ENVOI AUX MARINS DE " I.A CAPRICIEUSE
Quoi I déjà nous quitter! Quoi ! sur notre allégresse
Venir jeter sitôt un voile de tristesse?
Do contempler souvent votre noble étendard
Nos regards s'étaient fait une douce habitude.
Et vous nous l'enlevez ! Ah ! quelle solitude
Va créer parmi nous ce douloureux départ !
Vous partez. Et bientôt, voguant vers la patrie, Vos voiles salûront cette mère chérie!
On vous demandera, là-bas, si k^ Français Parmi les Canadiens ont retrouvé des frères. Dites-leur que, suivant les traces de nos pères, Nous n'oublîrons jamais leur gloire et leurs bienfaits.
Car, i)ondant les longs jours où la Francre oublieuse Nous laissait à nous seuls la tache glorieuse De défendre son nom contre un nt)uveau destin. Nous avons conservé le brillant héritage Légué par nos aïeux, pur de tout alliages Sans jamais rien laisser aux ronces du «homiiu
Enfants abandonnés bien loin de notre mère. On nous a vus grandir à l'ombre tutélaire D'un pouvoir trop longtemps jaloux do sa grandeur. Unissant leurs drapeaux, ces deux reines suprêmes Ont maintenant chacune une part <le nous-mêmes: Albion notre foi, la France notre cour.
Adieu, noble drapeau ! Te verrons-nous encore Déployant an soleil ta splendeur tricolore?
Emportant avec toi nos vœux et notre amour, Tu vas sous d'autres cieux promener ta puissance. Ah ! du moins, en partant, laissez-nous Tespérance De pouvoir, ô Français, chanter votre retour.
Ces niufs paysans de nos jeunes campagnes. Où vous avez revu vos antiques Bretagnes, Au village de vous parleront bien longtemps. Et, quand viendra l'hiver et ses longues soirées, Dos souvenirs français ces âmes altérées Bien souvent rediront le retour de nos gens !
Comme ce vieux soldat qui chantait votre gloire Et dont, barde inconnu, j'ai raconté l'histoire, Sur ces mêmes remparts nous porterons nos pas ; Là, jetant nos regards sur le fleuve sonore, Vous attendant toujours, nous redirons encore : Ne paraissent-ils pas ?
Québec, 19 août 1855.
t VOD* dormeE Holitairen.
iIho-u lies mlBËre.s nmiii vivon».
i^lDiltiN iiï d'oragos; IlioriEon, de nu&gea;
fii^ac profondu, ■- l'clioa du iiiondo
iùyoux;
^ valus discoare des hommes, ù font que hq mibcnireux.
ind itu cimetière, asistence entière,
da tristes pensées, ilnies oppreaBé««,
.Seuls et silencieux, Von> »VouU*z clianter les voix du sanctuaire- <^ni vous viennent d'en haut et i»assent sur la terre
l'our remonter aux cieux.
Vous ne demandez rien à la foule (|ui passe
Sans donner seulement aux tomljeaux quVlle efface
Tne larme, un soupir; Vous ne d(;mandez rien à la brise qui jette Son haleine emhauméo ù la tombe muette,
Kien, rien qu'un souvenir.
Toutes les voluptés où notre ûmo se mêle N(^ valent pas jx^ir vous un souvenir fidèle,
Cette aumom»- du cccur (2ui s'en vient rcchaufler votre fn^ide i)oiissière, Kt j>f>rte votre nom, gardé i>ar la prière.
Au trône du hieigneur.
Hélas ! ce Sfju venir que Famitié vous donne
Dans le caur meurt avant que le cori» abandonne
Ses vêtements de deuil, Kt l'oubli des vivants, jiesant sur votre tombe. Sur vos os décharnt s jilus lourdement retomlxj
C2ue lo plomb du <'ercueill
Notre cour égoïste au présent seul se livre,
Kt ne voit plus en vous que les feuillets d'un livre
C^ue l'on a déjà lus ; Car il ne sait aimer, dans sa joie ou sa peine, Que ceux qui serviront son orgueil ou sa haine:
Les morts ue servent plus.
A no6 ambitions, à nos plaisirs futiles, 0 cadavres poudreux, vous êtes inutiles !
Nous vous donnons Toubli.
Que nous importe à nous ce monde de soufirance Qui gémit au delà du mur lugubre, immense
Par la mort établi ?
On dit que, souffrant trop de notre ingratitude. Vous quittez quelquefois la froide solitude
Où nous vous délaissons ; Et que vous paraissez au milieu des ténèbres £n laissant échapper de vos bouches funèbres
De lamentable» sonn.
Tristes, pleurantes ombres, Qui, dans U« forêts sombras.
Montrez vos blancs manteaux, Et jetez cette plainte Qu'on écoute avec crainte Gémir dans les roseaux.
0 lumières errantes !
Flammes étincelantes, Qu'on aperçoit la nuit Dans la vallée humide, Où la brise rapide Vous promène sans bruit;
Voix lentes et plaintives, Qu'on entend sur les rives
Quand les ombras du soir, Épaississant leur voile, Ff)nt briller chaque étoile Comme un riche ostensoir ;
Clameur myst^>riouse, Que la mer furieuse Nous jette avec le vent, Et dont IVcho sonore Va retentir encore Au nuafro mouvant ;
Clameur, ombres et ilammas, Etes-vous donc les Ames De ceux (jue le toml>eau, Coinmo un jranlion fidèlo, l*onr la nuit t'ternello Ketiont dans son n'seau?
En quittant votre bière, Cherchez-vous sur la terre JjQ pardon d'un mortel?
Demandez- vous la voie i}\\ lu prière envoie Tous <'oux (ju'attond le ciel?
(2uand le doux rossignol a (juittc les bocages. Quand le ciel gris d'automne, amassant ses nuaga^, Pr^*I>art le linceul (jne l'hiver doit jeter Sur les chainiMs i-efroidis, il est un jour austère Où noi C(i.'urs, oubliant les vains soins de la terre, Sur ceux qui ne sont plus aiment à méditer.
Cest le jour où les morts, abandonnant leurs tombes. Comme on voit s*envoler de joyeuses colombes, S'échappent un instant de leurs froides prisons; En nous apparaissant, ils n'ont rien qui repousse ; Leur aspect est rêveur et leur figure est douce, Et leur œil fixe et creux n'a pas de trahisons.
Quand ils viennent ainsi, quand leur r^ard contemple
La foule qui pour eux implore dans le temple
La clémence du ciel, un éclair de bonheur,
Pareil au pur rayon qui brille sur l'opale,
Vient errer un instant sur leur front calme et pâle
Kt dans leur cœur glacé verse un peu de chaleur.
Tous les élus du ciel, toutes les âmes saintes.
Qui ix)rtent leur fardeau sans murmure et sans plaintes
Et marchent tout le jour sous le rejrard do Diou,
Dorment toute la nuit squs la garde des anges,
Sans que leur œil troublé do visions étranges
Aperçoive en rêvant des abîmes de fou ;
Tous ceux dont le cœur pur n'écoute sur la terre Que les échos du ciel, qui rendent moins amère La douloureuse voie où l'homme doit mart^her, Et, des biens d'ici-bas reconnaissant le Wdo, Déroulent leur vertu comme un tapis splendide. Et marchent sur le mal sans jamais le toucher ;
Quand les hôtes plaintifs de la cité dolente. Qu'en un rêve sublime entrevit le vieux Dante,
Paraissent parmi nous en œ jour solennel, C^o n'est que pour ceux-là. Seuls ils i^uvent entendre lies secret* de la tombe. Eux seuls savent comprendre Ces pAles mendiants qui demandent le ciel.
Ijqh cantiques sacrés du barde de Solyme,
Accompagnant de Job la tristesse sublime,
Au fond du sanctuaire éclatent en sanglots;
Et le son de Tairai n, plein de sombres alarmes,
Jette son glas funèbre et demande des larmes
Tuur les sjxîctres errants, nombreux comme les flot«.
Donnez donc en c^ jour oît l'Église pleurante Fait entendre ix)ur eux une plainte touchante. Pour calmer vos regrets, peut-^tre vos remonls. Donnez, du souvenir ressuscitant la flamme, Une fleur à la tombe, une prière à Pâme, Ces doux parfums du ciel qui consolent les morts.
Priez pour vos amis, priez pour votre mère.
Qui vous fit d'heureux jours dans cette vie amère.
Pour les parte de vos cœurs dormant dans les toml>eaux.
Hélas ! tous ces objets de vos jeunes tendresses
Dans leur étroit cercueil n'ont plus d'autres caresses
Que les baisers du ver cjui dévore leurs os.
Priez ix)ur l'exilé, qui, loin de sa patrie. Expira sans entendre une parole amie; Isolé dans sa vie, isolé dans sa mort, Personne ne viendra donner une prière, L'aumône d'une larme à la toml^e étrangère ! Qui pense à l'inconnu qui hous la terre dort?
Priez encor ix)ur ceux dont les âmes blessées
Ici-bas n*ont connu que les sombres pensées
Qui font les jours sans joie et les nuits sans sommeil ;
Pour ceux qui, chaque soir, bénissant Toxistenco,
N'ont trouvé, le matin, au, lieu de Pespérance,
A leurs rêves dorés qu*un horrible réveil.
Ah ! pour ces parias de la famille humaine.
Qui, lourdement chargés de leur fardeau do poino,
Ont monté jusqu'au bout Téchelle de douleur.
Que votre cœur touché vienne donner Tolwlo D'un pieux souvenir, d'une sainte parole,
Qui découvre à leurs yeux la face du Seigneur.
Apportez ce tribut do prière et do larmes,
Afin qu'en ce moment terrible et plein d'alarmes,
Où de vos jours le terme enfin sera venu.
Votre nom, répété par la reconnaissance
De ceux dont vous aurez abrégé la soufirance.
En arrivant là-haut, ne soit pas inconnu.
Et prenant ce tribut, un ange aux blanches ailes. Avant de le porter aux sphères éternelles, ÎJb dépose un instant sur les tombeaux amis; Et les mourantes fleurs du somV)re cimetiôrtî. Se ranimant soudain au vent de la prière. Versent tous leurs imrfums sur les morts endormis.
Québec, 2 novembre 1856.