde nationale, sous peine de mort, il n’y a pas lieu d'espérer que la Commune sera renversée par les malheureux habitants de Paris. La lutte peut donc se prolonger longtemps et je pourrais bien être encore ici le 1" juin, ce que je ne désire pas.
Il faut donc que Joseph prenne patience, car, avec la meilleure volonté du monde, je ne pourrai expédier les articles qu’il me demande que lorsque messieurs les communeux auront été vaincus.
Je remercie de tout mon cœur Jacques, pour la bonté qu’il a eue de rebâtir de sa poche mes petites économies. Comment pourrai-je jamais reconnaître
l’inépuisable générosité dont il me donne depuis longtemps des preuves si nombreuses ?
Il m'apprend que les hommes à bons principes ont lancé une accusation de gallicanisme contre la faculté de droit de l’Université-Laval. Ce bon frère a trouvé le mot juste de la situation: c’est un nouveau cheval politique lancé par quelques ambitieux, tous les autres étant fourbus. Cette vieille rengaine des bons principes sera donc toujours exploitée par les saltimbanques politiques ? Ici, c’est la liberté; chez nous, ce sont les bons principes qui servent aux ambitieux pour arriver au pouvoir.
Pour ce qui est de la théorie de la liberté, je commence à croire que Louis Veuillot a raison. Les immortels principes de 89 ont fait plus de mal à l’humanité que tous les tyrans dont les noms sont voués par l’histoire à la malédiction des peuples.
Quant à moi, je suis tellement écœuré de ce qui se passe en France depuis ie 4 septembre, qui si feu Louis XIV, de despotique mémoire, revenait sur la terre, je crierais de toutes mes forces: Vive le grand roi ! À bas la liberté !
Joseph me dit que les Français sont descendus bien bas dans son estime, je n’en suis pas étonné, car depuis la proclamation de la république, ils ont donné au monde le honteux spectacle de leur manque absolu de patriotisme. ‘ Quel drôle de peuple 1” m’écrit Jacques. Hélas! il n’est même plus drôle, il est pourri. Sans croyances religieuses, sans principes politiques
arrêtés, n'ayant plus le respect ni de la famille ni de la femme, ayant abusé de toutes les jouissances matérielles pendant les vingt années de l'Empire, qui fut une époque de bien-être et de richesses inconnus jusque-là dans le pays, les Français ont perdu tout ce qui fait la force et l'honneur d’un peuple, tout, jusqu’à l'amour de la patrie.
Le mot d’un viveur de Paris est tout à fait caractéristique. On déplorait devant lui la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine. ‘Ah! bah! réponditil, qu'est-ce que cela peut me faire ? Je ne vais jamais dans ces pays-là !”” En effet, est-ce que le démembrement de la France empêchera ce monsieur d’aller souper au Café Anglais avec les actrices en vogue? Ne continuera-t-il pas à occuper une loge d’avant-scène, les soirs de première représentation ? Ne le verra-t-on pas, comme autrefois, passer aux courses de Longchamps et de Vincennes ?
Ce qui me fait croire que la France est perdue, c’est que la masse du peuple, ouvriers et paysans, est profondément corrompue et ne croit plus à rien. Avant 1789, ia haute société seule était gangrenée, et encore n’y avait-il que cette portion de la noblesse faisant partie de la cour qui fût atteinte de la corruption. Aujourd’hui, la haute société est excellente, mais la petite bourgeoisie et la classe ouvrière ne valent rien. La première se vante d’être voltairienne, enterre ses enfants sans passer par l’église et se fait une gloire de ne pas croire en Dieu. Pour la classe ouvrière, elle
s'abrutit dans les cafés des faubourgs, où les fruits secs de toutes les professions libérales vont lui prêcher, sous le nom de socialisme, le droit au capital, en langue vulgaire, le droit de chiper le porte-monnaie de son voisin.
Vous ne sauriez croire combien les doctrines matérialistes prêchées par l’école de Comte, de Littré, etc. ont fait de ravage en France. Dans cette lutte impie contre toute religion, les paysans sont plus acharnés que les habitants des villes. Ainsi, dans le département du Loiret, Mgr Dupanloup a reçu le plus petit nombre de voix, parmi les candidats élus. Savez-vous quels sont les électeurs qui lui ont donné leurs voi? Les habitants des villes. Le parti républicain a soutenu sa candidature, d’abord parce que l’évêque d'Orléans est l’une des gloires littéraires de la France, ensuite pour prouver que la république ne voulait proscrire ni la religion, ni ses ministres.
Dans les campagnes, que Mgr Dupanloup a comblées de ses bienfaits pendant les inondations périodiques de la Loire, les paysans n’ont pas voulu donner leurs votes À leur évêque et se sont rendus au scrutin en criant: A bas les calotins !
Si, dans les campagnes, on avait voté pour l’évêque d'Orléans dans la même proportion que dans les villes, son nom serait sorti le premier de l’urne électorale.
Chose remarquable, dans les combats livrés dans l'Orléanais, les ennemis de la calotte se sont prudemment tenus enfermés dans leurs maisons. Bien loin de
se battre pour leur pays, ils se sont empressés de se mettre à la disposition des Prussiens pour tous les renseignements dont ces derniers pouvaient avoir besoin. Bien souvent, pour une pièce de vingt francs, ces misérables paysans ont instruit l’ennemi de la marche ou de la position de l’armée de la Loire. La bouteille de vin qu’ils vendaient dix sous aux Allemands, ils la faisaient payer 1 fr. 50 et 2 francs aux malheureux soldats français épuisés et mourant de soif. Quand une bataille se livrait près des villages, ces misérables fermaient leurs portes afin de ne pas être obligés de recevoir leurs compatriotes blessés.
Comme tous les Parisiens enfermés pendant le siège, j'ai cru au patriotisme de la province, à la levée en masse de la nation. Je me représentais les paysans cachés derrière les haies, faisant la chasse aux Prussiens, comme sous Napoléon Ier les Espagnols la faisaient aux Français. Je croyais à la France chevaleresque de nos pères. Hélas ! quelle était mon erreur ! Au lieu de cette grande nation qui tient une si large place dans les annales de l’histoire, il n’y a plus aujourd’hui qu’une agglomération d'hommes sans principes, sans mœurs, sans foi et sans dignité.
Dans l’Orléanais, il n’y a que les zouaves pontificaux qui se soient battus comme des lions. A la journée du 4 décembre, sur un corps de trois cents défenseurs de Pie IX, deux cent quarante sont tombés dans le faubourg Récamier. Aussi le général von der Thann disait-il que si d’Aurelle de Paladines avait eu cinq
mille zouaves pontificaux, les Prussiens ne seraient jamais entrés à Orléans. Dans cette malheureuse guerre, il n’y a que les zouaves du pape et les Bretons qui aient fait leur devoir. Ce sont précisément les hommes qui avaient une foi religieuse qui ont su combattre et mourir pour leur patrie, tant il est vrai que les actions généreuses, les grandes inspirations ne sauraient germer dans un cœur desséché par l’impiété.
Il ne faut pas oublier la légion étrangère et les amis de la France. Ces deux corps, composés de Belges, de Russes, d’Anglais et d’Américains, ont plus souffert et plus combattu pour sauver l’honneur de la France que les Français eux-mêmes, en exceptant les zouaves pontificaux et les Bretons. Ces amis de la France, qu’il ne faut pas confondre avec la canaïlle cosmopolite réunie sous le drapeau de Garibaldi, étaient recrutés dans les meilleures familles de l'étranger.
Une chose honteuse, c’est l’infamie des fournisseurs de l’armée. Un officier du corps de Faidherbe me racontait le fait suivant, qui n’a pas besoin de commentaires. Le 18 janvier, on donnait des souliers neufs à son régiment. Le lendemain, 19, on livrait la bataille de Saint-Quentin, où vingt et un mille Français ônt soutenu, pendant douze heures, la lutte contre cent dix mille Prussiens. Ne recevant pas de renfort, Faidherbe fut obligé de battre en retraite. Le lendemain, les Allemands faisaient quatorze mille prisonniers. Les souliers fournis le 18 avaient des semelles de carton qui n'étaient que collées. Dans le mouvement de re-
traite, plus de la moitié de l’armée se trouva pieds nus, et, comme il y avait un pied de neige sur le sol, les malheureux soldats, incapables de marcher, tombaïient épuisés dans les champs, où les Prussiens les faisaient prisonniers. N'est-ce pas abominable ?
J’ai tellement bavardé qu’il ne me reste que la place nécessaire pour vous dire que ma santé est bonne,
A la semaine prochaine.
AUX MÊMES
Orléans, 13 mai 1871.
Mes chers frères,
J’ai reçu, vendredi matin, votre lettre du 28 avril, et celle du 17 mars, qui s’était arrêtée en route. Comme elle porte le timbre de Londres du 30 mars, il est probable qu’elle sera restée dans les bureaux de Versailles, où il doit y avoir un fouillis de lettres effrayant.
Je vois, par votre lettre du 28 avril, que vous avez reçu à la fois mes lettres du 3 et du 9 avril. Comme j'avais mis la première le lundi soir, 8, à la poste, elle ne sera pas arrivée à Liverpool à temps pour ‘être expédiée par le bateau qui part le jeudi. C’est ce qui m'explique pourquoi vous ne m'avez pas écrit le 21 avril, car vous ne saviez pas encore si j'étais pincé une seconde fois dans Paris ou si j'avais quitté la capitale
pour une ville de province. du
Jacques me dit que vous avez eu un mois d'avril froid et pluvieux, et qu’il a été indisposé, par suite des variations subites de la température. J'espère que le joli mois de mai dont les charmes existent plutôt dans l'imagination de ces farceurs de poètes que sur les bords du Saint-Laurent, aura apporté à Jacques, avec les brises printanières et les parfums des fleurs fraîchement écloses, un remède à l’indisposition que le mois d’avril lui avait causée.
Dans sa lettre du 17 mars, Jacques me prouve que vous étiez mieux informés que nous sur ce qui se passait à Paris. Le télégraphe vous avait appris que les garibaldiens arrivaient en nombre à Paris. Pour nous, habitants de la capitale du monde civilisé, nous n’avons su que le lendemain du 18 mars que nous devions à la bande du héros de Caprera l'assassinat du général Thomas et du général Comte, et cette belle révolution qui a porté à l’Hôtel de Ville un gouvernement composé aux trois quarts de fripons et de souteneurs de filles publiques. Il faut que la Babylone moderne soit bien coupable pour que Dieu lui inflige cette humiliation suprême d’être gouvernée depuis deux mois par de pareilles canaïlles. Ce qui étonne, ce ne sont pas les cinquante mille pendards qui sont arrivés à terroriser la capitale. Dans une ville de plus de deux millions d’âmes, le centre de toutes les conspirations européennes, il n’est pas étonnant que l’on trouve 230% de la population qui soient des gens de sac et de corde. Ce qui est inconcevable, c’est que les 974 7 qui
restent, armés et aguerris comme les 240%, puisque tout le monde était soldat pendant le siège, se laissent ainsi faire la loi par cette infecte crapule. Il est vrai que rien n’égale la pusillanimité, la lâcheté des bourgeois et du boutiquier de Paris. Quand Paris était assiégé par les Prussiens, ils allaient aux tranchées et aux avant-postes, d’abord parce qu’ils voulaient empêcher l'étranger d'entrer à Paris, mais surtout parce qu'il y avait cent mille soldats sérieux qui leur auraient tiré dessus, s’ils n’avaient pas voulu obéir aux ordres du général Trochu.
Le 18 mars, il n’y a plus de dictature militaire. C’est un pékin, M. Thiers, qui est le chef du pouvoir exécutif, On s’en moque comme de l’an quarante. En vain le ministre de l’intérieur fait battre le rappel pendant l'après-midi du 18 mars, pour que les gardes nationaux du parti de l’ordre aïllent combattre la canaille de Belleville et de la Villette, personne ne répond à cet appel. Dans la rue de l’Entrepôt et ses environs, j'ai entendu plus de dix boutiquiers dire: Que le gouvernement s'arrange, ce n’est pas moi qui risquerai ma peau pour le défendre!
Abandonné par cette masse inerte qui compose le parti cles honnêtes gens, le gouvernement a bien été obligé de se réfugier à Versailles. Le bourgeois de Paris, plutôt que de se battre, acceptera tous les gouvernements, quelque honteux qu’ils soient, sanctionnera toutes les usurpations, quelque scandaleuses qu’elles paraissent aux yeux de l'univers écœuré devant le spec-
tacle d’une grande cité où la majorité est si lâche et la minorité si audacieuse et si corrompue.
Lundi dernier, 8 mai, le 4428 anniversaire de la délivrance d'Orléans par Jeanne d’Arc a été célébré, mais avec moins de pompe que d’habitude. Pas de cavalcade, pas de feu d'artifice, ni d’illumination. Vu les cirsconstances douloureuses que la France traverse depuis bientôt un an, le conseil municipal a décrété de distribuer aux veuves et aux orphelins faits par les combats livrés autour d'Orléans, les sommes que l’on dépensait, les années précédentes, pour célébrer l’anniversaire de la défaite des Anglais sous les murs de la cité orléanaise. C’est l'Église seule qui a fêté cette glorieuse date du 8 mai. La cathédrale de Sainte-Croix était pavoisée à l’intérieur, le chœur avec des oriflammes rouges brodés en or, la nef avec des drapeaux bleus et blancs sur lesquels se détachaient de nombreuses fleurs de lis. A dix heures et demie, on a fait le panégyrique de Jeanne d’Arc dont je n’ai pu entendre un traître mot. Immense est la basilique, et comme la nef était occupée par les autorités constituées, j’ai dû chercher un refuge dans les petites nefs des côtés de l’église. Là, inondation de femmes sur toute la ligne. Derrière un confessionnal, j'ai trouvé une vieille chaise dont trois pieds tenaient à peine et le quatrième pas du tout. Du reste, je n’ai pas le droit de me plaindre, car on ne m'a pas fait payer les deux sous réglementaires. J'ai entendu vaguement le chant des hymnes dans le le chœur, mais le prédicateur, point. Il paraît que je
n'ai pas perdu grand’chose, car ce n’est pas le père Perrault qui est monté en chaire. Empêché au dernier moment, le célèbre oratorien n’a pu faire entendre sa parole éloquente et Jeanne d’Arc n’a eu qu’un panégyriste d’occasion. La procession a parcouru les rues Jeanne-d’Arc et Royale, a traversé le pont et a fait une station au pied de la statue de la Pucelle, sur la place des Tourelles, dans le faubourg Saint-Marceau.
Chaque paroisse d'Orléans était représentée par son clergé, qui, précédé de la croix et de la bannière, portait, dans des châsses magnifiques, les reliques des saints de son église. Les bannières, surtout celle de Saint- Paterne, avec l’image du saint, en fil d’or qui a au moins six pouces de relief, sont magnifiques.
Après chaque clergé venait un détachement de gendarmerie ou de troupes de ligne. Enfin s’avançait, précédé du préfet du Loiret et du maire, tous deux ceints de l’écharpe tricolore, le clergé de la cathédrale. Sous le dais se tenait un évêque dont j'ignore le nom, qui portait la relique de la sainte croix. Mgr Dupanloup assistait à la procession. Il paraissait très fatigué. Derrière le dais, marchaiïent le général de Potier et son état-major, la magistrature debout, en robes noires, et la magistrature assise, en robes rouges.
Les rues n'étaient ni pavoisées, ni bordées d'arbres, comme chez nous à la procession de la Fête-Dieu ou à celle de la Saint-Jean-Baptiste. Beaucoup de femmes de la campagne, en bonnets de formes diverses et singulières. Aux fenêtres, quelques dames, en grande toilette,
La Commune, qui prétend combattre pour établir en France le règne de la liberté, vient de supprimer d’un seul coup le Petit Journal et six autres feuilles. Le journal de Millaud n’en continue pas moins à paraître. Seulement il laisse en blanc le mot Petit dans son titre.
On parle beaucoup d’une restauration bonapartiste, Si on posait carrément à la France la question : Empire ou république, l'empire aurait encore une immense majorité. Le peuple français votera pour n'importe quel homme à poigne solide qui le débarrassera d’abord de la Commune de Paris, ensuite du gouvernement de Versailles, de ce gouvernement qui n’est ni la république, ni la monarchie.
Si l’état d’anarchie dans lequel nous vivons depuis le 4 doit se prolonger, le commerce sera complètement ruiné. L'article de Paris surtout risque fort de voir se fermer les marchés étrangers. L'Allemagne fournit maintenant tous ces petits bibelots dont le monde civilisé est si friand, à meilleur marché que la France, parce que la main d'œuvre est moins payée de l’autre côté du Rhin. Depuis six mois, les commis voyageurs autrichiens parcourent l’Europe et les États-Unis et font une concurrence désastreuse aux articles fabriqués à Paris.
Privés, pendant six mois, des marchandises parisiennes, les ngéociants étrangers se sont empressés, dès les premiers jours de février, d’envoyer des commandes considérables aux fabriques de la capitale. On com-
mençait à peine à travailler à l'exécution de ces ordres, qu'arriva la révolution du 18 mars. Les ateliers sont fermés et les ouvriers les quittent pour le corps de garde. L'expédition des commandes reçues de l'étranger est donc renvoyée aux calendes grecques. Dans cette situation, il est tout aaturel que les marchands du continent, de l’Angleterre et de l'Amérique, songent à s’affranchir du monopole que Paris a toujours exercé, jusqu’à ce jour, pour tout ce qui concerne la fabrication des articles de goût, et qu’ils se décident à acheter les articles allemands, moins élégants peut-être, mais aussi bien moins dispendieux.
En voyant s’agrandir leur clientèle, les Allemands offriront aux ouvriers français des salaires assez élevés pour les engager à aller s'établir dans le pays où fleurit la choucroute, et ils pourront ainsi livrer des produits aussi élégants que ceux que Paris fournissait au commerce du monde entier. La guerre civile de 1871 pourrait bien produire sur le commerce français le même effet que la révocation de l’édit de Nantes, qui fit émigrer en Allemagne plusieurs des principales branches de l’industrie française.
Joseph me dit dans sa lettre que la maison X vend à prix coûtant et que la maison ** est à la veille de la banqueroute. Pour une ville de soixante mille âmes, Québec offre très peu d'acheteurs de livres. Sous ce rapport, nous sommes bien en arrière de l’Europe. Je me rappelle que lorsque j'étais chez M. Bossange, nous recevions, de petites villes de la Russie, des ordres
pour des livres de science, d’histoire et de littérature, d’une importance supérieure à celle des commandes réunies de tous les libraires de Québec, pendant un an. Il ne faut pas oublier que les Russes sont considérés comme des demi-barbares et que la langue française n’est parlée que dans la haute société. Dans notre ville, il n’y a que le commerce des livres de prières et d'écoles qui puisse prendre de l'extension. Pour la haute librairie, il passera encore bien de l’eau dans le Saint-Laurent avent que l’on puisse en faire chez nous un commerce sérieux.
AUX MÊMES
Orléans, 12 septembre 1871.
Mes chers frères,
J'ai lu avec un grand plaisir le travail de M. Légaré sur Mgr Baillargeon. Quel beau caractère ! Quelle admirable nature ! Comme on est heureux d’avoir connu le saint archevêque et comme on est malheureux de l’avoir perdu !
Je remercie Jacques de m'avoir envoyé l’annuaire qui contient cette étude.
Plusieurs des lettres qui suivent sont datées de Bordeaux,
où Crémazie avait été envoyé par M. Gustave Bossange pour y tenir,en son nom,un bureau d'agence.
A SON FRÈRE JOSEPH
Bordeaux, 29 novembre 1875.
Bordeaux est une fort belle ville, mais assez ennuyeuse quand on n’y connaît personne. Comme toutes les grandes villes de province, elle a les inconvénients de la capitale sans en avoir les ressources. Je paie ici aussi cher que lorsque j'étais dans la rue de l’Entrepôt et je mange moins bien. De plus, je n’ai pas le café du matin qui, à Paris, était compris dans le prix de la pension. Ici, on ne peut loger que dans les grands hôtels, trop chers pour le commun des mortels comme moi, ou dans les maisons de troisième ordre, comme celle que j'habite, ou dans les petits restaurants du port, où les matelots prennent leur nourriture.
Ce qui manque ici, ce sont les bouillons Duval, où l’on mange bon et à bon marché. Si l’on a faim, on dépense trente-cinq sous ; si l'appétit manque, on peut en être quitte pour vingt sous.
Pour se faire des connaissances, il n’y faut pas songer. Les négociants vivent chez eux ou au cercle, ce que nous appelons chez nous un club. Je ne pourrais, dans ma position, que frayer avec les employés. Mais ces derniers passent presque tout leur temps au café, ce qui n’est nullement dans mes goûts.
La seule chose qui me plaise ici, c’est le port. De mon bureau, je vois le mouvement des steamers et des voiliers, qui est très grand. J'ai sous les yeux des na-
vires de tous les coins du monde: les magnifiques steamers des Messageries maritimes, qui font le service du Brésil et de la Plata, les clippers peints en blanc, qui portent les marchandises françaises dans les ports du Pacifique Sud ; les stermers de Liverpool, de Southampton, de Londres et du Havre. Les quais sont très beaux et forment une véritable promenade. Ils s’étendent sur une longueur de plus d’une demi-lieue.
La Gironde est très large devant la ville et la rive opposée, où se trouve la Bastide, a un faux air de la Pointe-Lévis. Ce spectacle me plaît beaucoup. Songe qu'il y avait plus de treize ans que je n'avais vu un port de mer !
Nous avons eu, avant-hier, de la neïge et un froid d’un degré au-dessous de zéro. Aujourd’hui, le temps s’est radouci.
Mes amitiés à ta femme.
AU MÊME
Bordeaux, 24 décembre 1875.
Mon cher Joseph,
Nous avons ici un temps doux, mais très humide, de la pluie et un brouillard intense tous les jours. Il faut faire du feu, non pas contre le froid, mais contre l'humidité. Cette température me met tout à fait mal
à l’aise. J'ai le sang porté à la tête, ce qui me cause des étourdissements.
Depuis huit jours, il n’est venu qu’une seule personne au bureau, le commis de l’agent de la ligne Inmann, qui voulait savoir, ce matin, le prix du passage de Liverpool à Portland.
Je t’assure que je m’embête rudement. En venant à Bordeaux, je n’ai fait que changer d’inaction. A Paris, au moins, je marchais et javais une distraction intelligente dans les cours du collège de France. La seule compensation que je trouve ici, c’est que je gagne quelques sous. Depuis huit jours, je n’ai donc parlé qu'au commis d’Inmann. Cet isolement absolu, sans que je puisse me réfugier dans la lecture, devient accablant, je suis comme une bête fauve dans sa cage. Je lis cependant plus que je ne devrais, car je ne sais comment tuer le temps depuis neuf heures à cinq. Maintenant que j'ai mis les papiers en ordre, je n’ai absolument rien à faire.
Sans le vouloir et même sans y songer, Crémazie a résumé, dans le fragment ds lettre qui précède, toute la vie de paria qu’il a menée depuis son éloignement du Canada jusqu’à sa mort, Ceux qui l'ont connu au temps où il vivait heureux et tranquille dans la bonne ville de Québec, entre ses occupations de libraire qu’il aimait, ses relations d'amitié avec les meilleurs esprits et ses méditations poétiques, ne pourront lire sans un serrement de cœur ces deux réflexions désespérées: Depuis huit jours, je n'ai parlé à personne, hormis un mot d'affaires !...... Je suis comme une bête fauve dans sa cage. Ces lignes peignent au vrai le sort implacable que l'exil lui avait fait,et révèlent combien lui pesait
l'effrayante solitude des hommes, ce que les Anglais nomment si bien the wilderness of men,
524 DER iÈRES LETTRES.
Et dire que durant seize ans de sa vie, il a traîné ce boulet au pied et ce remords au cœur. Avec quelle vivacité d'impression, ceux-là seuls qui sont doués comme lui d’une intelligence d'élite, d’une sensibilité de poète, seraient capables de le sentir et de l'exprimer ! Ses plus mortels ennemis, s’il en eut jamais, n’auraient pu lui souhaiter une destinée plus cruelle, une plus amère expiation.
A SA MÈRE
Bordeaux, 24 juin 1876.
Ma bonne mère,
Dimanche, bien que je fusse retenu à ma chambre par le mal de tête, j'ai vu, de ma fenêtre, la grande procession du $Saint-Sacrement. C’est réellement magnifique. Toutes les rues sont jonchées de feuilles et de grandes palmes, dans le genre de celles qu’on voit dans les tableaux qui représentent l’entrée de Jésus- Christ à Jérusalem. Sur ce lit de feuilles on jette des fleurs, de sorte que la procession marche constamment sur un véritable tapis de feuilles et de fleurs.
Ce lit de verdure, qui est fourni par les habitants de chaque maison, remplace les balises que l’on met chez nous, mais que l’on ne peut se procurer dans un pays où le bois est très cher et très rare. A chaque fenêtre des rues où passe la procession, on suspend de grands draps blancs sur lesquels on entrelace des guirlandes de fleurs ou des inscriptions pieuses également faites
avec des fleurs, telles que: Gloire au Saint-Sacrement ! etc. La procession est précédée d’un magnifique escadron de hussards à cheval. Viennent à la suite les petites filles des différentes communautés ; elles sont habillées de blanc avec des ceintures en sautoir et portent sur la tête des couronnes de fleurs qui sont d’un effet charmant. Ensuite s’avancent les élèves des frères, dont le nombre atteint un chiffre de plusieurs milliers. Leur costume, qui se compose d’une vareuse rouge, d’un pantalon blanc et d’un chapeau de paille avec large ruban bleu, est tout à fait joli. Viennent après les clergés de toutes les paroisses de la ville, puis enfin le dais sous lequel le Saint-Sacrement est porté par le coadjuteur. Je n’ai jamais rien vu d'aussi magnifique que ce daiïs. C’est un véritable monument tout en drap d’or et en broderies merveilleuses. Le sommet a la forme d’un dôme et est surmonté de neuf panaches d’une blancheur éblouissante. Il est tellement lourd et grand qu’il faut dix hommes pour le porter. Immédiatement après le dais suit le cardinal archevêque, vénérable vieillard de quatre-vingt-deux ans. Il est accompagné de l’état-major de la place, en grand costume, et des autorités constituées. Un escadron de hussards ferme la marche. Ce qui donne au cortège un aspect féerique, c’est l’innombrable quantité de bannières,dont plusieurs sont d’une beauté et d’une richesse incroyables, Je n'ai pas compté moins de huit corps de musique dans cet immense défilé. Trois gigantesques autels des parfums et un bouquet qui avait au moins six pieds de haut, pré-
cédaient le dais. Toute la procession s’avançait entre deux haies de soldats. Une foule nombreuse suivait, et, sur tout le parcours, l'attitude des spectateurs était convenable, car il ne faut pas oublier que Bordeaux est un port de mer où l’on trouve des matelots de tous les coins du monde.
Le bureau n'étant pas encore loué, je ne quitterai cette ville que vers le 1°" septembre.
Votre pauvre enfant.
A SON FRÈRE JOSEPH
Bordeaux, 26 août 1876.
Mon cher frère,
Si tu reçois mes lettres le dimanche, je continue à recevoir les tiennes le mardi soir.
Depuis deux jours, nous avons de la pluie, ce qui est excellent pour la vigne, qui commençait à souffrir considérablement d’une chaleur endiablée.
Au moment où tu m'écrivais, vous étiez, comme nous, grillés par le bonhomme Phébus. Il est probable que le 19 courant, jour de la nouvelle lune, vous aurez eu, sur les bords du Saint-Laurent, comme sur ceux de la Garonne, votre petite révolution atmosphérique et que vous jouissez maintenant d’une température chré-
tienne,
Lundi, 28 août 1876.
Quel drôle de temps nous avons! Il fait presque froid. Dans la nuit de samedi à dimanche; le thermomètre a descendu à dix degrés, une température d'hiver. Ce changement cause beaucoup de cas de cholérine. Pour moi, depuis que le temps est revenu au frais, je me porte bien.
Bordeaux n’est pas une ville renommée pour ses églises. On cite partout Rouen, Strasbourg, Amiens, Tours, Bourges, etc., mais on ne parle jamais de Bordeaux en fait d’architecture religieuse. La cathédrale de Saint-André est ce qu’il y a de mieux, mais elle ne saurait être comparée aux églises des villes que je viens de nommer. Saint-Michel est fort joli et sa tour est très belle. Les autres églises, à l’exception du portail de Sainte-Croix, n’ont aucune espèce de cachet. Les carmes viennent de construire dans le quartier des Chartreux une assez grande église, style moitié ogival et moitié byzantin. C’est joli, mais ce n’est pas de la grande architecture.
A l’exception d’un dominicain que j’ai entendu à Notre-Dame pendant le carême, les prédicateurs de Bordeaux ne s'élèvent pas au-dessus de la moyenne. Ils ne sont pas, pour le fond et pour la forme, supérieurs aux nôtres, mais ils font plus d'effet sur la masse, avec leurs voix tonnantes et leurs gestes méridionaux. Pour ceux qui ne se laissent pas monter la tête par ces procédés purement physiques, ils ne sont pas plus malins que nos prêtres canadiens.
Comme dans toutes les églises de France, le clergé est peu nombreux dans celles de Bordeaux. Les séminaires, pensionnats, assistent aux offices, le dimanche, dans leurs chapelles. Les élèves des frères seuls viennent aux offices de leurs paroïsses respectives, mais ils ne sont pas au chœur. On leur réserve une place dans l’un des côtés de l’église où ils sont confondus avec le commun des fidèles.
Bordeaux possède un magnifique jardin public. Dans ses allées ombreuses, les dames du quartier des Chartreux vont passer l’après-midi avec leurs enfants et leurs bonnes. Le soir, la musique militaire donne un concert trois fois par semaine. Pour deux sous, on a une chaise et l’on passe une heure fort agréable. Dans les chaleurs du mois dernier, je me suis souvent payé ce luxe.
Le chef-lieu de la Gironde se vante, à juste droit, d’avoir le plus beau théâtre de la France, après le Grand-Opéra de Paris. Cet édifice est réellement très beau; construit, il y a un siècle, par l’architecte Louis, il a toujours fait l'admiration des étrangers par la pureté classique de ses lignes.
Il y a trois autres théâtres qui n’ont aucune espèce de valeur au point de vue de l'architecture. A l'égard de l’intérieur, je ne saurais te renseigner, car je ne suis jamais allé au théâtre depuis que je suis sur les bords de la Garonne.
Comme dans toutes les grandes villes, on trouve à Bordeaux des cafés-concerts, bals publics, etc., mais
je ne les connais que par les affiches que je vois au coin des rues. Je n’en sais donc pas plus long que toi sur les amusements du peuple souverain de l’ancienne capitale de l’Aquitaine.
À propos de Bordeaux, je t'ai envoyé un plan de la ville; tu ne m'en as jamais parlé. C’est dans le mois de janvier que je t'ai fait cet envoi. L’as-tu reçu ?
Le Bordelais est aussi blagueur que le Parisien et il est beaucoup plus causeur; au fond bon enfant. Les femmes, dans les boutiques, sont fort peu polies. Quelle différence avec la boutiquière de Paris, qui vous fait tout aussi bon accueil si vous faites une emplette de deux sous que si vous lui achetez pour cent francs.
En dehors du commerce des liquides et de tout ce qui s’y rattache, il n’y a pas de grandes industries à Bordeaux. Les millionnaires sont ici très nombreux, ce qui fait que l'association est moins nécessaire que dans des pays moins riches. Il y a quelques maisons d’armateurs qui ont quarante ou cinquante navires sur mer. Comme je crois te l'avoir dit, il y a dans cette ville un très grand luxe de vêtements et de voitures et, pour aller dans la société, il faut avoir du foin dans ses bottes.
Me voici rendu au bout de mon papier et de mes renseignements sur la capitale de la Gascogne.
Mes amitiés à ta femme.
AU MÊME
Paris, 12 septembre 1876.
Mon cher Joseph,
J’ai quitté Bordeaux mercredi soir, à minuit. Il faisait chaud comme dans le mois d’août, le thermomètre avait marqué 29 dans la journée. Aussi ai-je peu dormi ; dans mon compartiment se trouvaient trois religieuses, un prêtre, un courtier en vins de Bordeaux, avec sa femme. Nous avons fait très bon ménage. Le matin, les religieuses, qui avaient apporté un plein grand panier de raisins, etc., nous firent part, avec la meilleure grâce du monde, de leur provision de fruits. Nous déjeunâmes à Tours, où nous arrivâmes à dix heures et demie, jeudi matin; puis le train de onze heures et demie nous emporta vers Paris, après que nous eûmes dit adieu aux religieuses et au prêtre, qui se dirigeaient sur le Mans.
Le ciel qui, de Bordeaux aux bords de la Loire, avait toujours été d’une sérénité admirable, s’est couvert aussitôt que nous avons eu quitté Tours. En arrivant à Orléans, nous avons été accueillis par un orage à grand orchestre. Entre Étampes et Paris, le tonnerre n’a cessé de gronder et la pluie de tomber à jet continu. A dix heures, j'étais rendu à mon ancienne maison, n° 10 bis, Passage Laferrière. Après avoir dîné à mon petit restaurant de la Bourse, où j'ai mangé avec grand plaisir du roastbeef cuit au beurre, au lieu de
AA SN ES RE re DERNIÈRES LETTRES. 531
cette infernale graisse qui forme la base de la cuisine du Midi, je me suis rendu au n° 4 bis, rue Vivienne, où j'ai trouvé ta lettre du 26 août et les journaux.
M. Bossange m'a offert d'aller passer, aux mêmes conditions qu’à Bordeaux, trois ou quatre mois au Havre, pour remplacer un employé qui va faire un voyage aux ‘Antilles. Naturellement j’ai accepté, bien que cela ne m'amuse pas du tout. Mais, dans la position où je suis, je n’ai pas le droit de refuser du travail. Je quitterai Paris le 14, après-demain.
Tu voudras donc bien adresser la réponse à la présente et tes lettres suivantes, 51, ques d'Orléans, Havre, Seine-Inférieure.
À la semaine prochaine.
A SA MÈRE
Paris, 22 janvier 1877, Ma bonne mère,
Je suis à Paris depuis cinq jours ; j’ai beaucoup marché, ce qui m'a rendu le sommeil, que j'avais perdu depuis longtemps.
J’ai pris une chambre dans la rue Papillon, mais je n’y resterai qu’une quinzaine ou un mois au plus, jusqu’à ce que j'aie trouvé une maison tranquille et pas trop chère.
J’ai assisté, hier, aux offices de Notre-Dame des
Victoires. C'était la fête du Sacré-Cœur de Marie, fête patronale de l’Archiconfrérie. Nous avons eu une magnifique messe en musique, et à vêpres un excellent sermon par un frère dominicain.
Cela me fait réellement un grand plaisir de revoir cette église, qui est bien celle que j'aime le mieux de toutes les églises que j’ai vues en France.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
Votre pauvre enfant.
A LA MÊME
Paris, 4 février 1877.
Ma bonne mère,
Joseph me dit que vous m’aviez écrit quelques lignes, mais qu’il a oublié de les prendre lorsqu'il est allé chez vous. Puisque vous aviez pu m'écrire, c’est la preuve que votre rhumatisme vous laissait quelque repos. Joseph m’apprend que, depuis cinq jours, vous étiez assez bien. J’en remercie Dieu de tout mon cœur et j’espère que votre prochaine m’annoncera la bonne nouvelle que ce mieux se continue.
Je suis au château de Citry depuis hier. Comme toujours, jai reçu le plus cordial accueil de M. et de Mne Bossange. Ils n’ont pas vieilli ni l’un ni l’autre, et ils portent gaillardement leurs quatre-vingts ans.
Je suis allé à la grand’messe, ce matin, à l’église de
ea ne 0 NU
Citry. C'est comme une véritable glacière où j'ai pris mal à la tête. Ces douleurs-là ne durent pas longtemps, comme celles de l'intérieur du cerveau. Demain, je ne m’en sentirai plus.
Il y avait une quinzaine de vieilles femmes, des petites filles conduites par les religieuses, M. Paul Bossange et moi. C’est peu pour un village de huit cents âmes. Dans l'Est de la France, c'est presque la même chose dans tous les villages.
Sous le rapport religieux, le Midi est bien préférable. Dans les environs de Bordeaux, les églises sont toujours pleines, le dimanche, et il y a presque autant d'hommes que de femmes.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
Votre pauvre enfant.
A SON FRÈRE JOSEPH
Paris, 2 avril 1877.
Mon cher frère,
.… Hier, jour de Pâques, le temps a été couvert toute la journée, et, au sortir des vêpres, nous avons eu un peu de pluie. Aujourd’hui, le temps est encore nuageux, avec des éclaircies de soleil. Il y avait un monde énorme, hier, dans les églises, c'est tous les ans la même chose. Il y a au moins trois cent mille Pari.
siens qui ne mettent le pied dans les églises que quatre fois par an: à Pâques, à Noël, à l’Assomption et à la Toussaint. Pour les radicaux, ces trois cent mille Parisiens-là sont des cléricaux, des calotins et devront être fusillés à la prochaine Commune.
À Saint-Laurent, nous avons eu une fort belle messe en musique. Il y avait un baryton qui chantait les soli d’une façon tout à fait remarquable. Dans les rues, on voyait une foule énorme.
Ici, pour les dames et les enfants, le jour de Pâques offre le même attrait que le premier de l’an, car les œufs de Pâques ne sont qu’une seconde édition des étrennes. On n’a pas d'idée du luxe de ces œufs de Pâques. Il y en a pour toutes les bourses: depuis le petit coco de deux sous jusqu’à l’œuf colossal en matière précieuse renfermant des bijoux, quelquefois une rivière en diamants, qui vaut de 100 à 500,000 francs. Je te conseille de ne pas faire venir une grosse de ces œufs-là.….
AU MÊME
Paris, 6 mai 1877.
J'ai reçu, jeudi soir, ta lettre et les journaux du 20 avril, ainsi que les deux volumes qui sont vraiment, comme tu me le dis, d’une espèce bien rare en France. Quelle agréable surprise de trouver, serré dans la cou-
DERNIÈRES LETTRES. 535 verture, ce beau sucre d'érable ! Tu peux croire que je lui ai fait fête, moi qui n’avais pas goûté depuis bientôt quinze ans à ce bon sucre du pays!
Je l’ai divisé en six parts et je m’en paie une chaque jour. Messieurs les Français peuvent bien dire tout ce
. qu’ils voudront, notre sucre d’érable est exquis et je le préfère à toutes les sucreries artistiques de leurs confiseurs. Je te remercie de tout mon cœur de cette délicieuse surprise.
Nous avons un froid incroyable pour la saison; il gèle chaque nuit, et il faut faire du feu comme en hiver. J’ai peur que les vignes ne soient atteintes.
Je commence à reprendre des forces, grâce à la nourriture plus substantielle et au vin que je prends depuis une dizaine de jours.
A SA MÈRE
Paris, 7 mai 1877.
Je commence à reprendre des forces, grâce au vin
de Bordeaux que je bois depuis une dizaine de jours.
- J'espère qu’en suivant encore ce régime pendant deux ou trois semaines, je me rétablirai tout à fait.
Hier, pour la première fois, je suis allé à la messe à Saint-Eugène. Cette église, succursale de Saint-Vincent de Paul, paroisse de mon arrondissement, a été construite sous Napoléon III. Elle est à deux pas de chez moi,
J’ai été fort surpris quand on a distribué le pain bénit. On nous a présenté une corbeille pleine de petites brioches, et chacun en prend une. J'imagine que les enfants doivent aimer à aller à la messe à Saint- Eugène. Dans toutes les églises de Paris, on donne également de la brioche, seulement elle est coupée en petits morceaux comme chez nous...
A LA MÊME
Paris, 13 janvier 1878.
Ma bonne mère,
J'ai reçu, jeudi matin, la lettre de Joseph, qui m’apportait vos souhaits et votre bénédiction pour la nouvelle année. Je savais bien que vous n’oublieriez pas votre pauvre enfant, et je vous remercie du plus profond de mon cœur des vœux que vous faites pour moi.
Le roi Victor-Emmanuel est mort le 9 courant, cinq ans, jour pour jour, après Napoléon III. Les trois : hommes qui ont enlevé le puvoir temporel au pape : Cavour, Victor-Emmanuel et Napoléon III, sont morts et Pie IX est toujours debout. Cette mort du roi d'Ttalie cause de l'inquiétude en France, car son fils Humbert passe pour être un grand partisan de l'Allemagne. Les élections de dimanche ont été favorables aux républicains, qui sont maintenant les maîtres de la France.
DERNIÈRES LETTRES. 537 Se Paris, 25 août 1878.
La semaine qui vient de finir n’a pas été bonne pour moi. Mon rhumatisme me fait souffrir.
Depuis hier, je vais un peu mieux. J'espère que dans quelques jours je serai débarrassé de cette indisposition qui m’ôte le sommeil.
Heureusement que nous avons eu fort peu d’occupations cette semaine et que je n’aï pas eu trop d’écritures à faire, car lorsque je me penche pour écrire, j'éprouve une douleur très vive entre les deux épaules.
M. Bossange ferme son bureau à la fin du bail, et il n'aura plus besoin de mes services à dater du 31 octobre.
Je retournerai à Paris dans les preraiers jours de novembre.
À la mort d’Octave Crémazie, son frère Joseph reçut de M. Malandain, propriétaire d’un hôtel au Havre, la lettre suivante, qui renferme tous les renseignements que l’on possède sur la
dernière maladie et la mort du poète.
Sa pauvre mère eut la douleur de lui survivre quelques mois.
Havre, 26 février 1879,
À Monsieur Joseprt CRÉMAZIE, Québec.
Monsieur,
Je regrette de ne pas vous avoir écrit à la mort de M. Fontaine, votre parent. M. Bossange s’en était chargé, Connaissant les relations d'amitié et de pa-
b38 DERNIÈRES LETTRES.
rènté qui existaient entre vous et le cher défunt, il devait vous donner tous les détails de ses derniers jours.
M. Jules Fontaine est tombé malade le 11 janvier ; le docteur, appelé aussitôt, l’a trouvé dans un état alarmant. Deux jours après, il a reconnu une péritonite très prononcée.
Comme je connaissais les sentiments religieux du malade, j'ai cru bien faire que d’appeler un prêtre: il a été confessé et a reçu les derniers sacrements. Il s’est affaibli de plus en plus et a expiré une demi-heure après, le 16 janvier, à onze heures du matin, dans les bras du prêtre, qui était encore là, attendant un moment de mieux pour lier conversation avec lui, car il le savait d’un grand esprit.
Je ne crois pas qu’il se soit vu mourir. Il a été frappé mortellement et n’a souffert que les deux premiers jours. Après cela, il se croyait toujours mieux.
Soyez persuadé, monsieur, qu’à l’exception de la famille, il ne lui a rien manqué: tous les soins lui ont été prodigués.
Depuis le mois de novembre 1877 que ce digne homme était dans notre maison, il était devenu un ami pour nous: son caractère juste et droit le faisait estimer d” tous.
Je me suis fait un devoir, avec M. Regnault, de lui fournir un petit convoi digne de lui: quarante personnes environ pour l’escorter jusqu’à sa dernière demeure.
Comme vous devez le savoir, il devait retourner à
OT RD RS Er NE ne DERNIÈRES LETTRES. 539
Paris vers le mois de décembre. Par suite de quelque affaire de commerce, il avait retardé son départ jusqu'au 17 janvier, et, le jour qu’il m’a chargé de vous écrire, c’est-à-dire, une journée avant sa mort, il vous faisait dire de lui adresser vos lettres au Havre, comme par le passé, me disant qu’il resterait encore un bon mois avec nous, afin de se bien rétablir.
Je vous donne, monsieur, tous ces renseignements dans l'espoir qu’ils vous seront précieux, et je suis toujours à votre disposition pour toutes les autres informations qui pourraient vous être utiles.
J’ai l'honneur de vous saluer, MALANDAIN,
rue Bernardin-de-Saint-Pierre, 19,
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TABLE DES MATIÈRES
Pages
AVERTISSEMENT nstés se sérree sosmarserosse CETEECEETEEEC TEL EEE EEE Ocrave CRÉMAZIE (notice biczraphique) ets 7 Lettre à M. l'abbé Casgrain (2 avril LOU ssscsesisnises Hotrse 15 6 6 (1866)... NES TEL soosvosvesss : 18
# (10 août 1866)... sense mbarees 27
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LE ‘, (Paris, 30 avril 1877)... és 91
La guerre d'Orient... 2000600: 000 LIN ce nn 5000008 97 Sur les ruines de Sébastopol.... TOO III I TN 102 Le vieux soldat canadien... TD OT 110 Chant du vieux soldat CANAdION rer AE 112 Envoi aux marins de {a Capricieuse states 115 Les morts... CT NE IE DETTE EE EEE NET ENTER eo 117 D DR rnitireniensstsetsnenasnsten dnssomonn no e soso 124 Chant des musulmans... ATEN ET CETEEEET EEE TEEN ETE 125 Le drapeau de Carillon..…... dossier évese DONNE 128
Le CANARiismniisiisnsnnsiininsescn CELEEET] 0000000500 .... 138
542 TABLE DES MATIÈRES
L'alouette tés tetes none siens PTE AC 50635 139 Le retour de l’Abeille Mrs se 142 Un soldat de empire... sets unes ssitidsisss se 144 NVOseceses sieste essaie ee a rod ee PO TT ETS 153 Deux centième anniversaire 46 l’arrivée de Mgr de Montmorency-Laval en Canada... 155 Envoi à messieurs du séminaire de Québec... Hidasisses 160 Fétenatilonnléssssissssisssssessscesersanessmencensseonenienisisesese ee 162 La fiancée du marin (légende canadienne)... 169 Guerre d'Italie... TT TE TE ET 177 Los :MIGTIeR sise nids sreitesstits li nbdiestanesé ere nero 184 Castelfidardo...........,,.... scie I visée 193 . Le chant des voyageurs... sense esse sscepessee 198 A M.et Mme Hector Bossange...........,..,......,......... 200 Promenade de trois morts (fantaisie) 203
A MM. Jacques et Joseph Crémazie (Paris, 10 avril 1856)... 231
Aux mêmes (Châteauneuf, 8 juin 1863)... 233 A M. Jacques Crémazie (Paris, 27 juillet 1863)............ RTE 235 . Au même (Paris, 11 avril 1864)... dospiiriess 236 A MM. Jacques et Joseph Crémazie (Paris, 13 décembre MD Anna nu eee 238 A sa mère (Paris, 7 février 1865)... 239 A M. Jacques Crémazie (Paris, 25 février 1868)... 241 A MM. Jacques et Joseph Crémazie (Paris, 23 août 1870)... 242 Aux mêmes (Paris, 80 août 1870)... vo 247 «6 (Paris, 6 septembre 1870)... vus 252 À sa mère (Paris, 13 septembre 1870)... Hate hist 258 À la même (Paris, 18 septembre 1870)... 260 JOURNAL DU SIÈGE DB PARIS... rss sessss sos sossssssssse 263 Pendant l'armistice nas NRA ONE 458
A ses deux frères (Paris, 18 février 1871)... 470 Aux mêmes (Paris, 27 février 1871)... 476
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TABLE DES MATIÈRES
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Aux mêmes (Paris, 13 mars LS ssissiconin délits ace 482 1e (Paris, 20 mars Oran 484 se (Paris, 27 mars 187 Siitssatse Vaso s ses 486 ‘6 (Orléans, 3 avril LOT rirsarésnsse sesnsosssrsosssss 489 “ (Orléans, 9 avril 1871)... ….. 491 À sa mère (Orléans, 22 avril Phi CECCTEEE EEE EEE 498 À ses deux frères (Orléans, 22 avril Enr 500 Aux mêmes (Orléans, 29 avril RO 4 PAR TES CET NI 506 #6 (Orléans, 13 mai I iemetirencansic s... 513 “ (Orléans, 12 septembre SL sn 520 À son frère Joseph (Bordeaux, 29 novembre 1870) sssressse 521 Au même (Bordeaux, 24 décembre 18Batsaine idiots 522 À sa mère (Bordeaux, 24 AT Ones en 524 À son frère Joseph (Bordeaux, 26 août Ibis, 526 Au même (Paris, 12 septembre 1876)... 530 À sa mère (Paris, 22 CE CS PRO NES 53 A la même (Paris, 4 février de AIT TR TN SN 532 À son frère Joseph (Paris, 2 avril uen: 533 Au même (Paris, 6 mai ORDRE ET PET 534 À sa mère (Paris, 7 mai raides anne 535 À la même (Paris, 13 JODTIGR 1878) sms 536 Lettre de M. Malandain à M. Jos. Crémazie (Havre, 26 février 1879)... CEE TT TA PTE tee 537 Table des matières... UT ET OECOECEET ET EEE EEE EEE EUEERER 541