ACTE I, SCÈNE III
Si je règne sans titre, et si j'agis en roi.
On t'a parlé du sphinx, dont l'énigme funeste Ouvrit plus de tombeaux que n'en ouvre la peste. Ce monstre à voix humaine, aigle, femme et lion. Se campoit fièrement sur le mont Cythéron, D'où chaque jour ici devoit fondre sa rage, A moins qu'on éclaircît un si sombre nuage. Ne porter qu'un faux jour dans son obscurité, C'étoit de ce prodige enfler la cruauté; Et les membres épars des mauvais interprètes Ne laissoient dans ces murs que des bouches muettes» Mais, comme aux grands périls le salaire enhardit, Le peuple offre le sceptre, et la reine son lit; De cent cruelles morts cette offre est tôt suivie : J'arrive, je l'apprends, j'y hasarde ma vie. Au pied du roc affreux semé d'os blanchissans, Je demande l'énigme et j'en cherche le sens; Et, ce qu'aucun mortel n'avoit encor pu faire, J'en dévoile l'image et perce le mystère. Le monstre, furieux de se voir entendu, Venge aussitôt sur lui tant de sang répandu. Du roc s'élance en bas, et s'écrase lui-même. La reine tint parole, et j'eus le diadème. Dircé fournissoit lors à peine un lustre entier, Et me vit sur le trône avec un œil allier. J'en vis frémir son cœur, j'en vis couler ses larmes; J'en pris pour l'avenir dès lors quelques alarmes: Et, si l'âge en secret a pu la révolter, Vois ce que mon départ n'en doit point redouter. La mort du roi mon père à Corinthe m'appelle; J'en attends aujourd'hui la funeste nouvelle, Et je hasarde tout à quitter les Thebains, Sans mettre ce dépôt en de fidèles mains. iEmon seroit pour moi digne de la princesse; S"il a de la naissance, il a quelque foiblesse; Et le peuple du moins pourroit se partager, Si dans quelque attentat il osoit l'engager : Mais un prince voisin, tel que tu vois Thésée, Feroit de ma couronne une conquête aisée. Si d'un pareil hymen le dangereux lien Armoit pour lui son peuple et soulevoit le mien. Athènes est trop proche, et, durant une absence, L'occasion qui flatte anime l'espérance; Et, quand tous mes sujets me garderoient leur foi, Désolés comme ils sont, que pourroient-ils pour moi? La reine a pris le soin d'en parler à sa fille. iEmon est de son sang, et chef de sa famille;
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Et l'amour d'une mère a souvent plus d'effet
Que n'ont.... Mais la voici; sachons ce qu'elle a fait,