SCENE VII. - CLÉOPATRE
De quel malheur suis-je encore capable l Leur amour m'offensoit, leur amitié m'accable; Et contre mes fureurs je trouve en mes deux fils Deux enfans révoltés et deux rivaux unis. ' Quoi ! sans émotion perdre trône et maîtresse I Quel est ici ton charme, odieuse princesse? Et par quel privilège . allumant de tels feux, Peux-tu n'en prendre qu'un et m'ôter tous les deux? N"espère pas pourtant triompher de ma haine : Pour régner sur deux cœurs , tu n'es pas encor reine. Je sais bien qu'en l'état où tous deux je les voi, Il me les faut percer pour aller jusqu'à toi ; Mais n'importe : mes mains sur le père enhardies Pour un bras refusé sauront prendre deux vies ; Leurs jours é-^alement sont pour moi dangereux : J'ai commencé par lui , j'achèverai par eux.
Sors de mon cœur, nature, ou fais qu'ils m'obéissent; Fais-les servir ma haine , ou consens qu'ils périssent. Mais déjà l'un a vu que je les veux punir. Souvent qui tarde trop se laisse prévenir. Allons chercher le temps d'immoler nos victimes, Et de me rendre heureuse à force de grands crimes.
44 RODOGUNE