CHANTÉS PAR UNE DEMOISELLE A UNE JEUNE MARIÉE, SON AMIE
Air : Vaudeville de la Partie cariée.
L'Amour, l'Hymen, l'Intérêt, la Folie, Aux quatre coins se disputent nos jours.
L'Amitié vient compléter la partie ;
Mais qu'on lui fait de mauvais tours !
Lorsqu'aux plaisirs l'âme se livre entière, Notre raison ne brille qu'à moitié, Et la Folie attaque la première
Le coin de l'Amitié.
Puis vient l'Amour, joueur malin et traître, Qui de tromper éprouve le besoin.
En tricherie on le dit passé maître ;
Pauvre Amitié, gare à ton coin !
Ce dieu jaloux, dès qu'il voit qu'on l'adore, A tout soumettre aspire sans pitié.
Vous cédez tout; il veut avoir encore
Le coin de l'Amitié.
L'Hymen arrive : oh ! combien on le fôlo !
L'Amitié seule apprête ses atours.
Mais dans les soins qu'il vient nous mettre en tête,
Il nous renferme pour toujours.
Ce dieu, chez lui calculant à toute heure, Y laisse enfin l'Intérêt prendre pied, Et trop souvent lui donne pour demeure Le coin de l'Amitié.
Auprès de toi nous ne craignons, ma chère,
Ni l'Intérêt, ni les folles erreurs ;
Mais aujourd'hui que l'Hymen et son frère
Inspirent de crainte à nos cœurs !
Dans plus d'un coin, où de fleurs ils séparent, Pour ton bonheur qu'ils régnent de moitié ; Mais que jamais, jamais ils ne s'emparent Du coin de l'Amitié.