‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 84 sur 167 · LE MALADE · texte numérisé non relu

LE MALADE

Avftii. If».

A la : MQie des liois ot des accords cbampêtret-

Un mal cuisant déchire ma poitrine »

Ma faible voix s'éteint dans les douleurs ;

Et tout renaît y et déjà l'aubépine

A vu l'abeille accourir à ses fleurs.

Dieu d'un sourire a béni la natui^e ;

Dans leur splendeur les cieux vont éclater.

Reviens , ma voix, faible , mais douce et pure :

II est encor de beaux jours à chanter*

Mon Esculape * a renversé mon verre ; Plus de gaîté! mon front se rembrunit;

1. Le célèbre dbcieur Dubois, à qui Tauteur de ces chansons ne peut lémoigoei Irop de reconnaissance, cl en qui les qualités du cœur égalent ia science et l*ctonnante habileté.

lo^ LE MALADE.

Mais vient TAinoiir et le mois qu il préfère :

Déjà l'oiseau butine pour sou nid.

Des voluptés le torrent va s'épandre

Sur Funivers qui semblait végéter.

Reviens, ma voix;, faible, mais toujota^s tendre :

Il est encor des plaisirs à chanter.

Pour mon pays que de cliansons encore I D'un lâche oubli vengeons les trois couleurs ; De nouveaux noms la France se décore ; A l'aigle éteint nous redevon& des pleurs. Que de périls la tribune orageuse Offre aux vertus qui Tosent affronter ! Reviens, ma voix, faible, mais courageuse : Il est encor des gloires à chanter.

Puis j'entrevois la liberté bannie;

Elle revient : despotes , à genoux !

Pour l'étouffer en vain la tyrannie

Fait signe au Nord de déborder sur nous.

L'ours effrayé regagne sa tanière ,

Loin du soleil qu'il voulait disputer.

Reviens, ma voix, faible, mais libre et fière:

Il est encor un triomphe à chanter.

Que dis-je ? hélas ! oui , la terre s'éveille , Belle et parée, au souffle du printemps.

LE MALADE. 9.o5

Mais dans nos cœurs le courage sommeille ; Chargé de fers, chacun se dit : J'attends! La Grèce expire, et l'Europe est tremblante ; Seuls, nos pleurs seuls osent se révolter. Reviens, ma voiX| faible | mais consolante : Il est encor des martyrs à chanter.

Page 1