LES ÉTOILES QUI FILENT
JANVIER i8!£0.
Air du ballet des Pierrots.
Berger, tu dis que notre étoile Règle nos jours et brille aux deux.
— Oui, mon enfant ; mais dans son voile La nuit la dérobe à nos yeux.
— Berger, sur cet azur tranquille De lire on te croit le secret:
Quelle est cette étoile qui file, Qui file, file, et disparaît ?
— Mon enfant, un mortel expire, Son étoile tombe à l'instant.
Entre amis que la joie inspire, Celui-ci buvait en chantant.
Heureux, il s'endort immobile Auprès du vin qu*il célébrait
— Encore une étoile qui file.
Qui file, file, et disparaît.
— Mon enfant, qu'elle est pure et belle î C'est celle d'un objet charmant.
Fille heureuse, amante fidèle.
On l'accorde au plus tendre amant.
Des fleurs ceignent son front nubile.
Et de l'hymen l'autel est prêt. . .
— Encore une étoile qui file, Qui file, file, et disparaît.
— Mon fils, c'est l'étoile rapide D'un très-grand seigneur nouveau-né.
Le berceau qu'il a laissé \id,e.
D'or et de pourpre était orné.
Des poisons qu'un flatteur distille, C'était à qui le nourrirait...
— Encore une étoile qui file.
Qui file, file, et disparaît.
— Mon enfant, quel éclair sinistre î C'était l'astre d'un favori
Qui se croyait un grand ministre Quand de nos maux il avait ri.
Ceux qui servaient ce dieu fragile Ont déjà caché son portrait...
— Encore une étoile qui file.
Qui file, file, et disparaît.
— Mon fils, quels pleurs seront les nôtres !
D'un riche nous perdons l'appui.
L'indigence glane chez d'autres.
Mais elle moissonnait chez lui.
Ce soir même, sur d'un asile, A son toit le pauvre accourait...
— Encore une étoile qui file, Qui file, file, et disparaît.
— C'est celle d'un puissant monarque î...
Va, mon fils, garde ta candeur ; Et que ton étoile ne marque Par l'éclat ni par la grandeur.
Si tu brillais sans être utile, A ton dernier jour on dirait:
Ce n'est qu'une étoile qui file, Qui file, file, et disparaît.