‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 30 sur 167 · L'ENRHUMÉ · texte numérisé non relu

L'ENRHUMÉ

On va m'arréter sans procès :

Le vaudeville est né français.

Amis, c'est là, Oui , c'est cela , C'est cela qui m'enrhume.

A m : Ce magistrat irréprochable.

Près de la beauté que j'adore ' Je me croyais égal aux dieux, Lorsqu'au bruit de l'airain sonore Le Temps apparut à nos yeux, (bis.) Faible comme une tourterelle Qui voit la serre des vautours , Ah ! par pitié , lui dit ma belle, Vieillard , épargnez nos amours !

Devant son front chargé de rides, Soudain nos yeux se sont baissés ; Nous voyons à ses pieds rapides La poudre des siècles passés.

A l'aspect d'une fleur nouvelle Qu'il vient de flétrir pour toujours , Ah ! par pitié, lui dit ma belle.

Vieillard , épargnez nos amours !

Je n'épargne rien sur la terre , Je n'épargne rien même aux cieux , Répond-il d'une voix austère :

Vous ne m'avez connu que vieux.

Ce que le passé vous révèle Remonte à peine à quelques jours.

Âh! par pitié, lui dit ma belle, Vieillard, épargnez nos amours !

Sur cent premiers peuples célèbres , J'ai plongé cent peuples fameux Dans un abîme de ténèbres , Où vous disparaîtrez comme eux.

J'ai couvert d'une ombre étemelle Des astres éteints dans leur Cours.

Ali ! par pitié, lui dit ma belle, Vieillard, épargnez nos amours !

Mais , malgré moi , de votre monde

La volupté charme les maux ;

Et de la nature féconde

L'arbre immense étend ses rameaux.

Toujours sa tige renouvelle

Des fruits que j'arrache toujours.

Âh ! par pitié, lui dit ma belle ,

Vieillard , épargnez nos amours !

Il nous fuit; et près de le suivre, Les plaisirs, hélas ! peu constants , Nous voyant plus pressés de vivre, Nous bercent dan» Toublt du Temps.

Mais l'heure en sonnant nous rappelle Combien tous nos rêves sont courts ; Et je m'écrie avec ma belle :

Vieillard^ épargnez nos amours !

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