‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 210 sur 343 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Par l'hymen de ce prince, à ceux de Prusias : Si bien que le sénat prenant un juste ombrage D'un empire si grand sous un si grand courage, Il s'en est fait nommer lui-même ambassadeur, Pour rompre cet hymen, et borner sa gr ndeur; Et voilà le seul point ou Rome s'intéresse.

CLÉONE

Attale à ce dessein entreprend sa maîtresse! Mais que n'agissoit Rome avant que le retour De cet amant si cher affermît son amour ?

ARSINOÉ

Irriter un vainqueur en tète d'une armée

Prête à suivre en tous lieux sa colère allumée,

C'étoit trop hasarder; et j'ai cru pour le mieux

Qu'il falloit de son fort l'attirer en ces lieux.

Métrobate l'a fait, par des terreurs paniques,

Feignant de lui trahir mes ordres tyranniques,

Et, pour l'assassiner se disant suborné.

Il l'a. grâces aux dienx, doucement amené.

Il vient s'en plaindre au roi, lui demander justice;

Et sa plainte le jette au bord du précipice.

Sans prendre aucun souci de m'en justifier,

Je saurai m'en servir à me fortifier.

Tantôt en le voyant j'ai fait de l'effrayée.

J'ai changé de couleur, je me suis écriée;

Il a cru me surprendre, et l'a cru bien en vain.

Puisque son retour même est l'œuvre de ma main.

CLÉONE

Mais , quoi que Rome fasse et qu'Attale prétende , Le moyen qu'à ses yeux Laodice se rende?

ARSINOÉ

Et je n'engage aussi mon fils en cet amour Qu'à dessein d'éblouir le roi, Rome et la cour.

Je n'en veux pas , Cléone , au sceptre d'Arménie : Je cherche à m'assurer celui de Bithynie; Et, si ce diadème une fois est à nous, Que celte reine après se choisisse un époux. Je ne la vais presser que pour la voir rebelle, Que pour aigrir les cœurs de son amant et d'elle. Le roi, que le Romain poussera vivement, De peur d'offenser Rome agira chaudement, Et ce prince, piqué d'une juste colère. S'emportera sans doute, et bravera son père. S"il est prompt et bouillant, le roi ne l'est pas moins; Et, comme à l'échaufler j'appliquerai mes soins. Pour peu qu'à de tels coups cet amant soit sensible, Mon entreprise est sûre, et sa perte infaillible.

'-^'-6 NICOMÊDE.

Voilà mon coeur ouvert, et tout ce qu'il prétend. Mais dans mon cabinet Flaminius m'attend. Allons, et garde bien le secret de ta reine.

CLÉONE

Vous me connoissez trop pour vous en mettre en peine.

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