ACTE I, SCÈNE IV
Cruel à la princesse , odieux à moi-même !
Je te connois, Léonce, et mieux que tu ne crois; Je sais ce que tu vaux , et ce que je te dois. Son bonheur est le mien, madame; et je vous donne Léonce et Martian en la même personne; C'est Martian en lui que vous favorisez. Opposons la constance aux périls opposés. Je vais près de Phocas essayer la prière; Et, si je n'en obtiens la grâce toute entière, Malgré le nom de père , et le titre de fils , Je deviens le plus grand de tous ses ennemis. Oui, si sa cruauté s'obstine à votre perte, J'irai pour l'empêcher jusqu'à la force ouverte; Et puisse, si le ciel m'y voit rien épargner, Un faux Héraclius en ma place régner 1 Adieu, madame.
PULCHÉRIE
Adieu, prince trop magnanime, {Héraclius s'en va, et Pulchérie continue.) Prince digne en effet d'un trône acquis sans crime , Digne d'un autre père. Ah! Phocas! ah! tyran! Se peut-il que ton sang ait formé Martian?
Mais allons, cher Léonce, admirant son courage. Tâcher de notre part à repousser l'orage. Tu t'es fait des amis, je sais des mécontens; Le peuple est ébranlé, ne perdons point de temps L'honneur te le commande . et l'amour t'y convie.
MARTIAN
Pour otage en ses mains ce tigre a votre vie ;
Et je n'oserai rien qu'avec un juste effroi
Qu'il ne venge sur vous ce qu'il craindra de moi
PULCHÉRIE
N'importe; à tout oser le péril doit contraindre. Il ne faut craindre rien quand on a tout à craindre. Allons examiner pour ce coup généreux Les moyens les plus prompts et les moins dangereux.