LA GUERRE D'ORIENT
*' Des bords du Dnieper aux mers de l'Amérique, " Des rivages du Don aux flots de la Baltique, " >Ion aigle à double tète étend son vol vainqueur; " Les peuples ont gardé l'empreinte de sa serre, '* Et, tremblant désormais au bruit de son tonnerre, '' Se taisent de frayeur.
" Pour acheter les rois j'ai Tor de Sibérie ; " Pal les îles d'Aland au golfe de Botnie, " Labyrinthe sans fin dont moi seul ai la clé ; '* Pour garder Pétersbourg, j'ai Gronstadt l'imprenable, " Solitaire géant qui règne formidable " Sur son roc isolé.
^' Mon peuple m'appartient, hommes, enfants et femmes. *"' Je possède les corps et règne sur les Ames ; *' Je dispense à mon gré la joie et la douleur, "^' Et le Russe, du ciel redoutant la vengeance, *"' Obéit en tremblant à ma double puissance " De pape et d'empereur.
** Il manque à ma couromie une cité splendide, *^ Qui, subissant des Turcs la puissance stupide, ** Implore mon secours d'un regard suppliant; '^ Ville de souvenirs, qui sut ravir à Rome '^ Le trône des Césars, et que l'univers nomme " Reine de l'Orient.
'* Je veux par un exploit digne de Catherine, ^^ Des fils de Mahomet achevant la ruine, " Renverser le Croissant pour arborer la Croix. *' Et, malgré l'Occident et toute sa puissance, ** Mon étendard vainqueur flottera sur Byzance ^* Asservie à mes lois.
'* Que peuvent contre moi, dans leur vaine colère, '^ Les soldats de la France et l'or de l'Angleterre ? ^* Ne puis-je pas semer la terreur et la mort '^ Au sein des nations ? Et contre leurs attaques " N'ai-je pas mes Tartars, n'ai-je pas mes Cosaques ** Et mes glaces du Nord ?
*' Ces rois de l'Occident ignorent donc l'histoire? ** Dans les murs de Paris, conduits par la ^ictoire, " Les Russes n'ont-ils pas déjà dicté leurs lois ? '' Ce qu'ils ont fait deux fois, ils le feront encore, *^ Aux marais du Danube, aux rives de Bosphore, " Vainqueurs comme autrefois.
" A moi, soldats du Don ! Venez, je vous convie '' Aux sauvages plaisirs d'une sanglante orgie.
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" Vos pieds savent fouler les peuples expirants, " Et semer leur passage et de morts et de flammes : " Je vous livre Stamboul, ses harems et ses femmes, " Et l'or des Musulmans!..."
A Pinsolent défi que Nicolas prononce La France et TAngleterre ont donné la réponse. Entendez- vous au Nord le tonnerre grondant? Cest Bomarsund qui tombe au bruit de la mitraille, Cet invincible fort que six jours de bataille Ont réduit au néant.
Quel est ce nom vainqueur venu de la Crimée Qu'apporte d'Orient la brise parfumée?
Cest le grand nom d'Alma !... D'où vient ce chant de deuil ? Cest Saint- Arnaud mourant sous les yeux de l'Europe , Qui d'un linceul de gloire, expirant, s'enveloppe Pour descendre au cercueil.
O héros d'Inkermann ! où trouver une lyre Pour chanter dignement ce généreux délire Qui vous fit les vainqueurs d'un combat de géants? En répétant vos noms aux peuples de l'Aurore, Lee échos de la Grèce ont cru redire encore Les exploits des Titans.
Quand les peuples, trompés par un triste vertige. Des vertus d'autrefois dédaignant le prestige. Au seul culte de l'or se vouent avec ardeur ; Quand leur esprit souillé semble ne plus comprendre Ces deux sublimes mots que Dieu leur fait entendre, La justice et l'honneur.
Cétftit votre devoir, à vous, reines du monde, D'allamer nn flambeau, dans cette nuit profonde, Qui pût illuminer l'univers incertain, Et qui, de ses projets montrant la perfidie, Ftt mettre l'autocrate et sa race flétrie Au ban du genre humain.
Des droits des nations sublimes sentinelles, Vous avez, conquérant des palmes immortelles. Accompli la grandeur de cette mission.
Sans craindre des tyrans les menaces terribles, lies peuples béniront les deux noms invincibles De France et d'Albion.
Fiers des grands souvenirs de leur vaillante épée, Quand les Français disaient cette immense épopée Que Ton nomme Auisterlitz, Lodi, Wagram, Eylau, Jalouse de leur gloire, objet de son envie. Des rives d'Albion une voix ennemie Répondait: Waterloo.
Mais ces temps sont passés: l'Angleterre et la France, Dont les âges futurs chanteront la vaillance De ces brillants guerriers que la justice arma, Rappelant du passé les heures fugitives Et les faits immortels, les échos des deux rives Répéteront: Alma!
Pour nous, ô Canadiens! enfants de ces deux races Dont l'univers entier garde les nobles traces.
Qaand nos frères là-bas meurent au champ d'honneur, Si nous ne pouvons pas, partageant leur victoire, Recevoir avec eux les lauriers dont la Gloire Couronne un front vainqueur,
Ah ! nous pouvons du moins dans des combats paisibles, A leur exemple unis et comme eux invincibles, Continuer toujours au bord du Saint-Laurent Oes sublimes vertus, ce bienfaisant génie Qui vont sauver encore au jour de l'agonie Le vieux monde expirant
Et si jamais un jour la République austère Qui donne à l'autocrate un appui mercenaire, Nous voulait immoler à son ambition.
Des jours de ChAteauguay ressuscitant la gloire. Sachons porter secours et donner la victoire Au drapeau d'Albion.
Qur'lMHî, décembre 1864.