‹ Œuvres Completes de P.-J. de Beranger (volume 2)Chapitre 5 sur 153 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

Musique de B. Wii.hem.

.Te disais aux fils d'Épicure :

« Réveillez par vos joyeux chants

« Parny, qui sait de la nature

« Célébrer les plus doux penchants. »

Mais les chants que la joie inspire Font place aux regrets superflus :

Parny n'est plus !

Il vient d'expirer sur sa lyre :

Parny n'est plus !

Je disais 'aux Grâces émues :

« 11 vous doit sa célébrité.

« Montrez-vous à lui demi-nues ; « Qu'il peigne encor la volupté. »

Mais chacune d'elles soupire Auprès des Plaisirs éperdus.

Parny n'est plus !

Il vient d'expirer sur sa lyre :

Parny n'est plus !

Je disais aux dieux du bel âge :

« Amours, rendez à ses vieux ans « Les fleurs qu'aux pieds d'une volage « II prodigua dans son printemps. »

Mais en pleurant je léô vois lire Des vers qu'ils ont cent fois relus.

Parny n'est plus I 11 vient d'expirer sur sa lyre :

Parny n'est plus !

Je disais aux Muses plaintives :

« Oubliez vos malheurs récents * ; « Pour charmer l'écho de nos rives,

* Allusions à la mort de Le Brun, de Delille, de Bernardin de Saint-Pierre, de Grétry, etc.

« Il VOUS suffit de ses accents. »

Mais du poétique délire Elles brisent les attributs.

Parny n'est plus !

11 vient d'expirer sur sa lyre :

Parny n'est plus !

Il n'est plus ! ah ! puisse l'Envie S'interdire un dernier eflFort*!

Immortel il quitte la vie ; Pour lui tous les dieux sont d'accord.

Que la Haine, prête à maudire, Pardonne aux aimables vertus.

Parny n'est plus!

H vient d'expirer sur sa lyre :

Parny n'est plus !

MA GfRAND'MÈRK.

Air : En revenant de Bàle en Suisse.

Ma grand 'mère, un soir à sa fête, De vin pur ayant bu deux doigts, Nous disait en branlant la tête :

Que d'amoureux j'eus autrefois !

Combien je regrette

Mon bras si dodu.

Ma jambe bien faite.

Et le temps perdu !

* Autre allusion aux insultes faites à la mémoire de l'auteur de la Guerre des Dieux.

Quoi ! maman, vous n'étiez pas sage !

— Non vraiment ; et de mes appas Seule -à quinze ans j'appris l'usage.

Car la nuit je ne dormais pas.

Combien je regrette Mon bras si dodu, Ma jambe bien faite.

Et le temps perdu!

Maman, vous aviez le cœur tendre?

— Oui, si tendre, qu'^ dix-sept ans, Lindor ne se fit pas attendre,

Et qu'il n'attendit pas longtemps.

Combien je regrette Mon bras si dodu, Ma jambe bien faite, Et le temps perdu !

Maman, Lindor savait dortc plaire?

— Oui, seul il me plut quatre mois; Mais bientôt j'estimai Valère,

Et fis deux heureux à la fois.

Combien je regrette Mon bras si dodu, Ma jambe bien faite, Et le temps perdu !

Quoi! maman, deux amants ensemble!

— Oui, mais chacun d'eux me trompa.

Plus fine alors qu'il ne vous semble, J'épousai votre grand-papa.

Combien je regrette

Mon bras si dodu, Ma jambe bien faite, Et le temps perdu !

Maman, que lui dit la famille?

— Rien, mais un mari plus censé Eût pu connaître à la coquille Que Tœuf était déjà cassé.

Combien je regrette Mon bras si dodu, Ma jambe bien faite.

Et le temps perdu !

Maman, lui fùtes-vous fidèle?

— Oh! sur cela je me tais bien.

A moins qu'à lui Dieu ne m'appelle.

Mon confesseur n'en saura rien.

Combien je regrette

Mon bras si dodu,

Ma jambe bien faite.

Et le temps perdu !

Bien tard, maman, \ous fûtes veuve?

— Oui, mais, grâces à ma gaîté, Si l'église n'était plus neuve.

Le saint n'en fut pas moins fêté.

Combien je regrette Mon bras si dodu.

Ma jambe bien faite.

Et le temps perdu !

Comme vous, maman, faut-il faire?

— Eh ! mes petits-enfants, pourquoi, Quand j'ai fait comme ma grand'mère, Ne feriez- vous pas comme moi?

Combien je regrette

Mon bras si dodu,

Ma jambe bien faite,

Et le temps perdu !

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