‹ Œuvres complètes de P.-L. Courier (volume 2)Chapitre 25 sur 31 · AUX AMES DEVOTES · texte numérisé non relu

AUX AMES DEVOTES

Département d'Indre-et-Loire (1821)

'n recommande à vos prières le nommé Paul-Louis, vigneron de la Chavonnière, bien connu dans cette paroisse.

iLe pauvre homme est engrandepeine, ayant eu le malheur d'irriter contre lui tout ce qui s'appelle en France courtisans, serviteurs, flatteurs, adulateurs, complaisants, flagorneurs et autres gens vivant de bassesses et d'intrigues, lesquels sont au nombre, dit-on, de quatre ou cinq cent mille, tous enrégimentés sous diverses enseignes, et déterminés à lui faire un mauvais parti, car ils l'accusent d'avoir dit, en taillant sa vigne:

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Qu'eux, gens de cour, sont à nous autres, gende travail et d'industrie, cause de tous maux;

Qu'ils nous dépouillent, nous dévorent au nom du roi, qui n'en peut mais ' ;

Que les sauterelles, la grêle, les chenilles, le charançon, ne nous pillent pas tous les ans, au lieu que lesdits courtisans des hautes classes s'abattent sur nous chaque année, au temps du budget, enlèvent du produit de nos champs le plus clair, le plus net, le meilleur et le plus beau , dont bien fâche audit seigneur roi, qui n'y peut apporter remède 2;

Que tous ces impôts, qu'on lève sur nousen tant de façons, vont dans leur poche, et non pas dans celle du roi 5; étant par eux seuls inventés, accrus, multipliés chaque jour à leur profit, comme au dommage du roi non moins que des sujets4 ;

Que lesdits courtisans veulent mangerChambord, et le royaume, et nous, et le peuple, et le roi, devant lequel ils se prosternent, se disant dévoués à sa personne s ;

Que les princes sont bons, charitables, humains, secourables à tous et bien intentionnés^; maisqu'ils vivent entourés d'une mauvaise valetaille?, qui les

!. Voyez page 162. — 2. Ibid. — 3. Ibid. — /^.lbid. — 5. Ibid. — 6. Page 177. — 7. Page 178.

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sépare de nous et travaille sans cesse à corrompre eux et nous;

Que c'est là un grand mal et que, pour y remédier, il serait bon d'élever les princes au collège, loin desdits courtisans ' , comme on voit à Paris le jeune duc de Chartres, enfant qui promet d'être quelque jour un homme de bien, et dont on espère beaucoup;

Que par ce moyen lesdits princes, instruits à l'égal de leurs sujets, élevés au milieu d'eux, parlant la même langue, s'entendraient avec eux contre lesdites gens de cour, et peut-être parviendraient à délivrer le monde de cette engeance perverse, détestable, maudite ;

Qu'ainsi on ne verrait plus ni Saint-Barthélémy, ni Fronde, ni Dragonnades, ni révolutions, contrerévolutions ^ , qui, après force coups et grand massacre de gens, tournent toutes au profit de la susdite valetaille;

Qu'un tel amendement aux choses de ce monde, bien loin d'être impossible?, comme quelques-uns le croient, se fait quasi de soi, sans qu'on y prenne garde ; que le temps d'à présent vaut mieux que le passé; que princes et sujets sont meilleurs qu'autrefois4; qu'il y a parmi nous moins de vices, plus

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