LA NATURE
Air : Ab! que de chagrins dans la viel .
Combien la nature est féconde En plaisirs ainsi qu'en douleurs !
De noirs fléaux couvrent le monde De débris, de sang et de pleurs, (bis.)
Mais à ses pieds la beauté nous attire ;
Mais des raisins le nectar est foulé.
Coulez, bons vins; femmes, daignez sourire ; Et l'univers est consolé.
Chaque pays eut son déluge ;
Hél^s ! peut-être jour et nuit
Une arche est encor le refuge
De mortels que l'onde poursuit.
Sitôt qu'Iris brille sur leur navire, Et que vers eux la colombe a volé.
Coulez, bons vins *, femmes, daignez sourire ;
Et l'univers est consolé.
Quel autre champ de funérailles !
L'Etna s'agite, et, furieux,
Semble, du fond de ses entrailles,
Vomir l'enfer contre les cieux.
Mais pour renaître enfin sa rage expire :
Il se rasseoit sur le monde ébranlé.
Coulez, bons vins; femmes, daignez sourire ;
Et l'univers est consolé.
DE BÉRANGBR. 291
Dieu ! que de souffrances nouvelles !
L'affreux vautour de l'Orient,
La peste a déployé ses ailes
Sur l'homme, qui tombe en fuyant.
Le ciel s'apaise, et la pitié respire ; On tend la main au malade exilé.
Coulez, bons vins; femmes, daignez sourire;
Et l'univers est consolé.
Mars enfin comble nos misères :
Des rois nous payons les défis.
Humide encor du sang des pères,
La terre boit le sang des fils.
Mais l'homme aussi se lasse de détruire.
Et la nature à son cœur a parlé.
Coulez, bons vins; femmes, daignez sourire;
Et l'univers est consolé.
Ah ! loin d'accuser la nature,
Du printemps chantons le retour ;
Des roses de sa chevelure
Parfumons la joie et l'amour, (bis.) Malgré l'horreur que l'esclavage inspire, Sur les débris d'un empire écroulé.
Coulez, bons vins ; femmes, daignez sotirire ; )
Et l'univers est consolé. ) *^*
LES CARTES, ou L'HOROSCOPE.
Air de la petite Gouyernante.
Tandis qu*en faisant sa prière,
Au coin du feu maman s'endort,
Peu faite pour être ouvrière.
Dans les cartes cherchons mon sort.
Maman dirait: Craignez les bagatelles!
Le diable est fin ; tremblez, Suzon !
Mais j'ai seize ans: les cartes seront belles, j
Les cartes ont toujours raison, > bn.
Toujours raison, toujours raison. )
Amour, enfant ou mariage.
Sachons ce qui m'attend ici.
J'ai certain amant qui voyage :
Valet de cœur ? Bon ! le voici.
Pour une veuve, aux pleurs il me condamne.
L'ingrat l'épouse, ô trahison .' J'entre au couvent; mon confesseur me damne.
Les cartes ont toujours raison,
Toujours raison, toujours raison.
Au parloir, témoin de mes larmes, Le roi de carreau vient souvent.
C'est un prince épris de mes charmes ; Il m'enlève de mon couvent.
Par des cadeaux Son Altesse m'entraîne
DE BËRAN6ER. 293
Jusqu'à sa petite maison.
La nuit survient, et je suis presque reine.
Les cartes ont toujours raison, Toujours raison, toujours raison.
Je suis le prince à la campagne :
On vient lui parler contre moi.
En secret un brun m'accompagne :
Tout se découvre: adieu, mon roi !
Un de perdu, j'en vois arriver douze ;
J'enflamme un campagnard grison :
Je SUIS cruelle, et celui-là m'épouse.
Les cartes ont toujours raison,
Toujours raison, toujours raison.
En ménage d'une semaine.
Dans un char je brille à Paris.
C'est le roi de trèfle qui mène ;
Mon mari gronde, et je m'en ris.
Dieu ! l'amour fuit à l'aspect d'une vieille I
En ai-je passé la saison?
Eh ! non vraiment, c'est maman qui s'éveille.
Les cartes ont toujours raison,
Toujours raison, toujours raison.
> bis.