‹ Œuvres complètes de P. J. de BérangerChapitre 21 sur 199 · L’EAU BÉNITE · texte numérisé non relu

L’EAU BÉNITE

COLPI.ETS

POUR LR MARIAGE A LKGLISE DE DEl'\ ÉPOtX MARIÉS DEPriS LO\T.TEMI»S SANS TÉRÉMOMR.

AiH : Fauf d'h rertn,pas trop n'ni fnut,

Q's deux époux ont mis enfin De l’eau bénite dans leur vin.

A l’autel ce couple s’ent;ai?e;

Voilà de quoi nous récrier.

.Vprès vingt ans de mariage Os<‘r encor se inari(‘r!

DE BÉRAINGER.

Ces (leux t'poiix ont mis enfin De l’eau bénite dans leur vin.

Grand Dieu, des torts que tu nous passi's, Le moindre, aux yeux de ta bonté.

Est celui d’avoir dit les grâces Avant le bénédicité.

Ces deux époux ont mis enfin De l’eau Ininite dans leur vin.

Madame, de fleurs ennuyée...

Chut! taisons-nous; mais puisse un jour Du chapeau de la mariée Sa fille aussi coiffer l’Amour!

Ces deux époux ont mis enfin De l’eau bénite dans leur vin.

Pour que l’hymen fasse merveilles,

Versez d’un Bordeaux réchauffant,

Reste du vin mis en bouteilles Au baptême de votre enfant.

Ces deux époux ont mis enfin De l’eau bénite dans leur vin.

Toujoure heureux, quoiqu’on en glose. Prouvez au diable, et prouvez bien.

Que, |)arfois prise à faible dose.

L’eau Ijénite ne gâte rien.

Ces deux époux ont mis enfin j De l’eau bénite dans leur vin. I

CHANSONS

L’AMI ÏIÉ.

col l’LKTS

cuAKTes I NKs iMift LK II iiKcèiMimi: mn.

Jorn ANMVKHSAIUK

IIK M\ UIMJAMNATION l'AK 1.A < Ol A l)*ASSI^KS.

Aik •. (/uttml drs am la Jleur pnntankèrv.

Sur lies roM-s rAiiiour soniimùllc; Mais, (jiiand s’obscurrit l’horizon, C(‘li‘l)rons l'Amitio qui \('illc A lu |>ort(‘ d'uiio prison.

’l’yran aussi, l’ Amour nous coiUo Ih-s pleurs (pi’elle siit arn'ler.

,\u |Miids de nos fers il ajoute.

Hile nous aide à h's porter.

Sur des roses l'.Aiiiour sonnmnile; Mais, (piand s’oliseureit l’horizon, (’/'Iéhrons l’.Vinitié cpii V(“ill(ï .V la |K)rte d’une prison.

Dans l’une de nos e(‘ut haslilK's Lorsipie ma .Muse emnuaiaiiea,

.V |)eine on refermait les i^rilles (Jue r.Vmilie frappait d('jà.

Sur (les roses rAiiioiir sommeille;

•Mais, (|uand s’obscurcit l'horizon, Ci'lt'brons l'.Vinitic* qui veille •V la porte d’une prison.

Heureux (|ui, libre de sers chaînes, Bravant la haine et la pitié,

Joint au souvenir de ses perines Celui des soins de l’.Vmilié!

Sur des roses l’Amour sommeilk*;

Mais, quand s’obscurcit l’horizon, Célébrons l’.Amitié qui veille A la port(‘ d’une prison.

Que fait la gloire; à qui suecoml>e?

Amis, renonçons à briller;

Donnons les marbres d’une tondx;

Pour lers plunn'S d’un oreiller.

Sur des rose's l’Amour sommeille;

.Mais, quand s’obscurcit l’horizon.

Célébrons l’.Amitié qui veille \ la porte d’une prison.

Sans bruit, ensemble, ô vous (pu; j’aime! Trom|)ons l(>s hivers meurtriers.

On peut brau'r le Temps lui-méme Quand on a bravé les g(*(Miers. ’

Sur des roses l’Amour sonmuùlle;

Mais, (|uund s’obscurcit l’horizon.

Célébrons r.Vmitié (pii \eillc .V la porte d'une prison.

CHANSOISS

LE CENSEUR

Al» tic la Hufn- et des Jtottes.

On me disait : Il est temps d’i'tre sage;

Au Pinde aussi l’on change de drapeaux.

Tentez la gloire, et, dans un grand ouvrage. Pour le tliéùtrc abdiquez les pipeaux.

De iiH's refrains j’ai ix'poussé le livre;

Mais, quand j’invotjue et Tlialie et sa strur,

Ix'ur voix me crie : Ah! que Dieu nous délivre. Nous délivre au moins du censeur.

Lilk'rté, nourrice du génie.

Voit les Beaux-Arts ])leurant sur son cercueil : Qui va d’un joug subir l’ignominie A de son vers d’avance éteint l’orgueil.

Ré|)onds, Corneille, oserais-tu revivre?

Et toi, Molièrc, admirable penseur?

Non, dites-vous; ou ipie Dieu vous délivre. Vous délivre au moins du censeur.

Tu ^■eux encor ravir le feu céleste.

Jeune homme épris d(!S lauriers l(*s plus In-aux, Quand la censure, à son rocher funeste.

De ton génie a promis k>s lamiHxmx!

hy i

DK BÉRANGER.

D’alTroux vautours, que leur pâture enivre,

Vont mutiler le nolile ravisseur.

Fils (le Japet, ah! que Dieu te délivre,

Te délivre au moins du eenswir.

.Avec Thalie, en satires féconde.

Peignons nos grands, leurs valets, leurs rimeurs, Li's vils ressorts qui font mouvoir le monde.

Et la cour même envenimant nos mœurs.

Dt'lateiir, tremble! en scène il faut me suivre. Jeffrys * en vain t’a pris pour assi'ssi'ur.

Quoi! tu souris!... ah! que Dieu nous délivre. Nous délivre au moins du censeur.

De Louis Onze évotiuons les victimes;

Que, dévoré d’un sanguinaire ennui.

Ce roi bigot, pour se siîùler de crimes.

Mette sa Vierge entre le diable et lui ** *•*.

Mais, tout sanglants, nosTristans’*' vont poursuivre Ce vœu formé contre un lâche oppresseur.

Morts! taisez-vous! ou que Dieu nous délivre. Nous délivre au moins du censeur.

Je laisse donc Thalie et Melpomène Pour la chanson, libre en dépit des rois.

* Juge anglais devenu fameux pcntlanl la restauration des Stuarts, et dont le nom est un peu estropié ici par ncccssilé pour la mesure.

** Louis XI , au dire de quelques historiens, demandait pardon de ses crimes h la bonne Vierge do plomb qu'il portait 5 son chapeau.

*•* Tristan cal le nom du grand prévôt do Louis XI ; il était gentilhomme , et réunissait aux fonctions de Juge celles d exécuteur des hautes-<puvres.

CH Ai\SO^S

Sans II' R-iîir, j’aiirandis son domaine;

D’aiilivs nn jour lui IractTonl des lois.

Qu’en ré|uii)liqiie on puisse y tf)ujoui‘s vivif r (l’est un (“lat (|ui n’est pas sans douceur. Pauvres Français, ah! (pie Dieu vous delivn', Vous (U'-livn- au moins du censeur.

LE MAUVAIS MX,

or

LKS C\H.

Ain : Oh dit partout tfitr jr suix bête

Ih'Mii sois-tu, vin detestalilel Pour moi tu n’es point n^doutahh'.

Bien <]u’au maître de hampiet Des flatleui's vantent ton iKiiupiel.

.\rrosc donc, fade [)i(piett(',

L(‘s fleurs peintes sur mon assiette.

Vive le vin cpii nc' vaut rien!

Notre sant(‘ s’en trouve bien.

Car, si tu m’invitais à Ixiire,

Bient(\t je [M'rdrais la mémoire'

Du docteur, (pii me dit toujours :

<1 Pour vous e’('Sl assez des amours.

DK b'kRANüKR.

» Clianti'z Bairluis ainsi qu’un prèlrc » Parle de Dieu sans le eonnaitiv. »

Vive le vin (pii ne vaut rien!

Notre Ixdle s’en trouve bien.

Car, si lu portais à l’ivresse,

Certaine Espagnole en détres.st',

(!c soir, pourrait bien, je le. sc'ns.

Mettre à sec ma Iwiirse et mes s»'ns; Et Lis(“tte, qui tient ma caisse*, Aurait à souiïrir de la bai.sse.

Vive le vin qui ne vaut rien!

Notre raison s’en trouve bien.

Car, si tu réchaullais ma veine.

Armé de vei’S forgés sans peine.

Tout en chantant je tomlx^rais Peut-être au milieu d’un congrè“s; Puis j’irais, pour démagogie.

En prison terminer l’orgie.

Vive le vin ejui ne vaut rien!

Notre gaîté s’en trouve bien.

Car en prison l’on ne rit guère.

Mais, vin à (jui je fais la guerre.

Tu disparais, et sous mes yeux Mousse un rnH’tar digiu' des dieux.

Au ris<pie d’une catastrophe.

Versez-m’en, je suis philnsr)plu‘.

Versi'z! versez! je ne ciaitts rien;

Du 1k)ii vin je me trouve bien.

«:hanso>s

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