‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 213 sur 343 · ACTE II, SCÈ^-E II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈ^-E II

Abandonner mon camp en est un capital, Inexcusable en tous, et plus au général; Et tout autre que vous , malgré cette conquête . Revenant sans mon ordre, eût paye de si tète.

NICuMÈDE.

J'ai failli, je l'avoue, et mon cœur imprudent

A trop cru les transports d'un désir trop ardent :

L'amour que j'ai pour vous a commis cette offense,

Lui seul à mon devoir fait cette violence.

Si le bien de vous voir m'etoit moins précieux .

Je serois innocent, mais si loin de vos yeux,

Que j"aime mieux, seigneur, en perdre un peu d'estime

Et qu'un bonheur si grand me coûte un petit crime ,

Qui ne craindra jamais la plus sévère loi.

Si l'amour juge en vous ce qu'il a fait en moi.

PRUSIAS

La plus mauvaise excuse est assez pour un père, Et sous ;e nom d'un fils toute faute est légère. Je ne veux voir en vous que mon unique appui : Recevez tout l'honneur qu'on vous doit aujourd'hui. L'ambassadeur romain me demanie audience: Il verra ce qu'en vous je prends de confiance; Vous l'écouterez. prince, et répondrez pour moi. Vous êtes aussi bien le véritable roi; Je n'en suis plus q le l'ombre, et l'âge ne m'en laisse Qu'un vain titre d'honneur qu'on rend à ma vieillesse; Je n'ai plus que deux j:urs peut-être à le garder: L'intérêt de l'Ëtat voi:s doit seul regarder. Prenez-en au ourd'hui la marque la plus haute : Mais gardez-vous aussi d'oublier votre faute ; Et, comme el!e fait br-che au pouvoir souverain, Pour la bien réparer, retournez dès demain. Remettez en éclat la puissance absolue : Attendez-la de moi comme je l'ai reçue, Inviolable, entière: et n'autorisez pas De plus méchans que vous à la mettre plus bas. Le peuple qui vous voit, la cour i.ui vous contemple, Vous désobéiroient sur votre propre exemple : Donnez-leur-en un autre , et montrez à leurs yeux Que nos premiers sujets obéissent le mieux.

N COMÈDE.

J'obéirai, seigneur, et plus tôt qu'on ne pense; Mais je demande un prix de mon obéissance.

La reine d'Arménie est due à ses États, Et j'en vois les chemins ouverts par nos combats. Il est temps qu'en son ciel cet astre aille reluire : De grâce, accordez-moi l'honneur de l'y conduire.

250 mCOMÈDE.

PRUSIAS

Il n'appartient qu'à vous, et cet illustre emploi Demande un roi lu -même, ou l'héritier d'un roi; Mais, pour la renvoyer jusqu'en son Arménie, Vous savez qu'il y faut quelque cérémonie : Tandis que je ferai préparer son départ, Vous irez dans mon camp l'attendre de ma part.

^■ICOMÈDE.

Elle est prête à partir sans plus grand équipage.

PRUSIAS

Je n'ai garde à son rang de faire un tel outrage. Mais l'ambassadeur entre, il le faut écouter; Puis nous verrons quel ordre on y doit apporter.

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