‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 107 sur 343 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

C'étoit assez d'espoir que d'espérer au temps; Lui qui fait chaque jour tant de métamorphoses Pouvoit en ma faveur faire beaucoup de choses. Mais enfin la déesse a prononcé ma mort. Et je suis ce dernier sur qui tombe le sort. J'étois indigne d'elle et de son hyménée. Et toutefois, hélas! je valois bien Phinée.

CASSIOPE

Vous plaindre en cet état, c'est tout ce que je puis.

PERSÉE

Vous vous plaindrez peut-être apprenant qui je suis.

Vous ne vous trompiez point touchant mon origine,

Lorsque vous la jugiez ou royale ou divine:

Mon père est.... Mais pourquoi contre vous l'animer?

Puisqu'il nous faut mourir, mourons sans le nommer;

Il vengeroit ma mort , si j'avois fait connoître

De quel illustre sang j'ai la gloire de naître;

Et votre grand bonheur seroit mal assuré,

Si vous m'aviez connu sans m'avoir préféré.

C'est trop perdre de temps, courons à votre joie,

Courons à ce bonheur que le ciel vous envoie;

J'en veux être témoin , afin que mon tourment

Puisse par ce poison finir plus promptement.

CASSIOPE

Le temps vous fera voir pour souverain remède Le peu que vous perdez en perdant Andromède: Et les dieux, dont pour nous vous voyez la bonté, Vous rendront bientôt plus qu'ils ne vous ont ôté.

PERSÉE

Ni le temps ni les dieux ne feront ce miracle. Mais allons ; à votre heur je ne mets point d'obstacle, Reine; c'est l'affoiblir que de le retarder; Et les dieux ont parlé , c'est à moi de céder.

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