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parence? je n'en fis que rire. Mais, me voyant tant d'ennemis que tous ceux qui pouvaient me nuire s'y employaient avec chaleur, j'eus recours à M. Courier. Je lui dis : « Aidez-moi : la chose vous regarde. Parlez, faites agir vos amis. » Mais il me répondit : « Mes amis sont à Rome, à Naples, à Paris, à Constantinople, à Moscou. Mes amis s'occupent beaucoup de ce que l'on faisait il y a deux raille ans, peu de ce qu''on fait à présent. — S'il est ainsi, lui dis-je, qui me protégera, qui prendra ma défense? J'ai contre moi tout le monde. »
Alors il me répond : « Blondeau, que vous êtes simple! Mettez le feu à mes bois, au lieu de les garder, et vous ne manquerez pas de protecteurs. Vous aurez pour appui tout ce qui pense bien dans le département. L'homme le plus méprisé, le plus vil, le plus abject de la province entière, a trouvé des amis, des parents, même parmi les magistrats de Tours, dès qu'il m'a voulu faire quelque mal; et pour avoir chassé ma femme de chez elle, il va recevoir de moi deux mille francs à titre de dommages et intérêts. Le fripon qui me vola, l'an passé, la moitié d'une coupe de bois, obtient de l'équité des juges un léger encouragement de huit cents francs, que je lui paye comme indemnité. Ces gens-ci aujourd'hui, sous !a sauvegarde de toutes les autorités, coupent mes Courier. II. 2 S
plus beaux arbres, les serrent paisiblement chez eux : défense de les troubler. Demain ils me plaideront sur le vol qu'ils m'ont fait, et gagneron' assurément. Faites comme eux, vous serez favorisé de même. Si, au lieu de me piller, vous défendez mon bien, vous irez en prison : attendez- vous à cela. »
Tout comme il l'avait dit la chose est arrivée. Je fus jugé, ou," pour parler exactement, je fus condamné à un mois de prison, sans preuves, sans audition de témoins. Les témoins, vous le savez, n'ont été entendus que depuis, ici, devant vous. Messieurs, après mon appel de la sentence rendue à Tours contre moi. A Tours, les juges n'ont pas voulu, sans doute de peur de scandale, examiner si j'avais dit : « Allez vous promener, ou allez vous
faire f », question délicate qui roulait sur la
différence de promener à l'autre mot. Il fut décidé, sur le seul procès-verbal de M. le maire, que je l'avais outragé : en conséquence, on me condamne à un mois de prison. Mes amis trouvent que j'en suis quitte à bon marché : car il eût pu tout aussi bien mettre sur son procès-verbal que je l'avais volé ou tué; et vous voyez ce qui s''ensuivait, puisque sa parole fait foi, sans qu'il soit tenu de rien prouver.
Mais moi, je ne m'en crois pas quitte : ce qu'il n'a pas fait, il le fera. Déjà il répand le bruit que
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je i'ai menacé; déjà il l'a écrit de sa main, sur le registre de la commune. Bien plus, il l'a fait publier au prône de la paroisse. Oui, Messieurs, au prône, un dimanche, par la voix du curé en chaire, tout le monde a été informé que Blondeau menaçait M. le maire. Cela vous étonne, Messieurs : c'est que vous connaissez les lois; mais moi je connais M. le maire, et je sais qu'un mois de prison, mes travaux d'une année perdus, ma famille désolée, un procès qui me ruine, ce n'est pas vengeance pour lui. Ce qui m'étonne, moi, c'est de le voir agir avec tant de mesure, user de prévoyance, et même, avant la fin de cette affaire-ci, se ménager des preuves pour une accusation plus grave, comme s'il n'avait pas toujours ses procès-verbaux, qui sont parole d'Evangile pour messieurs les juges de Tours. Sitôt qu'il lui plaira d'avoir été frappé ou même assassiné, qui le contredira dans ses déclarations? Craint-il qu'on ne s'avise d'examiner les faits? que le procureur du roi, le préfet, ne lui manquent au besoin, et qu'un jour ces messieurs, ne pensant plus aussi bien, ne se fassent scrupule de perdre un malheureux parce qu'il sert M. Courier! Et puis, si l'on voulait des preuves, des témoins, n'a-t-il pas ses fermiers, que vous l'avez vu, Messieurs, amener ici dans sa voiture : gens de bien comme lui, auxquels il coûte peu de lever la main, jurer devant les magistrats ? Enfin, les signa-
ibo PROCES
tures peuvent-elles jamais manquer à l'auteur d'un écrit qu'on va vous lire, Messieurs? C'est l'original même de la publication faite en chaire contre moi par M. le curé :
Par jugement rendu, le 5 mars dernier, au tribunal de police correctionnelle de Tours, Clavier-Blondeau, garde particulier, a été condamné à 3o francs d'amende, à la confiscation de son fusil à deux coups, et aux frais du procès , pour avoir porté des armes de chasse et chassé sans permis de port d'armes.
Plus, à un mois d'emprisonnement, pour avoir menacé et injurié M. le maire de Véretz.
Pour extrait conforme au jugement.
Signé : Bourrasse, commis greffer.
Pour copie conforme,
De Beaune, maire.
Je, soussigné, certifie avoir publié au prône de ma messe paroissiale, le dimanche 2 i mars de la présente année 1819, les copies du jugement de l'autn: part, d'après l'invitation qui m'en a été faite par M. de Beaune^ maire de cette commune.
Marchandeau, curé desservant de Véretz.
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Voilà, Messieurs, ce qu'a publié M. lé curé dans la chaire de vérité, ce qu'il a notifié comme un acte authentique aux habitants de la paroisse. Il n'y a de vrai néanmoins, dans cette pièce écrite tout entière de la main de M. de Beaune, que sa seule signature : le reste se peut dire imaginé par lui, ou arrangé selon ses vues. Il n'est point du tout vrai que l'on m'ait condamné pour avoir menacé et injurié le maire. Il n'est point vrai non plus que ce soit là un extrait du jugement rendu contre moi. Il est encore moins vrai que ce prétendu extrait ait été délivré par le commis greffier. Enfin il est faux que ce commis ait jamais signé rien de pareil, et son nom mis là est une pure invention de M. le maire. Le greffier n'a pu délivrer un extrait qui n'est pas conforme au jugement : aussi s'en défend-il et le nie à tous ceux qui lui en ont parlé. Le jugement ne dit point que j'ai menacé ni injurié personne : je suis condamné pour avoir outragé en paroles M. le maire de Véretz. Les juges ont trouvé un outrage dans ces mots :
Allez vous faire f ; mais, quelque envie qu'ils
eussent d'obliger M. le maire, ils n'y pouvaient trouver de menaces, quand même M. le préfet le leur eût enjoint par vingt lettres. Si le maire voulait des menaces, s'il entrait dans son plan d'avoir été menacé, il fallait qu'il le mît dans son procèsverbal, et cela n'eût pas fait plus de difficulté.