‹ Œuvres complètes de Octave Crémazie [microforme]Chapitre 8 sur 34 · LA PAIX · texte numérisé non relu

LA PAIX

Adieu, chants de combat, adieu, cris de victoire,

Récits éblouissants d’une héroïque histoire,

Que les âges futurs nommeront fabuleux !

Adieu, bouches de feu vomissant la mitraille,

Glaives qui rayonnez, quand gronde la bataille, Comme des éclairs lumineux !

Hier, on entendait la trompette d’alarmes,

La plainte des blessés, le cliquetis des armes,

Le clairon du zouave et le cri des spahis ;

Hier, comme un héros d’une antique épopée,

Brillait du fier pacha la formidable épée, Étincelante de rubis.

Hier, les lourds canons, épouvantant la terre,

Retentissaient au loin comme un glas funéraire

Qui couvre l’agonie et l’adieu des mourants ;

Hier, les nations, muettes, dans l’attente,

Regardaient en tremblant cette arène sanglante Où se mesuraient trois géants.

Mais aujourd'hui la paix, divinité sereine, Découvrant de ses biens la source toujours pleine,

Aux regards du vaincu, comme à ceux du vainqueur, Vient offrir les douceurs, chères à la mémoire, De la patrie absente. Hier c’était la gloire,

Mais aujourd’hui c’est le bonheur.

C’est le jour des héros, qui, repliant leur tente,

Séloignent en vainqueurs de la scène éclatante

Où leurs noms ont brillé dans un drame immortel.

Ils s’en vont radieux, conduits par l'espérance,

Suspendre les lauriers conquis par leur vaillance Au toit du foyer paternel.

Comme le naufragé sauvé de la tempête, Les fils de Mahomet, en ce grand jour de fête, Aux vivats des chrétiens viennent mêler leurs chants, Et les nobles accents de cette voix sonore S'élvent solennels des rives du Bosphore Aux sommets glacés des Balkans.

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