‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 26 sur 167 · L'ENFANT · texte numérisé non relu

L'ENFANT

Seuls arbitres Du sceau des titres, ChartrierSy rendez-moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur..

Ma mère , en illusti^ personne ^ Dédaigna robins et traitants ; De l'Opéra sortit baronne , Et se fit comtesse à trente ans.

Marquise enfin des plus sévères , Elle nargua les sots propos.

Auprès de mes chastes grand'mères Que son ame soit en repos !

Seuls arbitres Du sceau de titres, Chartriers , rendes^moi l'honneur :

Je suis bâtard d^un grand seigneur.

Mon père , que sans flatterie Je cite avant tous ses aïeux , Était chevalier d'industrie, Sans en être moins glorieux.

Comme il avait pour plaire aux dames De vieux cordons et l'air dispos , Il vécut aux dépens des femmes :

Que son ame soit en repos !

DE BONNE MAISON. 5j

Seuls arbitres Du sceau des titres , Chartrîers , rendez*moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur.

Endetté de plus d'une somme , Et dans un donjon retiré y Mon aïeul, en bon gentilhomme, S'enivrait avec son curé.

Sur le dos des gens du village, Après boire , il cassait les pots.

Il but ainsi son héritage ; Que son ame soit en repos !

Seuls arbitres Du sceau des titres , Chartriers , rendea&-moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur.

Mon bisaïeul , chassant de race , Fut un comte fort courageux , Qui , laissant rouiller sa cuirasse , Joua noblement tous les jeux.

Après une suite traîtresse De pics, de repics, de capots, Un as dépouilla son altesse :

Que son ame soit en repos !

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