L'ENFANT
Seuls arbitres Du sceau des titres, ChartrierSy rendez-moi l'honneur :
Je suis bâtard d'un grand seigneur..
Ma mère , en illusti^ personne ^ Dédaigna robins et traitants ; De l'Opéra sortit baronne , Et se fit comtesse à trente ans.
Marquise enfin des plus sévères , Elle nargua les sots propos.
Auprès de mes chastes grand'mères Que son ame soit en repos !
Seuls arbitres Du sceau de titres, Chartriers , rendes^moi l'honneur :
Je suis bâtard d^un grand seigneur.
Mon père , que sans flatterie Je cite avant tous ses aïeux , Était chevalier d'industrie, Sans en être moins glorieux.
Comme il avait pour plaire aux dames De vieux cordons et l'air dispos , Il vécut aux dépens des femmes :
Que son ame soit en repos !
DE BONNE MAISON. 5j
Seuls arbitres Du sceau des titres , Chartrîers , rendez*moi l'honneur :
Je suis bâtard d'un grand seigneur.
Endetté de plus d'une somme , Et dans un donjon retiré y Mon aïeul, en bon gentilhomme, S'enivrait avec son curé.
Sur le dos des gens du village, Après boire , il cassait les pots.
Il but ainsi son héritage ; Que son ame soit en repos !
Seuls arbitres Du sceau des titres , Chartriers , rendea&-moi l'honneur :
Je suis bâtard d'un grand seigneur.
Mon bisaïeul , chassant de race , Fut un comte fort courageux , Qui , laissant rouiller sa cuirasse , Joua noblement tous les jeux.
Après une suite traîtresse De pics, de repics, de capots, Un as dépouilla son altesse :
Que son ame soit en repos !