‹ Œuvres Completes de P.-J. de Beranger (volume 2)Chapitre 79 sur 153 · LES DEUX SŒURS DE CHARITÉ · texte numérisé non relu

LES DEUX SŒURS DE CHARITÉ

Air de la Treille de sincérité.

Dieu lui-môme Ordonne qu'on aime.

Je vous le dis, en vérité :

Sauvez-vous par la charité, (bis.)

Vierge défunte, une sœur grise, Aux portes des cieux rencontra Une beauté leste et bien mise Qu'on regrettait à l'Opéra, {bis.)

Toutes deux, dignes de louanges, Arrivaient après d'heureux jours, L'une sur les ailes des anges.

L'autre dans les bras des Amours.

Dieu lui-même Ordonne qu'on aime.

Je vous le dis, en vérité :

Sauvez-vous par la charité.

Là-haut, saint Pierre en sentinelle, Après un Ave pour la sœur.

Dit à l'actrice : On peut, ma belle, Entrer chez nous sans confesseur. Elle s'écrie : Ah! quoique bonne, Mon corps à peine est inhumé !

Mais qu'à mon curé Dieu pardonne ; Hélas! il n'a jamais aimé:

. Dieu lui-même Ordonne qu'on aime.

Je vous le dis, en vérité :

Sauvez- vous par la charité.

Dans les palais et sous le chaume, Moi, dit la sœur, j'ai de mes mains Distillé le miel et le baume Sur les souffrances des humains.

Moi, qui subjuguais la puissance.

Dit l'actrice, j'ai bien des fois Fait savourer à l'indigence La coupe où s'enivraient les rois.

Dieu lui-même Ordonne qu'on aime. ^ Je vous le dis, en vérité :

Sauvez-voûs par la charité. -

Oui, reprend la sainte colombe, Mieux qu'un ministre des autels, Â descendre en paix dans la tombe Ma voix préparait les mortels.

Offrant à ceux qui m'ont suivie, Dit la nymphe, une douce erreur, Moi, je faisais chérir la vie :

Le plaisir fait crot/e au bonheur.

Dieu lui-même Ordonne qu'on aime.

Je vous le dis, en vérité :

Sauvezrvous par la charité.

Aux bons cœurs, ajoute la nonne.

Quand mes prières s'adressaient.

Du riche je portais l'aumône Aux pauvres qui me bénissaient.

Moi, dit l'autre, par la détresse Voyant l'honnête homme abattu.

Avec le prix d'une caresse,.

Cent fois j'ai sauvé la vertu.

Dieu lui-même Ordonne qu'on aime.

Je vous le dis, en vérité :

Sauvez- vous par la charité.

1>EBfiRÀNGER. ISl

Entrez, entrez, ô tendres femmes .' Répond le portier des élus :

La charité remplit vos âmes ; Mon Dieu n'exige rien de plus, (bis.) On est admis dans son empire, Pourvu qu'on ait séché des pleurs, Sous la couronne du martyre.

Ou sous des couronnes de fleurs.

Dieu lui-même Ordonne qu'on aime.

Je vous le dis, en vérité :

Sauvez-vous parla charité, (bis.)

COMPLAINTE d'une de ces demoiselles

A l'occasion des affaires do temps. ■

NOVEMBRE 18i6.

AtR : Faut d' la vertu, pas trop n'en faut.

Faut qu' lord Villain-ton ait tout pris, ) Gn'a plus d'argent dans c' gueux d' Paris, j

Du métier d' fille j' me dégoûte :

C commerce n' rapporte plus rien ; Mais si r public nous fait banqu' route, C'est qu' les affaires n' vont pas bien.

Faut qu' lord Villain-ton ait tout pris, G n'a plus d'argent dans c' gueux de Paris.

Au bonheur on fait semblant d* croire -, Mais j'en jug' mieux qu* tous les flatteurs.

Si d' la cour je n* savais l'histoire, J* croirais "quasi qu'on a des mœurs.

Faut qu lord Villain-ton ait tout pris, Gn'a plus d'argent dans c' gueux d* Paris.

Nous servions d' maitress' et d' modèles A nos peintres gorgés d'écus.

J' crois qu'à leux femm's y sont fidèles D'puis qu' les modèles n' servent plus.

Faut qu' lord Villain-ton ait tout pris, Gn'a plus d'argent dans c' gueux d' Paris.

Quand gn'a pas 1' moind' profit-z à faire Sur tant d' réformés mécontents.

Les juges p't-êtr' fraient not' affaire ; Mais r roi n' leux en laisse pas l' temps.

Faut qu' lord Villain-ton ait tout pris, Gn'a plus d'argent dans c' gueux d' Paris.

Enfin je n' trouvons plus not' compte Avec nos braves qu' l'on vexa.

Vu leux misère, y aurait d' la honte A leux demander queuqu' chos' pour ça.

Faut qu' lord Villain-ton ait tout pris,

Gn'aplus d'argent dans c gueux d' Paris.

Heureusement qu' monsieur Lab...

A nous servir s'est-z engagé :

Comme un diable y s' démène, y crie Pour qu'on rend' les biens du clergé.

Faut qu lord Villain-ton ait tout pris, "| Gn'a plus d'argent dans c' gueux d' Paris, j

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