ACTE m, SCÈNE I
Partons; et dès demain, puisque vous le voulez, Préparez-vous à voir vos pays désolés : Préparez-vous à voir par toute votre terre Ce qu'ont de plus affreux les fureurs de la guerre, Des montagnes de morts, des rivières de sang.
LAODICE
Je perdrai mes États, et garderai mon rang; Et ces vastes malheurs cù mon orgueil me jette Me feront votre esclave, et non votre sujette : Ma vie est en vos mains, mais non ma dignité.
PRUSIAS
Nous ferons bien changer ce courage indompté: Et quand vos yeux, frappés de toutes ces misères, Verront Attale assis au trône de vos pères, Alors, peut-être, alors vous le prierez en vain Que pour y remonter il vous donne la main.
LAODICE
Si jamais jusque-là votre guerre m'engage, Je serai bien changée et d'âme et de courage. Mais peut-être, seigneur, vous n'irez pas si loin : Les dieux de ma fortune auront un peu de soin; Ils vous inspireront, ou trouveront un homme Contre tant de héros que vous prêtera Rome.
PRUSIAS
Sur un présomptueux vous fondez votre appui; Mais il court à sa perte, et vous traîne avec lui. Pensez-y bien, madame, et faites-vous justice; Choisissez d'être reine, ou d'être Laodice; Et, pour dernier avis que vous aurez de moi, Si vous voulez régner, faites Attale roi. Adieu.