ACTE I, SCÈNE H
Mais je crois qu'après tout ses sœurs la valent bien
THKSÉE.
Antigone est parfaite, Ismène est admirable; Dircé, si vous voulez, n'a rien de comparable; Elles sont l'une et l'autre un chef-d'œuvre des cieux : Mais oà le cœur est pris on charme en vain les yeux. Si vous avez aimé, vous avez su connoîlre Que l'amour de son choix veut être le seul maître; Que, s'il ne choisit pas toujours le plus parfait. Il attache du moins les cœurs au choix qu'il fait: F,t qu'entre cent beautés dijrnes de notre hommage Celle qu'il nous choisit plaît toujours davantage.
Ce n'est pas offenser deux si charmantes sœurs, Que voir en leur aînée aussi quelques douceurs. J'avouerai, s'il le faut, que c'est un pur caprice, Un pur aveuglement qui leur fait injustice: Mais ce seroit trahir tout ce que je leur doi , Que leur promettre un cœur quand il n'est plus à moi.
œd:pe.
Mais c'est m'offenser moi. prince, que de prétendre A des honneurs plus hauts que le nom de mon gendre. Je veux toutefois être encor de vos amis: Mais ne demandez plus un bien que j'ai promis. Je vous l'ai déjà dit que. pour cet hyménée, Aux vœux du prince .^ron ma pirole est donnée; Vous avez attendu trop tard à m'en parler, Et je vous offre assez de quoi vous consoler. La parole des rois doit être inviolable.
THÉSÉE
Elle est toujours sacrée et toujours adorable;
Mais ils ne sont jamais esclaves de leur voix,
Et le plus puissant roi doit quelque chose aux rois.
Retirer sa parole à leur juste prière,
C'est honorer en eux son propre caractère;
Et si Je prince iEmon ose encor vous parler,
Vous lui pouvez offrir de quoi se consoler.
ŒDIPE
Quoi! prince, quand les dieux tiennent en main leur foudre, Qu'ils ont le bras levé pour nous réduire en poudre, J'oserai violer un serment solennel.
Dont j'ai pris à témoin leur pouvoir éternel?
C'est pour un grand monarque un peu bien de scrupule.
ŒI IPE.
C'est en votre faveur être un peu bien crcdulp De présumer qu'un roi, pour contenter vos yeux, Veuille pour ennemis les hommes et les dieux.
THÉSÉE
Je n'ai qu'un mot à dire après un si grand zèle : Quand vous donnez Dircé, Dircé se donne-t-elle?
ŒDIPE
Elle sait son devoir.
THÉSÉE
Savez-vous quel il est?
ŒDIPE
L'auroit-elle réglé suivant vctre intérêt? A me désobéir l'auriez-vous résolue?
THÉSÉE
Non, je respecte trop la puissance absolue; Mais lorsque vous voudrez sans elle en disposer, N'aura-t-elle aucun droit, seigneur, de s'excuser?
ŒDIPE
Le temps vous fera voir ce que c'est qu'une excuse
THÉSÉE
Le temps me fera voir jusques où je m'abuse;
Et ce sera lui seul qui saura m'éclaircir
De ce que pour ^Emon vous ferez réussir.
Je porte peu d'envie à sa bonne fortune;
Mais je commence à voir que je vous importune.
Adieu. Faites, seigneur, de grâce un juste choix |
Et, si vous êtes roi, considérez les rois.