‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 103 sur 343 · ACTE I, SCENE XX · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE XX

Vi tendresse du sang qui vous parle pour elle?

CÉPHÉE

Ah! ne m'arrachez point mon sentiment secret. Phinée, il est tout vrai, je l'expose à regret. J'aime que votre amour en sa faveur me presse; La nature en mon cœur avec lui s'intéresse; Mais elle ne sauroit mettre d'accord en moi Les tendresses d'un père et les devoirs d'un roi; Et par une justice à moi-même sévère.

Je vous refuse en roi ce que je veux en père.

PHINÉE

Quelle est cette justice, et quelles sont ces lois Dont l'aveugle rigueur s'étend jusques aux rois?

CÉPHÉE

Celles que font les dieux , qui , tout rois que nous sommes ,

Punissent nos forfaits ainsi que ceux des hommes,

Et qui ne nous font part de leur sacré pouvoir

Que pour le mesurer aux règles du devoir.

Que diroient mes sujets si je me faisois grâce,

Et si, durant qu'au monstre on expose leur race,

Ils voyoient, par un droit tyrannique et honteux,

Le crime en ma maison, et la peine sur eux?

PHINÉE

Heureux sont les sujets , heureuses les provinces Dont le sang peut payer pour celui de leurs princes :

CÉPHÉE

Mais heureux est le prince , heureux sont ses projets .

Quand il se fait justice ainsi qu'à ses sujets!

Notre oracle, après tout, n'excepte point ma fille,

Ses termes généraux comprennent ma famille ;

Et ne confondre pas ce qu'il a confondu,

C'est se mettre au-dessus du dieu qui Fa rendu.

PERSÉE

Seigneur, s'il m'est permis d'entendre votre oracle, Je crois qu'à sa prière il donne peu d'obstacle; Il parle d'Andromède, il la nomme, il suffit, Arrêtez-vous pour elle à ce qu'il vous en dit; La séparer longtemps d'un amant si fidèle , C'est tout le châtiment qu'il semble vouloir d'elle. Différez son hymen sans l'exposer au choix. Le ciel assez souvent, doux aux crimes des rois, Quand il leur a montré quelque "légère haine, Répand sur leurs sujets le reste de leur peine.

CÉPHÉE

Vous prenez mal l'oracle: et pour l'expliquer mieux. Sachez.... Mais quel é:lat vient de frapper mes yeux? D'où partent ces longs traits de nouvelles lumières? CoR>E Li.:: m y

CLe ciel s'ouvre durant celte contestation du roi avec Pfainée, et fait voir dans un profond éloignemeni l'éloilc de Vénus qui sort de machine pour apporter celte déesse jusqu'au milieu du théâtre. Elle s'avance Icnlement sans que l'œil puisse découvrir à quoi elle est suspendue; cl cependant le peuple a loisir de lui adresser ses vœux par cet hymne que chantent les musiciens.)

PEBSÉE.

Du ciel qui vient d'ouvrir ses luisantes barrières, D'où quelque déité vient, ce semble, ici-bas Terminer elle-même entre vous ces débats.

CA5SI0PE

Ah! je la reconnois, la déesse d'Éryce; C'est elle, c'est Vénus, à mes vœux si propice : Je vois dans ses regards mon bonheur renaissant. Peuple, faites des vœux, tandis qu'elle descend.

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