‹ Œuvres Completes de P.-J. de Beranger (volume 2)Chapitre 14 sur 153 · MADAME GRÉGOIRE · texte numérisé non relu

MADAME GRÉGOIRE

Air : C'est le gros Thomas.

C'était de mon temps Que brillait madame Grégoire.

J'allais à vingt ans Dans son cabaret rire et boire ; Elle attirait les gens Par des airs engageants.

Plus d'un brun a large poitrine

Avait là crédit sur la mine.

Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret !

D'un certain époux Bien qu'elle pleurât la mémoire,

Personne de nous N'avait connu défunt Grégoire ; Mais à le, remplacer Qui n'eût voulu penser ?

Heureux l'écot où la commère Apportait sa pinte et son verre î Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret !

Je crois voir encor Son gros rire aller jusqu'aux larmes.

Et, sous sa croix d'or, L'ampleur de ses pudiques charmes.

Sur tous ses agréments Consultez ses amants : ^

Au comptoir la sensible brune Leur rendait deux pièces pour une.

Ah l comme on entrait Boire à son cabaret !

Des buveurs grivois Les femmes lui cherchaient querelle.

Que j'ai vu de fois Des galants se battre pour elle !

La garde et les amours Se chamaillant toujours,

Elle, en femme des plus capables, Dans son lit cachait les coupables. Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret!

Quand ce fut mon tour D'être en tout le maître chez elle,

C'était chaque jour Pour mes amis fête nouvelle.

Je ne suis point jaloux :

Nous nous arrangions tous.

L'hôtesse, poussant à la vente, Nous livrait jusqu'à la servante.

Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret!

Tout est bien changé :

N'ayant plus rien à mettre en perce,

Elle a pris congé Et des plaisirs et du commerce.

Que je regrette, hélas !

Sa cave et ses appas !

Longtemps encor chaque pratique S'écrîra devant sa boutique :

Ah ! comme on entrait Boire h son cabaret !

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