ACTE I, SCENE I
Au malheur de Dircé donne encor des sanglots;
Il en garde en son àrae encor toute lïmage,
Et rend à sa chère ombre encor ce triste i:ominage. »
Cet espoir est le seul dont j aime à me flatter,
Et l'unique douceur que je veux emporter.
THÉSÉE
Ahl madame, vos yeux combattent vos maximes;
Si j'en crois leur pouvoir, vos conseils sont des crimes.
Je ne vous ferai point ce reproche odieux,
Que, si vous aimiez bien, vous conseilleriez mieux :
Je dirai seulement qu'auprès de ma princesse
Aux seuls devoirs d'amant un héros s'intéresse,
Et que, de l'univers fût-il le seul appui,
Aimant un tel objet, il ne doit rien qu'à lui.
Mais ne contestons point et sauvons l'un et l'autre:
L'hymen justifiera ma retraite et la vôtre.
Le roi me pourroit-il en refuser l'aveu ,
Si vous en avouez l'audace de mon feu?
Pourro;t-il s'opposer à cette illustre envie
D'assurer sur un trône une si belle vie,
Et ne point consentir que des destins meilleurs
"Vous exilent d'ici pour commander ailleurs?
DIRCÉ
Le roi, tout roi qu'il est, seigneur, n'est pas mon maître j
Et le sang de Laïus , dont j'eus l'honneur de naître ,
Dispense trop mon cœur de recevoir la loi
D'un trône que sa mort n'a dû laisser qu'à moi.
Mais comme enfin le peuple, et l'hymeâ de ma mère,
Ont mis entre ses mams le sceptre de mon père,
Et qu'en ayant ici toute l'autorité
Je ne puis rien pour vous contre sa volonté,
Pourra-t-il trouver Lon qu'on parle d'hyménée
Au milieu d'une ville à périr condamnée,
Où le courroux du ciel, changeant l'air en poison,
Donne lieu de trembler pour toute sa maison?
M ÉGARE
{Elle lui parle à l'oreille.) Madame
DlRCÉ.
Adieu, seigneur : la reine, qui m'appelle. M'oblige à vous quitter pour me rendre auprès d'elle; Et d'ailleurs le roi vient.
thés;';e.
Que ferai-je?
DlRCÉ.
Parlez.
Je ne puis plus vouloir que ce que vous voulez.