SCÈNE V. - D. MANRIQUE, D. LOPE, D. ALVAR
n. LOPE.
Vous voyez l'arrogance.
D. ALVAR
Ainsi les grands courages Savent en généreux repousser les outrages.
Il se méprend pourtant, s'il pense qu'aujourd'hui Nous daignions mesurer notre épée avec lui.
D. ALVAR
Refuser un combat !
D. LOPE
Des généraux d'armée, Jaloux de leur honneur et de leur renommée, Ne se commettent point contre un aventurier,
D, ALVAR
Ne mettez point si bas un si vaillant guerrier: Qu'il soit ce qu'en voudra présumer votre haine, Il doit être pour nous ce qu'a voulu la reine.
D. LOPE
La reine qui nous brave, et, sans égard au sang, Ose souiller ainsi l'éclat de notre rang !
D. ALVAR
Les rois de leurs faveurs ne sont jamais comptables; Ils font, comme il leur plaît, et défont nos semblables,
D. MANRIQUE
Envers les majestés vous êtes bien discret. Voyez-vous cependant qu'elle l'aime en secret?
D. ALVAR
Dites, si vous voulez, qu'ils sont d' intelligence', Qu'elle a de sa valeur si haute confiance,
COKNEILLE m 11)
Qu'elle espère par là faire approuver son choix . Et se rendre avec gloire au vainqueur de tous trois Qu'elle nous hait dans Tàme autant qu'elle l'adore : C'est à nous d'honorer ce que la reine honore.
D. MANRIQWE.
Vous la respectez fort : mais y prétendez-vous? On dit que l'Aragon à des charmes si doux....
D. ALVAR
Qu'ils me soient doux ou non , je ne crois pas sans crime
Pouvoir de mon pays désavouer l'estime;
Et puisqu'il m'a jugé digne d'être son roi,
Je soutiendrai partout l'état qu'il fait de moi.
Je vais donc disputer, sans que rien me retarde.
Au marquis don Carlos cet anneau qu'il nous garde :
Et si sur sa valeur je le puis emporter,
J'attendrai de vous deux qui voudra me l'ôter :
Le champ vous sera libre.
D. LOPE
A la bonne heure, comte; Nous vous irons alors le disputer sans honte; Nous ne dédaignons point un si digne rival : Mais pour votre marquis , qu'il cherche son égal.