‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 205 sur 343 · ACTE I, SCÈNE U · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE U

Vous-même, amour à part, je vous en fais arbitre. Ce grand nom de Romain est un précieux titre: Et la reine et le roi l'ont assez acheté Pour ne se plaire pas à le voir rejeté, Puisqu'ils se sont privés, pour ce nom d'importance. Des charmantes douceurs d'élever voire enfance. Dès l'âge de quatre ans ils vous ont éloigné; Jugez si c'est pour voir ce titre dédaigné, Pour vous voir renoncer, par l'hymen d'une reine A la part qu'ils avoient à la grandeur romaine. D'un si rare trésor l'un et l'autre jaloux....

ATTALE

Madame, encore un coup, cet homme est- il à vous?

Et pour vous divertir est-il si nécessaire

Que vous ne lui puissiez ordonner de se taire?

LAODICE

Puisqu'il vous a déplu vous traitant de Romain, Je veux bien vous traiter de fils de souverain. En cette qualité vous devez reconnoître Qu'un prince votre aîné doit être votre maître, Craindre de lui déplaire, et savoir que le sang Ne vous empêche pas de différer de rang, Lui garder le respect qu'exige sa naissance. Et, loin de lui voler son bien en son absence....

AÏTALE.

Si l'honneur d'être à vous est maintenant son bien,

Dites un mot, madame, et ce sera le mien:

Et si l'âge à mon rang fait quelque préjudice,

Vous en corrigerez la fatale injustice.

Mais, si je lui dois tant en fils de souverain,

Permettez qu'une fois je vous parle en Romain.

Sachez qu'il n'en est point que le ciel n'ait fait naître Pour commander aux rois, et pour vivre sans maître; Sachez que mon amour est un noble projet Pour éviter l'aff'ront de me voir son sujet; Sachez....

LAODICE

Je m'en doutois, seigneur, que ma couronne Vous charmoit bien du moins autant que ma personne; Àlais, telle que je suis, et ma couronne et moi, Tout est à cet aîné qui sera voire roi: Et s'il étoit ici, peut-être en sa présence Vous penseriez deux fois à lui faire une offense.

ATTALE

Que ne puis-je l'y voir! mon courag? amoureux....

NICOMÈDE

Faites quelques souhaite i^ui soient moins dangereux. Corneille iu 16

242 NICOMEDE

Seigneur; s'il les savoit, il pourroit bien lui-même Venir d'un tel amour venger l'objet qu'il aime.

ATTALE

Insolent! est-ce enfin le respect qui m'est dû?

NlCOMÈDE.

Je ne sais de nous deux, seigneur, qui l'a perdu.

ATTALE

Peux-tu bien me connoître et tenir ce langage?

NlCOMÈDE.

Je sais à qui je parle . et c'est mon avantage Que , n'étant point connu , prince . vous ne savez Si je vous dois respect, ou si vous m'en devez.

ATTALE

Ah! madame, souffrez que ma juste colère....

LAODICE

Consultez-en, seigneur, la reine votrs mère; Elle entre.

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