‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 51 sur 167 · L'OUVERTURE DES CHAMBRES · texte numérisé non relu

L'OUVERTURE DES CHAMBRES

Air de la €odaqui.

Hier monseigneur, le front ceint

De sa mitre épiscopale,

En ces mots à TEsprit-Saint

Parlait dans la cathédrale :

« Tant de bons nobles devenus « Députés du peuple y au peuple inconnus ^

a Dans notre Chambre septennale , « N'ont que tes clartés pour guider leurs pas. ce Saint-Esprit, descends , descends jusqu'en bas. <;< .«j^on , dit l'Esprit-Saint, je ne descends pas. »

« Qu'est ceci ? » dit d'un ton dur,

Une excellence bretoinie.

« Pour ses papiers , à coup sûr,

i:za LA MESSE

a Le tourniquet le chiffonne *.

« Parlons-lui , quoique en vérité « L'Esprit soit de trop clans la Trinité :

« Viens voir à quoi la Charte est bonne. « De ce lourd carrosse on fait un en-cas. (c Saint-Esprit, descends, descends jusqu eu bas. « — Non , dit TEsprit-Saint , je ne descends pas. »

Un financier vient : « Sandis !

« Dit-il j nous prends-tu pour d'autres ?

« Pour gagner le paradis ,

<c J'ai doré mes patenôtres.

« Tremble de perdre ton emploi :

« J'ai séduit des gens plus huppés que toi ,

ce J'ouvre un emprunt : viens, 8ois des nôtres ; c( De notre embonpoint nos amis sont gras. ce Saint-Esprit, descends, descends jusqu'en l)as. « — Non , dît l'Esprit-Saint , je ne descends pas. »

Un magistrat crie aussi :

« Oses-tu te faire attendre ?

ce Ma Thémis a , Dieu merci , ce De bons jurés à revendre.

ce Chaque juge est un homme à moi,

I. On se rappelle FacUon du tourniquet Saint-Jean sur les élecUons de Paris.

DIj saint-esprit. 123

« Qui jette en passant sa carte ehez toi.

« Crains cle voir jusqu'où peut s'étendre « La main de Justice au bout de mon bras. ce Saint-Esprit y descends , descends jusqu en bas. « — Non , dit l'Esprit-Saint , je ne descends pas.»

<f S'il persiste , il faudra bien j

« Dit Frayssinous, qu'on s'en passe.

« D'ailleurs , la cour, pour soutien ,

« Préfère en tout saint Ignace.

a Mont-Rouge a miné tout Paris ; c( La Sorbonne aussi sort de ses débris. <c La jeunesse est clans notre nasse ; « Et les hausse-cols font place aux rabats. « Saint-Esprit, descends, descends jusqu'en bas. « — Non, dit l'Esprit-Saint, je ne descends pas. »

« Mais voudrais-tu t'expliquer ?

« — Oui, bateleurs en goguettes ,

et Je vous ai vus fabriquer

« Vos quatre cents marionnettes.

« Quoi ! vous osez tout pervertir, « Corrompre, effrayer, filouter, mentir ! ,

« Et dans vos discours à roulettes

« — Paix ! dit l'archevêque, ou crains nos prélats. « Saint-Esprit , descends , descends jusqu'en bas. « — Non , dit FEsprit-Saint, je ne descends pas.»

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