‹ Œuvres complètes de P.-L. Courier (volume 4)Chapitre 22 sur 32 · DE CLAVIER-BLONDEAU · texte numérisé non relu

DE CLAVIER-BLONDEAU

bois volés à M. Courier, que vous en semble. Messieurs? Un maire, la seule autorité à laquelle on puisse, loin des villes, recourir contre les voleurs, se faire ouvertement leur protecteur, le fauteur, le receleur, en quelque sorte, d'un vol public et manifeste, d'une suite continuelle de vols, cela est-il croyable? y voyez-vous, Messieurs, la moindre vraisemblance? Puis, cette fantaisie de se dire insulté, quand je vais, malgré moi (je ne le voulais pas, on m'y força), lui faire une réquisition légale, nécessaire, sur un objet pressant : cela encore se peut-il croire? et cette rage ensuite, cette guerre acharnée, ce soin d'ameuter contre moi tout ce qui peut avoir ombre d'autorité dans le département, ce piège préparé d'une feinte douceur pour me faire souscrire des aveux propres à me perdre, cette publication, cette amplification de jugement qui me condamne, cette signature du greffier, cet extrait prétendu conforme : tout cela, non. Messieurs, ne paraît pas possible, et n'est croyable que pour ceux qui en ont été les témoins, ou qui habitent les campagnes et savent ce que c'est qu'un maire.

Mais la plainte même qui fait le fond de ce procès a-t-eile apparence de sens? et se peut-il qu'un homme, je ne dis plus un maire, mais un homme en âge de raison, hors des faiblesses de l'enfance, se tienne offensé pour un mot i^car j'accorde, je

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veux que je l'aie dit, ce mot), pour un mot tout au plus grossier, qui n'attaque ni l'honneur, ni la réputation, ni la probité, ni les mœurs de celui auquel il s'adresse, et ne peut faire tort qu'à celui qui le prononce ? que, pour ce mot, il veuille poursuivre, exterminer un pauvre domestique; qu'il faligue les juges, entasse des écritures, amène des témoins, remue des gens en place, abuse des actes publics, afin d'obtenir, quoi? que ce malheureux, ruiné, malade, diffamé, après six mois de chagrins, d'angoisses, languisse un mois dans les prisons?

Un mois. Messieurs! avant de confirmer cet arrêt, vous y penserez, je l'espère. Qu'un soldat l'eiit dit à son chef, ce mot dont se plaint M. de Beaune, on eût mis peut-être ce soldat en prison deux jours; et pour le même mot, du paysan au maire, vous ordonneriez un mois, non de la même peine : le soldat, deux jours en prison, y voit des soldats comme lui, en sort sans déshonneur, et n'a point de famille dont le sort l'inquiète; moi, je serais un mois avec des malfaiteurs (on le croira du moins), laissant ma maison désolée et mes enfants à l'abandon ; je les rejoindrais couvert de honte! Quelle différence. Messieurs! Est-ce à vous, juges, d'établir cette différence en faveur de l'homme armé? La loi civile est-elle plus dure que la discipline des camps?

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