‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 198 sur 343 · ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII

Elle sait seulement qu'il n'est pas de son sang , Et croit que ce présent, par un ndracle étrange, Doit un jour par vos mains lui rendre son vrai rang.

A ces marques, un jour, daignez le reconnoltre; Et puisse l' Aragon, retournant sous vos lois, Apprendre ai^isi que vous, de moi qui l'ai vu naître, Que Sanche , fils de Nugne, est le sang de ses rois!

Don Fernand d'Aragon.

D. LÉONOR , après avoir lu.

Ah! mon fils, s'il en faut encore davantage, Croyez-en vos vertus et votre grand courage.

CARLOS, à D. Léonor.

Ce seroit mal répondre à ce rare boni.eur Que vouloir me défendre encor d'un tel honneur. (.-1 D. Isabelle.) Je reprends toutefois Nugne pour mon vrai père , Si vous ne m'ordonnez, madame, que j'espère.

D. ISABELLE

C'est trop peu d'espérer, quand tout vous est acquis. Je vous avois fait tort en vous faisant marquis: Et vous n'aurez pas lieu désormais de vous plaindre De ce retardement où j'ai su vous contraindre. Et pour moi, que le ciel destinoit pour un roi, Digne de la Castille. et digne encor de moi, .T'avois mis cetle bague en des mains assez bonnes Pour la rendre à don Sanche, et joindre nos couronnes,

CARLOS

Je ne m'étonne plus de l'orgueil de mes vœux, Qui, sans le partager, donnoient mon cœur à deux-, Dans les obscurités d'une telle aventure. L'amour se confondoit avecque la nature.

D. ELVIRE

Le nôtre y répondoit sans faire honte au rang, Et le mien vous payoit ce que devoit le sang.

CARLOS, à D. Elvire.

Si vous m'aimez encore, et m'honorez en frère. Un époux de ma main pourroit-il vous déplaire?

D. ELVlRE.

Si don Alvar de Lune est cet illustre époux ,

Il vaut bien à mes yeux tout ce qui n'est point vous.

CAULOS, à D. Elvire.

Il honoroit en moi la vertu toute nue. {A D. Manrique et à D. Lope.) Et vous, qui dédaigniez ma naissance inconnue, Comtes, et les premiers en cet événement Jugiez en ma faveur si véritablement ,

Votre dédain fut juste autant que son estime; C'est la même vertu sous une autre maxime. D. RAiMOND , à D. Isabelle.

Souffrez qu'à l'Aragon il daigne se montrer. Nos députés, madame, impatiens d'entrer....

D. ISABELLE

Il vaut mieux leur donner audience publique, Afin qu'aux yeux de tous ce miracle s'explique.

Allons; et cependant qu'on mette en liberté Celui par qui tant d'heur nous vient d'être apporté; Et qu'on l'amène ici, plus heureux qu'il ne pense, PvecevQir de ses soins la digne récompense.

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