‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 102 sur 167 · LE VIEUX SERGENT · texte numérisé non relu

LE VIEUX SERGENT

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An : DIf-moi , «oMat , dig-mol, rien foavlènt-^.

Près du rouet de sa fille chérie Le vieux sergent se distrait de seà maux ^ Et, d'une main que la balle a meurtrie, Berce en riant deux petits-fils jumeaux. Assis tranquille au seuil du toit champêtre, Son seul refuge après tant de combats , Il dit parfois : «r Ce n'est pas tout de naître; «Dieu, mes enfants, vous donne nh beau trépas!»

Mais qu'entend-il? le tambour qui résonne :

Il voit au loin passer un bataillon.

Le sang remonte à son front qui grisonne ,

Jje vieux coursier a senti l'aiguillon.

Hélas ! soudain , tristement il s'écrie :

a C'est un drapeau que je ne connais pas.

« Ah ! si jamais vous vengez la patrie ,

ce Dieu, mes enfants^ vous donne un beau trépas I »

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LE VIEUX SERGENT. a4i

« Qui nous rendra, dit cet homme héroïque,

ff Aux bords du Rhin , à Jemmape , à Fleurus ,

« Ces paysans , fils de la république ,

(c Sur la frontière à sa voix accourus ?

« Pieds nusy sans pain, sourds aux lâches alarmes,

' Tous à la gloire allaient du même pas.

« Le Rhin lui seul peut retremper nos armes.

« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

« De quel éclat brillaient dans la bataille

a Ces habits bleus par la Victoire usés !

(c La Liberté mêlait à la mitraille

«c Des fers rompus et des sceptres brisés.

« Les nations , reines par nos conquêtes ,

'( Ceignaient de fleurs le front de nos soldats.

(C Heureux celui qui mourut dans ces fêtes !

«c Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas !

« Tant de vertu trop tôt fut obscurcie. « Pour s'anoblir nos chefs sortent des rangs ; « Par la cartouche encor toute noircie « Leur bouche est prête à flatter les tyrans. « La Liberté déserte avec ses armes ; « D'un trône à l'autre ils vont offrir leurs bras ; « A notre gloire on mesure nos larmes. • « Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! »

24a LE VIEUX SERGENT.

Sa fille alors , interrompant sa plainte ,

Tout en filant lui chante à demi-voix

Ces airs proscrits qui, les frappant de crainte ,

Ont en sursaut réveillé tous les rois.

a Peuple j à ton tour que ces chants te réveillent :

« Il en est temps ! » dit-il aussi tout bas.

Puis il répète à ses fils qui sommeillent :

« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas ! »

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