A LA MÊME
Paris, 4 février 1877.
Ma bonne mère,
Joseph me dit que vous m'aviez écrit quelques lignes, mais qu'il a oublié de les prendre lorsqu'il est allé chez vous. Puisque vous aviez pu m'écrire, c'est la preuve que votre rhumatisme vous laissait quelque repos. Joseph m'apprend que, depuis cinq jours, vous étiez assez bien. J'en remercie Dieu de tout mon cœur et j'espère que votre prochaine m'annoncera la bonne nouvelle que ce mieux se continue.
Je suis au château de Citry depuis hier. Comme toujours, j'ai reçu le plus cordial accueil de M. et de M™® Bossange. Ils n'ont pas vieilli ni l'un ni l'autre, et ils portent gaillardement leurs quatre-vingts ans.
Je suis allé à la grand'tnesse, ce matin, à l'église de
siens qui ne mettent le pied dans les églises que quatre fois par an : à Pâques, à Noël, à l'Assomption et à la Toussaint. Pour les radicaux, ces trois cent mille Pa« risiens-là sont des cléricaux, des calotins et devront être fusillés à la prochaine Commune.
A Saint- Laurent, nous avons eu une fort belle messe en musique. Il y avait un baryton qui chantait les soli d'une façon tout à fait remarquable. Dans les rues, on voyait une foule énorme.
Ici, pour les dames et les enfants, le jour de Pâques offre le même attrait que le premier de l'an, car les œufs de Pâques ne sont qu'une seconde édition des étrennes. On n'a pas d'idée du luxe de ces œufs de Pâques. Il y en a pour toutes les bourses: depuis le petit coco de deux sous jusqu'à l'œuf colossal en matière précieuse renfermant des bijoux, quelquefois une rivière en diamants, qui vaut de 100 à 500,000 francs. Je te conseille de ne pas faire venir une grosse de ces œufs-là...
AU MÊME
Paris, 6 mai 1877.
J'ai reçu, jeudi soir, ta lettre et les journaux du 20 avril, ainsi que les deux volumes qui sont vraiment, comme tu me le dis, d'une espèce bien rare en France. Quelle agréable surprise de trouver, serré dans la cou-
^erture, ce beau sucre d'érable ! Tu peux croire que je lui ai fait fête, moi qui n'avais pas goûté depuis bien* tôt quinze ans à ce bon sucre du pays !
Je l'ai divisé en six parts et je m'en paie une chaque jour. Messieurs les Français peuvent bien dire tout ce qu'ils voudront, notre sucre d'érable est exquis et je le préfère à toutes les sucreries artistiques de leurs
confiseurs. Je te remercie de tout mon cœur de cette
délicieuse surprise.
Nous avons un froid incroyable pour la saison ; il
gèle chaque nuit, et il faut faire du feu comme en
hiver. J'ai peur que les vignes ne soient atteintes. Je commence à reprendre des forces, grâce à la
nourriture plus substantielle et au vin que je prends
depuis une dizaine de jours.
A SA MÈRE
Paris, 7 mai 1877.
Je commence à reprendre des forces, grâce au vin de Bordeaux que je bois depuis une dizaine de jours. J'espère qu'en suivant encore ce régime pendant deux ou trois semaines, je me rétablirai tout à fait. . Hier, pour la première fois, je suis allé à la messe à Saint-Eugène. Cette église, succursale de Saint- Vincent de Paul, paroisse de mon arrondissement, a été cons« truite sous Napoléon III. Elle est à deux pas de chez moi.
J'ai été fort surpris quand on a distribué le pain bénit. On nous a présenté une corbeille pleine de pe* tites brioches, et chacun en prend une. J'imagine que les enfants doivent aimer à aller à la messe à Saint- Eugène. Dans toutes les églises de Paris, on donne également de la brioche, seulement elle est coupée en petits morceaux comme chez nous...
A IiA MEME.
Paria, 13 janvier 1878.
Ma bonne mère,
J'ai reçu, jeudi matin, la lettre de Joseph, qui m'apportait vos souhaits et votre bénédiction pour la nouvelle année. Je savais bien que vous n'oublieriez pas votre pauvre enfant, et je vous remercie du plus profond de mon cœur des vœux que vous faites pour moi.
Le roi Victor-Emmanuel est mort le 9 courant, cinq ans, jour pour jour, après Napoléon III. Les trois hommes qui ont enlevé le pouvoir temporel au pape : Cavour, Victor-Emmanuel et Napoléon III, sont morts et Pie IX est toujours debout. Cette mort du roi d'Italie cause de l'inquiétude en France, car son fils Humbert passe pour être un grand partisan de l'Allemagne. Les élections de dimanche ont été favorables aux républicains, qui sont maintenant les maîtres de la France...
DSRMIÈRES LBTTRI8. 687
Paris, 25 août 1878.
La semaine qui vient de finir n'a pas été bonne pour moi. Mon rhumatisme me fait souffrir.
Depuis hier, je vais un peu mieux. J'espère que dans quelques jours je serai débarrassé de cette indisposition qui m'ôte le sommeil.
Heureusement que nous avons eu fort peu d'occupations cette semaine et que je n'ai pas eu trop d'écritures à faire, car lorsque je me penche pour écrire, j'éprouve une douleur très vive entre les deux épaules.
M. BoBsange ferme son bureau à la fin du bail, et il n'aura plus besoin de mes services à dater du 31 octobre.
Je retournerai à Paris dans les premiers jours de novembre.
A la mort d'Octave Crémazie, son frère Joseph reçut de M. Malandain, propriétaire d*un hôtel au Havre, la lettre suivante^ qui renferme tons les renseignements que l'on possède snr la dernière maladie et la mort da poète.
Sa pauvre mère eut la douleur de lui survivre quelques mois.
Havre, 26 février 1879.
A Monsieur Joseph Crémazie, Québec.
Monsieur,
Je regrette de ne pas vous avoir écrit à la mort de M. Fontaine, votre parent. M. Bossange s'en était chargé. Connaissant les relations d'amitié et de pa-
renié qui existaient entre vous et le cher défunt, il devait vous donner tous les détails de ses derniers jours.
M. Jules Fontaine est tombé malade le 11 janvier ; le docteur, appelé aussitôt, l'a trouvé dans un état alarmant. Deux jours après, il a reconnu une péritonite très prononcée.
Comme je connaissais les sentiments religieux du malade, j'ai cru bien faire que d'appeler un prêtre: il a été confessé et a reçu les derniers sacrements. Il s'est affaibli , de plus en plus et a expiré une demi-heure après, le 16 janvier, à onze heures du matin, dans les bras du prêtre, qui était encore là, attendant un moment de mieux pour lier conversation avec lui, car il le savait d'un grand esprit.
Je ne crois pas qu'il se soit vu mourir. Il a été frappé mortellement et n'a souffert que les deux premiers jours. Après cela, il se croyait toujours mieux.
Soyez persuadé, monsieur, qu'à l'exception de la famille, il ne lui a rien manqué : tous les soins lui ont été prodigués.
Depuis le mois de novembre 1877 que ce digne homme était dans notre maison, il était devenu un ami pour nous : son caractère juste et droit le faisait estimer de tous.
Je me suis fait un devoir, avec M. Regnault, de lui fournir un petit convoi digne de lui: quarante personnes environ pour l'escorter jusqu'à sa dernière demeure.
Comme vous devez le savoir, il devait retourner à
Paris vers le mois de décembre. Par suite de quelque afiaire de commerce, il avait retardé son départ jusqu'au 17 janvier, et, le jour qu'il m'a chargé de vous écrire, c'est-à-dire, une journée avant sa mort, il vous faisait dire de lui adresser vos lettres au Havre, comme par le passé, me disant qu'il resterait encore un bon mois avec nous, afin de se bien rétablir.
Je vous donne, monsieur, tous ces renseignements dans l'espoir qu'ils vous seront précieux, et je suis toujours à votre disposition pour toutes les autres informations qui pourraient vous être utiles.
J'ai l'honneur de vous saluer,
Malandain, me Bernardin-de-Saint-Pierre, 19.
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Octave GrAmasib (notice biographique) » 7
Lettre à M. l'abbé Gasgrain (2 avril 1864) 16
" (10 août 1866) 27
" (29 janvier 1867)^ 36
" (16 décembre 1867) 63
" " (20 octobre 1869) 68
" " (l*' mai 1870) 71
" •* (Bordeaux, 29 avril 1876) 87
latry, 18 février 1877) 90
" (Paris, 30 avril 1877) 91