‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 116 sur 167 · MI · texte numérisé non relu

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Air: Un soMat, par un eoap funeâtoi

D'ancteiis Gaulois , pauvres enclaves j Un soir qu'autour d'eux tout dormait , Levaient la dîme sur les caves Du maître qui les opprimait.

Leur gaîté s'éveille :

. ce Ah ! dit l'un d'eux, nous faisons des jaloux. « L'esclave est roi quand le maître sommeille. « Enivrons-nous ! ( ^/ois. )

« Amis , ce vin par notre maître

i( Fut confisqué sur des Gaulois

a Bannis du sol qui les vit naître

a Le jour même où mouraient nos lois.

LES ESCLAVES GAULOIS. à-j^

« Sur nos fers qu'il rouille , « Le Temps écrit l'âge d'un vin si doux. (( Des malheureux partageons la dépouille. « Enivrons-nous !

« Savez-vous où gît l'humble pierre « Des guerriers morts de notre temps ? « Là plus d'épouses en prière ; « Là plus de fleurs , même au printemps. « La lyre attendrie « Ne redit plus leurs noms effacés tous. « Nargue du sot qui meurt pour la patrie ! « Enivrons-nous !

« La Liberté conspire encore a Avec des restes de vertu ; « Elle nous dit : Voici l'aurore ; « Peuple, toujours dormiras-tu ?

« Déité qu'on vante, « Recrute ailleurs des martyrs et des fous. « L'ôr te corrompt , la gloire t'épouvante, a Enivrons-nous !

« Oui, toute espérance est bannie; « Ne comptons plus les maux soufferts.

« Le liiarteau de la tyrannie c< Sur les autels rive nos fers.

ir. iS

a74 LES ESCLAVES GAULOIS.

a Au monde en tutèle, « Dieux tout-puissants, quel exemple offrez-vous ! a Au char des rois un prêtre vous attelle. Enivrons-nous !

a Rions des dieux , sifflons les sages , <i Flattons nos maîtres absolus , a Donnons-leur nos fils pour otages :

« On vit de honte , on n'en meur l plus, a Le Plaisir nous venge ; « Sur nous du Sort il fait glisser les coups. « Traînons gaîment nos chaînes dans la fange, a Enivrons- nous ! »

Le maître entend leurs chants d'ivresse ; Il crie à des valets : « Courez !

« Qu'un fouet dissipe l'alégresse a De ces Gaulois dégénérés. »

Du tyran qui gronde Prêts à subir la sentence à genoux, Pauvres Gaulois , sous qui trembla le monde , Enivrons-nous !

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