‹ Œuvres complètes de P. J. de BérangerChapitre 189 sur 199 · LES FOUS · texte numérisé non relu

LES FOUS

J’ai vu Saint-Simon le prophète,

Le. comte Henri de Saint-Simon naquit au château de Beruy, à quelques lieues de Péronne. li fit partie des Jeunes Français qui, ù limitation de 1m Fayette, coururent en .Amérique prendre part a la guerre de l'indépendance. Rentré en France, il prit du service, mois s'en dégoûta bientût. La révolution ie remplit d'enthousiasme. Ayant obtenu quelques bénéflees par des acquisitions de biens nationaux, il consacra sa nouvelle fortune aux sciences , qu'il se mit à étudier avec toute l’ardeur d'un Jeune homme. Il fit plus pour elles, car il prodigua â des capacités naissantes les secours nécessaires à leur développement. Sa bourse fut bien vite épuisée; il se vit obligé, sous l'empire, d'accepter pour vivre le plus mince emploi dans une administration publique. La réforme sociale ne l'en occupait pas moins, et il publia différents essais remplis d’idées originales , qui toutes attestent son amour de l'humanité. La publication de sa Parabole, admirable résumé d’un système nouveau d’ordre social, l'exposa, sous la restauration , à des |X)ursuites Judiciaires, qui ne servirent qu'à prouver la force

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de sa conviction. Il échappa a la condamnation, qu'il eût pu désirer.

En lutte continuelle avec la pauvreté, déçu dans les esp<''rances que lui avaient données ceux dont le concours était nécessaire au triomphe de ses doctrines , le dégoût s'empara de son ûme, et il tenta de se donner la mort. Le coup de pistolet qu'il se tira lui creva un oeil, et ne Ht qu'ajouter de nouvelles souffrances à celles dont il était déjà accablé. Ses pensées acquirent alors une tendance religieuse, et il publia son Nouveau Chriitianàme en 1823.

Saint-Simon mourut l'année suivante entre les bras de M. Rodrigues , dont les soins ont seuls préservé sa fln de toutes les horreurs de la misère.

II nous manque une histoire consciencieusement faite de ce philosophe , dont le nom a eu après sa mort un retentissement qu'il n'avait sans doute pas prévu.

““ Fourier nous dit ; Sors de la fange,

M. Charles Fourier, auteur du Xoui'eau momie industriel, de la Théorie des mouvements , et de la découverte du Procédé d'industrie sociétaire.

Le système de l'assoo'iation n'a Jamais été exploré avec plus de puissance que par ce philosophe théoricien, qui fait de Y attraction pa.tsionnée la base de son code social. M. Jules Le Chevalier, dans un cours public, a expliqué et propagé les Idées de M. C. Fourier, et sans lui peut-être ne saurions-nous pas bien encore ce que l'inventeur avait entendu par phalanstère, groupe , fonctions attrayantes , etc.

M. Baudet de Lary tente une application partielle de ce système dans le département de Seine-et-Oise.

NOTES

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4'nl connu ces deux jeunes gens , dont la fin a été si déplorable. Lebms m'avait adresse quelques pièces de vers patriotiques. Sa constitution était faible, et maladive, mais tout annonçait en lui un cœur honnête et bon. Malgré l’accueil que je lui fis ù la Force, où il vint me voir, il cessa de me visiter après ma sortie. Je n'en puis donc dire que fort peu de chose. J’ai bien mieux connu Escousse. C'est à la Force aussi qu’il ^ int me trouver , en m’apportant une fort jolie chanson que ma détention lui avait inspirée. Alors et depuis je lui prodiguai les marques du plus vif intérêt et les conseils de l'expérience. Peu de jeunes auteurs m’ont fait concevoir une meilleure idée de leur avenir, moins par ses essais que par le jugement qu’avec tant de candeur il en portait lui-même. Ix)rs du succès de Faruch le Maure, il m’écrivit : Je vie souviens de ce que vous m’avez dit; ne craiqnez rien. Mon triomphe ne ni a JMS enivré. J'en ai été étourdi tout au plus cinq minutes.

Son malheur fut celui qui menace plus ou moins aujourd’hui l)enucoup d’hommes de son âge, dans l’espèce de serre chaude où nous vivons. I.a raison d’Escousse avait acquis une trop prompte maturité. Une tête ainsi faite sur un corps d’enfant n’est propre qu’à flétrir la jeunesse, quand cette précocité n’est pas le rare effet d’une organisation particulière. Elle produit un besoin de perfection qui, ne sachant à quoi se prendre, désenchante la vie à son plus hel Age. Je n’attribue qu’à une sorte de découragement la funeste résolution de ce malheureux et intéressant jeune homme. Il y eut aussi fatalité pour Lebras et pour lui à s’être rencontrés avec des dispositions semblables. Loin l’un de l’autre, peut-être tous deux se fussent-ils soumis à leur destinée, qu'ils s’encouragèrent à terminer violemment.

Une feuille publique a accusé Escousse d’incrédulité absolue.

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NOTES

Pour repousser cette accusation , Je me crois obligé de citer les derniers mots de la lettre qu’il m'écrivit quelques heures avant l’exécution de son déplorable dessein : l'out m’avez connu, Béranger : Dieu me permettra-t-il de voir du coin de tail la place gu’ il vont réierve là-haut }

Outre les drames de Faruch et de Pierre lll, Escousse a laissé des chansons d’un stvle un peu négligé sans doute, mais empreintes des nobles sentiments et des pensées généreuses qui inspirèrent quelques actions de sa trop courte carrière.

On m’a raconté que, sur le point d’être surpris avec une personne que sa présence pouvait compromettre, il se précipita d’un second étage dans une cour pavée. Son dévouement lui porta bonheur ; il n'en résulta pour lui ni blessure ni contusion.

En 1830, le 38 juillet , il se rendit de grand matin à la place de Grève, y combattit tout le jour, toute la nuit, et se trouva le lendemain à la prise du Louvre et des Tuileries. Après la victoire du peuple, Escousse ne dit mot des dangers qu'il avait courus, et, quoiqu'il fût pauvre et sans appui, ne voulut jamais adresser de. demande d'aucun genre à la Commission des récompenses nationales.

Et c'est h dix-neuf ans qu'il a volontairement mis fln n une existence qui promettait d’ètrc si belle et si féconde !

PRÉDICTION DE NOSTRADAMl S

POUR l’an deux mil.

Quand les temps sont mauvais, les prophètes ont beau jeu. Michel de Nostredame , que nous nommons Nostradamus , vécut et mourut sous les derniers Valois. Né en Provence, d'une famille juive convertie, il étudia la médecine, et ses succès lui attirèrent un grand nombre d'envienx , qui le for-

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oi-rent de vivre quelque temps dans la retraite. Il s’y livTa à l'astrologie, maladie de l'époque, et publia, en 1557, les fameuses Centuries, qui lui ont valu la célébrité populaire dont son nom jouit encore. Elles sont écrites en vers barbares , même pour son temps , et d’un style tellement énigmatique , qu’il semble plutôt être le calcul du charlatanisme que le produit d’un esprit en délire. Aussi, ù diverses époques, ont-elles fait naître les interprétations les plus opposées et les plus absurdes. Il faut convenir toutefois que, dans quelques-unes de ses prophéties , le hasard le servit assez bien pour qu’il ait pu étonner les esprits forts de son temps.

Catherine de Médicis voulut avoir des prédictions de cet astrologue , et le combla de présents et d’honneurs.

Nostradamus mourut à Salon , et l’on crut longtemps qu’au fond de son tombeau il ne cessait pas d’écrü^ de nouvelles prophéties ; ce qui ne manqua pas de produire un très-grand nombre de Centuries posthumes dignes de leurs aînées et non moins recherchées d’un public ignorant.

A sa mort , arrivée en 1 566 , Henri IV était dans sa treizième année.

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