‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 125 sur 167 · L'IN-OCTAVO ET L'IN-TRENTE-DEUX · texte numérisé non relu

L'IN-OCTAVO ET L'IN-TRENTE-DEUX

Viser si haut , malgi'é cette imposture , N'est point mon fait , je vous en avertis. Pour conserver vos lettres de roture , Mieux vous allait de rester tout petits, Petits , petits > oui , petits , tout petits.

Je vois deux sots rendus à leur province : a Messieurs , dit l'un , sifflons le troubadour ; « Il veut des croix , et , pour l'offrir au prince , « A son recueil a mis l'habit de cour» « Le Roi , dit l'autre , a daigné lui sourire, « Même a trouvé ses vers assez gentils. » Voyez du Roi ce que vous ferez dire ! Mieux vous allait de rester tout petits , Petits , petits , oui , petits , tout petits.

L'humble format sut plaire à cette classe Sur qui les arts sèment trop peu de fleurs ; Il se fourrait jusque dans la besace De l'indigent dont il séchait les pleurs. A la guinguette instruisant ces recrues, D'obscurs lauriers j'ai fait large abatis. Pour rencontrer la Gloire au coin des rues , Mieux vous allait de rester tout petits , Petits , petits , oui , petits , tout petits.

Je dois trembler; car moi , qui suis prophète ,

aqo LIN-OCTAVO ET L'IN-TRENTE-DEUX .

Je vois de loin Toubli fondre sur vous. De tant d'échos dont là voix vous repète ^ L'un meurt , puis l'autre, et puis cent ^et puis toiils. Déjà mon front sent glisser sa couronne; Comme les miens vos beaux jours soht partis. Pour disparaître au premier vent d'automne, Mieux vous allait de rester tout petits , Petits, petits, oui, petits., tout petits.

'ic^i COUPLETS.

Jamais je ne me suis fait peindre :

Mais qui donc représentes-tu ?

Peut-être un cafard qui sait feindre Jusqu'au charme de la vertu ; Un petit saint pétri de ruse Qu'à Mont-Rouge on encenserait.

La bonne enseigne pour ma Muse !

Non y non , tu n'es pas mon portrait.

Ou serais-tu l'auteur tragique Qui calcula y rima y lima Maint rôle bien académique Qu'en vain a réchauffé Talma ?

Quoi! parer d'une noble image Mes petits vers de cabaret !

Pour l'îilexandrin quel outrage î Non , non , tu n'es pas mon portrait.

Dans ton masque à mine pincée Est-ce un vil censeur que je vois , Bat de cave de la pensée Qu'il confisque au profit des rois.

J'ai de la fraude en pacotille Qu'à la barrière on saisirait :

Tu me tiendras lieu d'estampille.

Non , non , tu n'es pas mon portrait.

COUPLETS. 39:1

Mais ta laideur serait la mienne , Que ta gloire y gagnerait peu.

Crains même qu'un pr-être ne vienne Saintement te livrer au feu.

Dans l'avenir je devrais vivre ,

Page 1