‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 316 sur 343 · ACTE m, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE II

Ce foudre vous menace un peu plus tôt qu'Œdipe; Et le roi n'a pas lieu d'en redouter les coups, Quand parmi tout son peuple ils n'ont choisi que vous

DIRCÉ

Madame, il se peut faire encor qu'il me prévienne. S'il sait ma destinée, il ignore la sienne. Le ciel pourra venger ses ordres retardés. Craignez ce changement que vous lui demandez. Souvent on l'entend mal quand on le croit entendre; L'oracle le plus clair se fait le moins comprendre. Moi-même je le dis sans comprendre pourquoi; Et ce discours en l'air m'échappe malgré moi.

Pardonnez cependant à cette humeur hautaine : Je veux parler en fille, et je m'e.x'plique en reine. Vous qui l'êtes encor, vous savez ce que c'est, Et jusqu'où nous emporte un si haut intérêt. Si je n'en ai le rang, j'en garde la teinture. Le trône a d'autres droits que ceux de la nature. J'en parle trop peut-être alors qu'il faut mourir. Hâtons-nous d'empêcher ce peuple de périr; Et sans considérer quel fut vers moi son crime, Puisque le ciel le veut, donnons-lui sa victime.

JOCASTE

Demain ce juste ciel pourra s'expliquer mieux. Cependant vous laissez bien du trouble en ces lieux; Et, si votre vertu pouvoit croire mes larmes, Vous vous épargneriez cent mortelles alarmes.

DIRCÉ

Dussent avec vos pleurs tous vos Thébains s'unir, , Ce que n'a pu l'amour, rien ne doit l'obtenir.

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