‹ Œuvres complètes de Octave CrémazieChapitre 5 sur 33 · CHANT DU VIEUX SOLDAT CANADIEN · texte numérisé non relu

CHANT DU VIEUX SOLDAT CANADIEN

" Pauvre soldat, aux jours de ma jeunesse, " Pour vous, Français, j'ai combattu longtemps; ** Je viens encor, dans ma triste vieillesse, " Attendre ici vos guerriers triomphants. *^ Ah I bien longtemps vous attendrai-je encore " Sur ces remparts où je porte mes pas ? " De ce grand jour quand verrai-je Taurore? " Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas ?

*' Qui nous rendra cette époque héroïque " Où, sous Montcalm, nos bras victorieux " Renouvelaient dans la jeune Amérique " Les vieux exploits chantés par nos aïeux? " Ces {Miysans qui, laissant leurs chaumières, *^ Venaient combattre et mourir en soldats, " Qui redira leurs charges meurtrières?

" Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas?

^' Napoléon, rassasié de gloire,

^' Oublirait-il nos malheurs et nos vœux,

^' Lui, dont le nom, soleil de la victoire,

" Sur Tunivers se lève radieux?

" Serions-nous seuls privés de la lumière

" Qu'il verse à fiots aux plus lointains climats ?

" O ciel! qu'entend 8-je? une salve guerrière?

" Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas?

* Quoi I c'est, di»-tu, l'étendard d'Angleterre»

** Qui vient encor, porté par ces vaisseaux,

*' Cet étendard que moi-même naguère,

** A Carillon, j'ai réduit en lambeaux.

''^ Que n'ai- je, hélas! au milieu des batailles

** Trouvé plutôt un glorieux trépas

*" Que de le voir flotter sur nos murailles !

*" Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas ?

Le drapeau blanc, — la gloire de nos pères, — Rougi depuis dans le sang de mon roi.

Ne porte plus aux rives étrangères

" Du nom français la terreur et la loi. Des trois couleurs l'invincible puissance T'appellera pour de nouveaux combats,

'* Car c'est toujours l'étendard de la France.

"^^ Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas ?

At

Pauvre vieillard, dont la force succombe,

'^ Rêvant encor l'heureux temps d'autrefois,

*^ J'aime à chanter sur le bord de ma tombe

Le saint espoir qui réveille ma voix.

Mes yeux éteints verrent-ils dans la nue

lie fier drapeau qui couronne leurs mÂts? ** Oui, pour le voir, Dieu me rendra la vue ! "** Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas?...

Un jour, pourtant, que grondait la tempête, Sur les remparts on ne le revit plus.

La mort, hélas ! vint courber cette tête Qui tant de fois affronta les obus.

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