‹ Œuvres complètes de P. J. de BérangerChapitre 132 sur 199 · LES FEUX FOLLETS · texte numérisé non relu

LES FEUX FOLLETS

AïK ; t'aut l'oublier, disatl Volette.

O nuit d’été, paix du village.

Ciel pur, doux parfums, frais ruisseau.

Vous embellissiez mon Ix-rceau; Consolez-moi dans un autre Age.

Las du monde, ici je me |>lais;

Tout y retrace mon enfance.

Oui, tout, jus<|u’à ces feux follets.

Jadis leur éclat et leur danse .M’auraient fait fuir à pas pressés.

J’ai perdu ma douce ignorance.

Follets, dansez, dansez, dansez.

On racontait aux longues veilles Qu'ils (‘taient m(M|U(>urs et méchants;

LMiS

Que ces leu\ i^ardaieiit dans nos champs Bien des trésors, bien des merveilles.

Revenants, lutins, noirs esprits,

Soi'ciers, malignes influences,

A tout croire on m'avait appris.

Je voyais des dragons immenses Sur les donjons des tem|)s pas.s(‘s.

L’Age a souillé sur mes croyances.

Follets, dansez, dansez, dansez.

Un soir, j’avais dix ans à peine.

Égaré, couvert de sueur.

Je vois de loin cette lueur ;

C’est la lampe de ma marraine, triiez elle un gâteau m'attendant.

Je cours, je cours, l’Ame ravie.

Un IxM'ger me crie ; « Imprudent !

» La lumière par toi suivie » lîclaire un bal de tiépassés. »

.Ainsi devait s’user ma vie.

Follets, dansez, dansez, dansez.

.A seize ans, je vis même flamme Sur la tombe du vieux curé;

Soudain m’écriant : Je prierai.

Monsieur le curé, pour votre Ame;

Je m’imagine qu’il me dit :

« Faut-il (|ue la beauté te rende » Déjà rêveur, enfant maudit! »

Ce soir-là, tant ma p»uir fut grande,

Je crus à des deux courroucés.

Parlez encx)re et que j'entciide.

Follets, dansez, dansez, dansez.

Quand j’aimai Rose au cœur candide.

Un peu d’or eût comblé nos vœux. Devant moi passe un de ces feux :

Vers des trésors qu’il soit mon guide.

J’ose le suivre, mais, hélas! ,

Dans l’clang que ce ruisseau creuse,

Je tombe, et je ne péris pas!

A-t-il ri de ta chute alTreuse?

Disent encor des insenst'-s.

Non, mais sans moi Rose est heureuse.

Follets, dansez, dansez, dansez.

De raille erreurs l’Ame affranchie,

.Me voilà vieux avant le temps.

Vapeurs qui brillez peu d’instants, Voyez-vous ma tête blanchie’?

Des sages m’ont ouvert les yeux ;

Mais j’admirais bien plus l’aurore Quand je connaissais moins les deux.

Du savoir le flaml)eau dévore Les sylphes qui nous ont bercés.

Ah! je voudrais vous craindre encore.

Follets, dansez, dansez, dansez.

HATONS-NOUS!

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