‹ Œuvres Completes de P.-J. de Beranger (volume 2)Chapitre 49 sur 153 · MON CURÉ · texte numérisé non relu

MON CURÉ

Air : Un chanoine de l'Âuxerrois.

Le curé de notre hameau S'empresse à vider son tonneau,

Pour quand viendra Tautomne.

Bénissant Dieu de ses présents, A sa nièce, enfant de seize ans.

Il dit parfois : Mignonne, Cache-moi bien ce qm*on fera ; Le diable aura ce qu'il pourra.

£h! zon, zon, zon.

Baise-moi, Suzon,

Et ne damnons personne.

Fait pour chasser les loups gloutons, Dois-je essayer sur les moutons

Si ma houlette est bonne ?

Non ; mais à mon troupeau je dis :

La paix est un vrai paradis

Qu'ici-bas l'on se donne.

Surtout j'ai soin, tant qu'il se peut, De ne prêcher que quand il pleut.

Eh ! zon, zon, zon.

Baise-moi, Suzon,

Et ne damnons personne.

Les dimanches, point ne défends

La joie à ces pauvres enfants ;

J'aime alors qu'on s'en donne.

Du chœur, où seul je suis souvent, Je les entends rire en buvant

Chez la mère Simonne ; Ou, j'y cours même, s'il le faut, Les prier de chanter moins haut.

Eh ! zon, zon, zon.

Baise-moi, Suzon,

Et ne damnons personne.

Sans jamais en rien publier. Je vois s'enfler le tablier

De plus d'une friponne.

S'épouse-t-on six mois trop tard ; Faut-il baptiser un bâtard ;

C'est le ciel qui l'ordonne.

Les plaintes fort peu me siéraient :

Le ciel et Suzon en riraient.

Eh ! zon, zon, zon, Baise-moi, Suzon,

Et ne damnons personne.

Notre maire, un peu mécréant, A maint sermon répond : Néant ;

Mais que Dieu lui pardonne !

Depuis qu'à sa table il m'admet, J'ai su qu'à deux mains il semait,

Sans bruit faisant l'aumône ; Or, la grâce ne peut faillir :

Puisqu'il sème, il doit recueillir.

Eh î zon, zon, zon,

DE BÉRANGEK. 121

Baise-moi, Suzon, Et ne damnons personne.

Je préside à tous les banquets, À ma fête j'ai des bouquets,

Et l'on remplit toa tonne.

Mon évêque, triste et bigot, Prétend que je sens le fagot;

Mais pour qu'un jour, mignonne.

J'aille où les anges font leurs nids, Revoir tous ceux que j'ai bénis.

Eh ! zon, zon, zon, Baise-moi, Suzon,

Et ne damnons personne.

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