OEUVRES DIVERSES
Ifoos zvfjm%f âÊO% k précédent yolame, conduit Courier jiM^' tam mariage I qui fnt comme le dénouement de cette rie fi inqviétr et fi remplie de mouvement. Les lettres qui wmkt cuivre nous le montrent dans ce nouvel état, avec ses affectiona de Cunille, OMia poursuivant toujours ses études et prenant part anx événemens publics avec les mêmes inquiétudes d*esprit. Les deux premières mêlent au récit d*im voyage d'affaires nnepeibrure rapide des désordres qui affligeaient la Touraine, le Maine et l'Ai^jou pendant les cent jours. On y voit que Courier prévoyait nn lacûs d'avance la catastn^e de llf aterloo.
A MADAME COURIER
LuyneSylc 14 juin x8x5.
Je vins ici avant-hier; le bien de Bourgueil est vendu. On m'assure que c'eut été pour moi une mauvaise acquisition. Je le crois, et je me console ; c'est le meilleur parti , et puis , ils sont trop verts. Je demande à tout le monde de l'argent ; personne ne m'en veut donner. Bidaut se moque de moi ; quand je lui parle d'affaires , il me parle politique. C'est la scène de M. Dimanche. Je n'ose lui rompre en visière, parce que je suis dans ses griffes ; mais je tâche de m'en tirer tout doucement. Quel malheur de ne rien entendre à ce chien de grimoire. Je voudrais, comme M. Jourdain, avoir le fouet devant tout le monde, et savoir non pas le latin , mais quelque peu de chicane , assez pour ma provision.
Je ne m'ennuie point; Plutarque m'est d'un grand secours pour passer le temps; je serais heureux si je t'avais; mais en bonne foi, je ne crois pas que tu puisses, dans un pays tel que celui-ci, être une semaine sans mourir. Il est vrai que tu t'occuperais. Enfin nous verrons
quelque jour. Je me promène, je vais courir au haut et au loio , je revois les endroits où j'ai joué à la fossette et au cerf-volant : ces souvenirs me font plaisir.
Je ne sais que te marquer encore : rien de ce que je vois ne t'est connu. Quand je te dirai que la petite Bourdon mourut il y a quelques mois , n'en seras-tu pas bien fâchée? C'était la fille du boulanger, jeune, fraîche et gentille, petite blonde d'environ dix-neuf ans, mariée à un homme de vingt-deux; cela devait être heureux. Point du tout : au bout de cinq ou six mois de ménage il lui prend un chagrin. La voilà qui ne dit mot et maigrit à vue d'oeil. Et mère de l'iri* terroger , et voisines de la tourmenter pour savoir où le mal la tient. Qu'a-t-elle? rien. Que veut-elle? que lui manque-t-il? on ne sait. Elle languit et meurt. Le mari n'en a cure; et c'est là, dit-on^ ce qui l'a tuée. Il est le seul qui ne la regrette pas.
Mais M. de Ferrières regrette trop la sienne. C'est un gentilhomme que tu connais comme Jean de Werth. Elle était jeune, belle et bonne. Elle lui laisse deux enfants. Il l'a tant soignée, tant veillée dans sa dernière maladie, et tant pleurée xiepuis , qu'il s'en va mourir, le pauvre homme, à quarante-cinq ans. Ceci a l'air d'un conte inventé à la gloire des quadragénaires ; mais demande au petit Gasnault, quand tu le verras.
Veux-tu de la politique? Les chouans, les Vendéeiis , les brigands les insurgés , les royalistes, les bourbonistes sont à ëouze lieues d'ici, au Lude. Quand ils y entrèrent, un parent de M. Vaslin , qui demeure là , patriote , jacobin , terroriste, républicain, bonapartiste^ comme tu voudras, fit feu sur eux, leur tua un homme. Us l'ont pris, lui, et ne l'ont pas tué; mais ils ont pillé sa maison et quelques autres. Toute la gentilhommerie se sauve des campagnes, de peur des paysans. M. de la Béraudière s'est retiré à Tours avec sa Camille; les petites en sont ravies, parce qu'elles s'amusent. Ce sont des gens qui de leur vie n'ont fait mal à qui que ce soit : ils font bien d'étr^ sur leurs gardes.
Je ne sai» ^ de tout temps, quelle injuste puissance Laisse le ciime en paix et poursuit l'innocence.
C'est Racine qui dit cela , et il dit bien vrai.
Toun , le mercredi.
Voilà tes lettres de s^aimedi, dimanche, hmdi, mardi , mercredi. Je les ai lues avec grand plaisir, et beaucoup plus de raison que je n'eusse imaginé. Continue, je t'en prie, ce journal, le seul qui me puisse intéresser. Je ne t'en écris pas davantage, parce que le temps me manque. Je ne suis pas non plus si bien ici qu'à Luynes pour
8 COABESPOJVDAJVCli:.
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A MADAME COURIER
Tours , novedibrcf z 8 1 5.
Tai diné chez M. de Ghavaignes en grande compagnie, avec des chouans, des YendéeAs , etc., plus extravagants royahstes que tout ce que tu as jamais vu , mais du reste bonnes gens^ On a porté ta santé avec enthousiasme. Tu as une .grande réputation. Il y avait là deux curés qi^i se sont enivrés tous les deux. Un d'eux avait ce jour-là un enterrement à faire; c'est la première cfao$e qu'il a oubliée. A ^n retour il a trouvé à dix heures du soi|; le mort et sa séquelle qui l'attendaient depuis midi. Il s'est mis à les enterrer. Il chantait à tue-téte, il sonnait ses cloches; c'était un vacarme d'enfer. L'autre curé , qui était le plus ivre des deux, voulait se battre avec moi. Ayant appris que j'avais une femme jeune et joUe, il fit là-dessus des commentaires à la housarde, qui réjouirent fort la compagnie.
Il est question dans les lettres qui suivent des affaires de Courier, bûcheron et vigneron, non comme il Fentendait devant M. le procureur du roi, mais sérieuseinent propriétaire et cultivateur. Véretz, Azay-sur-Cher,
C0HA1ÊSPO5DANGB. 9
Mon^bazon , qui jouçnt un si grand rôle dans quâlques* uns des opuscules condamnés , viennent ici , mais tout simplemeift pour leur part dans les intérêts domestiques de Courier. Dans la suite de cette correspondance, on retrouvera souvent ces noms , et toujours avec plaisir^
A MADAME COURIER
Paris, a5 à 28 décembre i8x5.
Ayant reçu la lettre de M. Lamaze, tu auras pensé , j'imagine , à ^nvoyer les affiches au garde pour la coupe que nous voulons vendre cette année. Si tu ne l'as point fait, va voir Bidaut, et dis-lui de faire parvenir ces affiches dans les villages d'Azay-sur-Cher , Montbazon, Saint-A vertin , Véretz et Larçai. Les trois premiers sont les plus importants. Je oe puis te dire encore quand je partirai; je voudrais que ce fut après-demaiîn ou au plus tard dimanche. Je dînai hier chez ta mère qui me fit dire le matin par Edouard de venir de bonne heure , parce qu'elle allait au spectacle, tout cela comme si elle m'eût invita et que j'eusse accepté ; dans le fait il n'en avait pas été question. Je répondis qu'on ne m'attendît pas, et je vins à quatre heures et demie. J'y trouvai Faye *^ qui me paraît assez attentif auprès de Zaza. On
1 Devenu depuîi beau-frère de Courier.
é O Q0RR£SPekNDÀ]VC¥.
les toit, cote à co]§ à tsAàe. TSêl mère le^boie ; Zaia ne lo^iéUige pa$. Il cj^piyiM à ineryeL(le ce <fae cela'vejpiclfr^. On y^it qu'i^ plgpsj^t à quel- ^16 cho^. Sloi je n'y ni^i^ pas non plus; je les ^' càBser éilsesmme tant quf* j^ puis. 7ç serais
enchaijté que cela**réU3sît , et toi aussi , je crpis. Zaza est bonne personne ; je trc^ve qu'elle gagne beaucoup dœnis quelque temps. Elle est bien faite, quo»cpS|e un peu forte : il y a de l'étoffe pour faire tÇïe^elle et bonne femme , et le d^ôle ne serait pas malheureux- Il est aussi fort bon ënfaftH; et plus uni à ce qu'il me sçoible qtie la plupart des jeftftes gens. Enfin , il ^,dera ce qui est écnt au ciel. "^ ^ "^
là* '
, A MADAME COURIER
' ■ ^ T^dredi, 2 9 décembre x8i5f
• J'ai dîné* hic? avec *** , chez un traiteur du PalaisJUiyal. J'y ai tfouvé des gens de connaissance. Nous avon^ politique à perte d'haleine. Je ne suis d'aucun parti. Mais comme il3 ont tous raî/spn en un certain' ;sens, j^ trouve toujoure moyeo de m'arranger avec eux.*^bendant iU^. m'ont appfele royaliste , et m'ont assOfre que je voyais mauvaise compagnie. Après dîné, nous somipes allés à je
CQRBfiSPONDANOE. I I
ne sais quel *Ofldé , et puis nou6 nous sommes promené». Ils ont voulu m'erUmener au spectacle, tnài^'je les ai plantés là, et je me^suis sauvé chez Visconti.
Je compte aller voir demain Lucy. Ton père Tiept de m'apprendre^a destitution de Bf. Daunon ^ qui ne s'attendait pas à perdre ss^ place , s'étaiâtr,. dit-il , déclaré à la ^Convention pour le purii de Louis XVI. .
Point de paume, Je tiens bon ; je ne vaux pas m-y. remettre pour si peu de temps.
A' MADAME COURIER,
Iparis y lè 3 janvier x Sx 6.
On m*a dit hier à la poste que je pouvais avoir aujourd'hui une place pour Tours dafis le courrier de Nantes. Sî cela est , je pars avec ou sans passe-port,* et j'awiverai ce matin avec cette lettre. Je vais ce matin aux passeports , et j'espère en obte&ir un ; sinon , ma foi , j'y renonce. On ne m'iB9 demandera qu'àBlois , et là, je suis assez connu deptiis mon' aventure pour qu'on me laisse aller cette fois. Si le courrier ne peut me prepdrè je partirai par la diligence.
1 a CORltESPONDAl<C£.
A 10 heures et demie
Je ne puis partir aujourd'hui quoiqu'il y ait une place au* courrier; on me chicane sur mon passe-port; je croyais pouvoir partir sans cela, ou du moins en me servant du vieux; mais il en faut un neuf. Je suis allé au bureau, île du Palais,
où on en donne. Ils me renvoient à un commis-
saîre de police qui demande des répondant^. C'est le diable. J'enrage. Mais que veux-tu?
La vente de notre coupe de bois dpit se Êdre samedi chez Bidaut. Je n'y serai pas, commç tu vois.
Courier, resté seul en Touraine, s'occupa plus de ses affaires que de littérature, et, pour toute distraction, il écrivait à sa femme. Parmi les détails qu'il lui donne , se trouve dans la lettre du a6 ou 2y janvier i8i6 riiistoire du curé et du mort de Luyhes, et puis les défenses d*aL* 1er au cabaret le dimanche; première^ petites persécutions mentionnées dans la pétition aux chambra, îi revjint à Paris , et là oublia Luynes et les autorités pour se remettre à $on grec, et continua la traduction de l'Ane.
Enfin , à la suite d*un second voyage , cette mâme année i8iS , la lettre du y novembre contient le rédt de V infâme affaire, ainsi la qualifie Courier, qui, excitant si vivement son indignation et son horreur pour l'arbitraire, le jeta dans l'opposition. Sa carrière politique fut alors décidée par le succès inattendu de la pé-
GÔRRJESPOITDAJKCE. l3
titieHi^'il écrivit à son retou^, vraimenl: ab irato, et Hpnëlré d'une seule pensée , la délivitince des malheureux; victimes de ces persécutions. Tous ceux men^ tionnés daps la;péi!tio{i, et d'auti^ encore, étaient en prison 9 et avec la presc[ue certitude ^ mourir sur 1 echa£sLud. Jkulbèrt fut relâché; un n#rnnié Milon , menuisier de son état , et René 9up^ce , qui depuis a été gtrde aesi.bois de M. Courier à Luynes, au lieu d'être fusillés', œ à quoi tous deux s'attendaient , furent conioUmnés seulement, le prefniéT à six années de détention à Fontevrault, le second à six mois, etpiir là tous devl ruinés. Mil(in*en est devenu fou.
A MADAME COURIER
Tours 9 le ag janvier i8x6.
Tii passé hier la sdirée cUez madame de la Be- ^udièrè. Il y avait une douzaine de femmes et quelles hommes , la plupart jeunes gens dont JQ^ serais le père^ Cela ne m'a pas empêché de faire beaucoup de folies avec eux. Deux tables de bostAtf^ 6t un colin -maillard dans leur salon que -tu connais 9 outre M. Raymond et une petite fîUç de son âge ; tupeu^ t'imaginér comme on était à Taise:' Colin-maillard Pa emporté. Le boston a été calbulé 9 deux carreanx cassés dans le vacar^ meé M. d'Âuticharap en était , sans uniforme et
l4 GOftRESPONDAUrCE.
sans aiicuneNdécoration. Il est vraiment aimitUe , toufaifi et fort^ la nî^in. EnjSn*^ nous éticMis là likàit ou dix fiâmes géré <i$û. train de nous divertir. J^ suis sbi^ià minuit; perspi^e he^sbçgeait eotore àa^en aller. Us Qnt joué vû(Uj|;t sortes de petits jfeux foft drôlêKç.qui la plupart j|Çétaient- nouveaux. CWhi n'était point ennuyeux comme sont d'of dinaire les petits jeux. Les j#iàiés personnes sont élevées/on ne j)eut pas «nieux, 4m?s ^ ^^^ ^ P^^ prèsules petilis de la Beraudièfe. Cèlles-ci ^a loi , sont'lflèstieii ; décence parfaite, sans nulle espèce de gêne. Point de politique, tout le monde en bottes ; quel délice! Ce qui m'a le ^us amusée* c'est Jt^istoife d'ub bal donné ces jours»p^ssés. Il y a eu' des gens invités qui n'ont pas voulu y venir, aima||^ mieux difoner ata pauvrgs l'argent que cela lepr eût coûté. C'est Vépigrafnme qu'ils bnr faite et qui a porté coup. Oh la \e\tr gar(fe'j3oiine. D autres, au contraire, s^fttendal^nt à être invitési*elfc.ne, l'ont point été : éett^là aie sdnt pas leAtjliis contents. Selon eux^ c'est un tei^i^ar^ * Tu étends ce que cçjâ veut dire. Bfflftïttres- iflfKtés y sont venus, et s'en sont ailés parce qii^ilà n'oiît pas tfouvé le bamssez é^ré. ïoifte la ca'|)lrcité diî * gbuverneuf et des principaux miag&trats a été enipl^yée à arranger ce bal qui, défîriiSvemeift , n'a dlHitçh^ pd^soûne; Si tu t'étais trouvée 4df aurifts-tn été assez ptire? Tu es de rtlfce un peu susj^te. On t'eût^admise
CORRESPOITDÀNGE. 1 5
à cause de moi , qui suis la pureté même; car j'ai été pur dans un temps où tout était embrené. Cest une justice qu'on me ren<|. Madame de la BeraucUère ne tarit point là-dessus. La conclusion que j'ai tirée de tout cela, c'est que, quand nous serons nichés dans nos bois , sur les bords du Cher , il faudra jctous y tenir, et n'avoir de liaisons, d'amis ni de connaissances qu'à Paris. Tu sais là-dessus mon système , dans lequel je me confirme par tout ce tjue j'observe ici.
A MADAME COURIER
Tonrs, le x8i6.
Mes marchands de bois m'ont promis de m'apporter aujourd'hui les cinq mille francs, mais je n'ai gai:de d'y compter; il faudra en venir aux coups , c'est-à-dire aux assignations. Us seront bien étonnés, car jamais je n'ai fait rien de pareil. Mais je vais les é^nner bien plus en leur demandant en justice des doipmages et intérêts pour l'exécrable massacre de mon pauvre bois. Je comprends maintenafntpourquoi mon père avait toujours quelque procès; c'était pôifr ne passe laisser manger la laine sur le dos. Moi je suis tombé dans l'autre excès, et on m^ dévore depuis vingt-
cinq ans. Croirais-tâ bien qUe d'une pièce de quatorze arpents de bois il ne m'en reste plus qtie six? les huit autres sont passés dii côté ée mes voisins. 11 y a des morceaux pliisipetits qàî oût disparu entièrement; on sait seulement par tradition que je dois avoir là quelque chose. J'ai fait toutes ces découvertes dans l'énoniie £sitras des papiers de mon père. On ne me croyait pas homme à mettre le nez là-dedans. Tai fait bien d'autres découvertes. Par exemple , je croyais mes fermes au même prix que du temps de mon père; cela n^ donnait de l'humeur. Le fait est qu'elles sont beaucoup plus bas. Il en est résulté cependant une sorte de bien, en ce que les fermiers, se regardant comme chez eux, ont beaucoup amélioré le fonds. Un seul m'a défriché, sans en être prié , six arpents de terre qui autrefois étaient incultes et inutiles; un autre a rebâti une grange. Aussi me garderai-je bien de les dégoûter par des augmentations trop foites. Je veiix seu* lement les engager à me faire meilleure part de mon bien. ^v
Yfiici la nouvelle de Luynes : le curé allait avec un mort, un homme venait avec son cheval, lie curé lui crie de s'arrêter; il n'en a souci, et passe outre san& ôtejr son chapeau^ note bien. Le prêtre se plaint, six gendarmes s'emparent du paysan , l'emmènent lié et garotté entre deux voleurs de grand chemin. Il est au cachot depuis trois se-
CORRESPONDjkNCE. I -7
maineSy et depuis autant de temps sa famille se passe de pain. ' ••
Autre nouvelle du même pays, i^ curé a défendu de boire pendant la messe ; tous les cabarets à cette heure doivent être fermés. Le maire y tient la main. L'autre jour mon ami Bourdon , honnête cabaretiei'', s'avise de donner à déjeuner à son beau-frère : idf|^.c'était un dimanche , et on disait la mess^e; le jj^BÎre arrive, les voit, et les met à l'amende, qu'ils ont très-bien payée. Mais voici bien pis. Le curé a défendu aux vignerons , qui voulfdent célébrer la fête de saint Vincent leur patroA , d'aller ce jouf-là au cabaret. J'ai vu le c&ré, et je lui ai dit : Vous avez bien raison ; c'est une chose horrible d'aller au cabaret, un jour de fête surtout; et vous faites très-bien, vous, mon» sieur le curé, lie ne jamais vous griser qu'en bonne compagnie dans le courant de la semaine. Cependant raisonnons , s'il vous plait ; saint Vincent aime les vignerons, puisqu'il est leur patron. Aimant les vignerons, il doit aimer la vigne, et par conséquent le vin, et aussi le cabaret,. car tout cela se suit. Comment donc trouve-t-il mauvais que le jour de sa féte on aille au cabaret ? U n'a su que me répondre.
Je te conte des balivernes ; l'heure de la poste arrive ; adieu.
1 9 CORR^SPOirOANCE.
A MADAME œURIERl
Touts, le 3o janvier 1816.
Tes lettres me ravissent. ^ as bien raison de dire qu'il ne faut point d'économie sur cet article. Le plaisir qu'elles me font ne peut se comparer aux dix sous qu'elles me coûtent.
J'ai vu I...^. Sa maison est bien ce qu'il nous faudrait. Elle est plus simple que je ne l'aurais cru en la voyant de loin. Il dit qu'il ne veut point la vendre. Cependant il me Fa fait voir dans le plus grand détail^ et il me la vantait du ton d'un homme qui veut faire valoir sa marchandise. Moi je Ysà fort approuvé de ne point vouloir s'en défaire , et j'ai refusé de voir les appartemens qu'il voulait aussi me montrer. C'est l'histoire de YasUn. H s'est mis en tête que je voulais avoir sa maison.
Demain je fais encore une course à Larçay, et puis une autre à Luynes pour mes marchands de bois , qui finalement se moquent de moi. Je m'en vais leur lâcher des huissiers , ce qui ne m'est jamais arrivé, sans compter un procès- verbal que je vais faire &ire du dommage causé à mes bois. Je ne veux plus, ma foi, passer pour un benêt,
GORRESPOlf DANCE. 1 9
et je vais leur montrer les dents. Je dis comme madame de Pimbêche : Ces œquins viendront nous manger jusqu'à Vame^ et nous ne dirons mot! ils vont me trouver bien changé. Ils t'attribueront ce changementi$ tu ne seras pas aimée de tes vassaux. Tu as pourtant une grande réputation dans le pays. Tu passes pour une beauté pai'faite. Heureux ceux qui t'ont vue. A propos de beauté y un de nos fermiers a un fils qui passe avec raison pour le plus beau garçon du pays. H est blond et a dix-huit ans. Ce ne sont point ces gros traits des Anglais et des Allemands. Sa tête est toute grecque. Il est loin de s'en douter, et cela lui donne une grâce et un naturel que n'ont point vos messieurs de Paris. Avec sa blouse et ses sabots, il a tout-à-fait l'air d'Apollon chez Admète.
Quand je serai revenu de Luynes, il faudra retourner à Larçay pour mes impositions. Tu vois quelle vie. Je me donne au diable, mais j'espère que cela finira. Le pis est que je ne puis m'occuper d'aucune étude, et que j'ai beaucoup de momens où je ne sais que faire. Alors je meurs d'ennui. J'ai trop ou trop peu d'occupations.
Je t'entretiens de mes sottes afifaires qui ne peuvent que t'ennuyer. U vaut mieux répondre à tes lettres. Je suis bien aise que tu aies remarqué le monsieur en pantoufles. Rien n'est plus choquant, je t'assure.
ao COnRESPONDANCE.
Je veux croire» qu'au foud il ne se passe rien ;
Mais enfin on eu cause, et cela n'est pas bien. .
Je t'assiire que tu fais trop d'avances à ces gens qui n'y répondent pa& Il faut se garder d'être dupe en amitié, c'est-à-dire d^ mettre trop du sien. On joue un mauvais personnage.
Tu peins madame S. C'est une pauvre étude et un maigiiB sujet, mais cela vaut mieux que de ne rien faire, ^e ne m'étonne pas que tu aies de la peine à te mettre au travail. J'éprouverais la méiiie chose. Nous noiis prêcherons l'un l'autre. J'^ai des projets admirables, et je les exécuterai en dépit de la pauine.
A MADAME COURIER
Tours, le t" février 1816.
J'espère qu'enfin tu auras -reçu de mes lettres; je t'ai ^crit il 3/^ a eu hier huit jours, c'est-à-dire un mercredi , et je Vois que le dimanche d'après tu n'avais encore Hen reçu. Cela est étrai^ge; mais tû t'es trop désolée, tu devrais être accoutumée aux sottises dé la poste. Tu avais raison de m'attendrë, j'étais à tout moment sur le point de partir, et c'est ce qui m'etnpéchait de t'écrire.
Tes lettres mé font toujours un plaisir infini.
Leur miel dans tous me$ sens hit couler ^ longs traits Une f uayîté qu'onr ne goûla jamab.
C'est du Tartufe. Je suis bien £use que tu n'ailles pas chez lesG.{ pour qije pous ppi$sipn$ former quelque liaison ayçaeïpc, il fE^udrgit qu'ils fussent bonnes gens , et rien n'est si rare. Tous tes détails sont J^ien aimables et valent de l'or pour moi. Les la Beraudière ne sont pour rien dans l'usurpation dont je t'ai parlé; leur gentilhommerie à part-, ce sont des gens fort estimables ; encore sont-ils §ur leur noblesse plus supportables que lesï-autres. Je voudrais être auprès de loi pour te faire- tra'failter,^! auras de la peine il t y remettre ; mais il faut tenir bon, c'est l'affaire de quelques joqrs; je te prêcherai tf exemple. Tu ne m'as pds encdire vu travailler tout de bon ; je veux finir mon Ane tout d'un traij^.
Je gèle et cependant je continite à t'écrire. Il y a ici beaucoup de gens foit mécontens que j'aie osé acheter cettfe foret; ce sont les gros du pays et B. à la tête. H m'aVait dit d'ab6rd^avan| l'/icquisition^^ iCela ae convient qu'au)c gens riches de ce paj^ci. Un M. de Rhodes a eu là-dessus ^ne querelle avec sa femme; c'est l'histoire de M:^ madame de Sottenville. Sa fémmè4ui disait : .Cjommeut avez-i^raus pu ne pfls acheter cëlàr II s'en justifie de son -mi^x ; il <lit qUt^ c'était trop cher. Moi je trouve qti'il aurait bien pu , lui da
a a CORRESPONDANCE.
quelque autre Sottenville y faire un petit sacrifice pour empêcher que cette forêt ne tombât en roture. Quel scandale, en effet, n'est-ce pas, qu'un si beau bien soit dans les mains de gens qui ne sont ni maires , ni préfets , ni généraux , ni marquis, ni négocians ! cela crie vengeance !
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A MADAME œURIER.
Tours, le 6 février x8xff.
Je me lève matin pour t'écrire. H me faut aujourd'hui voir les gens du domaine pour réclamer la maison du garde, qui réellement nous appartient comme ayant de tout temps fait partie de la forêt. C'est une raillerie de prétendre avoir vendu le pot et non l'anse. J'aurai encore une course à faire pour revoir cette maison à vendre , et puis je partirai pour Paris; je ne compte me reposer que dans la voiture.
Tu te rappelles ces gens qui ne veulent pas qu'un paysan mange, boive et porte une chemise. J'allai l'autre jour chez M. Précontais de la Renardière ; qui est un de nos débiteurs ; je le trouvai en famille. Il n'avait point d'argent, me dit^-il; ce sont les paysans qui ont tout, et si cela continue, la noblesse mourra de faim ou sera obligée
CORRESPONBAITGIC. Qf3
de faire quelque chose r qu'il se vende un quartier de pré y c'est un paysan qui l'achète; chacun a maintenant sa goulée de ^e/zace. Ces gens-là mangent de la viande , boivent du vin j ont des souliers : cela se peut-il souffrir? J'abondai ^^^^ son sens, et je le fis frémir en lui racontant une chose doAt je venais' d'être témoin. Croiriezvous bien, lui dis-je, que Jean Coudray le vigneron...? Écoutez ceci, je votis prie. Je viens de chez Jean Coudray; il me devait quelque argent qu'il m'a payé sur-le-champ; Sa femme m'a voulu donner à déjeuner. Mais eUe, que pensez-vous qu'eue prenne à déjeuner? du café à» la crème. Celateur fit dresser les. cheveux à. la téte^ Du café à la crème ! Tout le monde^ s'écria r Du café à la crème ! Nous convînmes tou» que les choses ne pouvaient duper ainsi; et je les quittai en faisant des vœijx bien sincères pour le retour du bon temps ; car ils me paieront , j'imagine , quand les paysans mourront de faim et seront couverts de haillons.
Je voulais t'en dire plus long , mais Bidaud m'a envoyé chercher dès huit heures du matin. Je suis comme Petit-Jean, je n'aime pas qu'on m'interrompe. Adieu.
^4 COABESPpNDAJfÇE.
A. MADAME COURIER
Tours, le 7^oveinbre 1816.
Je ne poursuis point les marchands de bois^ parce que^Doré a un fils qui va, cjit-on, faire un mariage fort avantageux jj et mes poursuites conr tre le père empéelieraient , dit-on , ce mariage, qui pourra aider au paiement de ce qu'on me doit Je n'eu crois rien ; mais pour ne pas ^pécher ces gens de coucher ensemble ^j'att^ds le lendemain de la npce pour lâcher cojitre eux les huissiers. J'ai la réputation d'un hdianné qu'on ne paie que quand on veut. Gela me fait donner au diable.
Je n'ai point vu les la Beraudière : la mère est malade. Ils se sont £ort bien conduits dans une infâme affaire qui a eu lieu dernièrement à Luynés. Dans ce village d'environ i!ioo J^abitans, douze personnes ont été arrêtées pour propos séditieux ou conduite suspecte. C'étaient les ennemis du cufé et du maire. Les uns sont restés en prison six mois, les^ autres y sont encore. Une jeune fille se meurt des suites de la peur qu'elle a euje en voyant arrêter son père. Or, dans cette affaire, il paraît que M. de la Beraudière s'est
COARESPOtîDANGC. 25
employé tant cpi'il a fRj^en faveur de ces pauvres diables. Cela fait qu'on em dit«beaueoup dfS Jbien dans le pays. Dans le fait, ce sont des gens fort estimables.
Un curé me-dîsaitàEiuyp^^ qu'il ne. voulait pas
nxejlustrer^dn plaisir Mets cela avec le dénm-
turer du médecin *. *
'rf • ■■■ ■ ■ *»
A MADAME COURIER
- ^ Tours , le lo novembre tti.6t -
Je cours toujours pour ma chieiftie de vente ; j'ai eu ce matin de bons renseignemens : écouter tout le monde est ma règle. Je jie vendrai pas aujourd'hui, je crois. Il fait un temps affreux. Je vais être obligé de retourner demain à Luynes ; c'est un rude métier que celui 'de ton intendant.
A deiix 'heures ot demie.
On a porCé les enchères à i ï,5oo fr,; c'était ilii prix raisonnable; car le bois est diminué depuis Fan passé: je n'ai pas voulu vendre. Ùadjudicatîon est remise à quinzaine; mais je crois que je ferai affaire avant ce temp$ ; ils viendront me
' Un médecin consilité pat Courier lui répondit un jour gravement : Monsiear , ce syiD|À6iiib me dénature votre tnaladie ; votdani dire dénote^
a6 CORRESPONDANCE.
tourmenter comme Tan passé. On prétend cependant que j'ai mal £ait de remettre la vente. J'entends monter l'escalier ; ce sont de mes gens qui sont sur mon dos. Ils me parlent pendant que j'écris : je fais .semblant de ne pas les écouter. Ils m'offrent ii,6oo fr., moitié comptant. Je ne sais qui diable leur a dit que je voulais i a, ooo fr. Les voilà qui m'offrent 1 2, 000 : je refuse : les voilà partis. Je vais diner chez Bidaut.
A 10 heures du soir.
Ma foi c'est fait pour 12^ a5o fr. ^ à Beaujean ou Bonjean^ dont tu dois te souvenir. Les paroles sont données, sans témoins à la vérité: mais foi de paysan vaut bien foi de gentilhcmime : je ne crois pas avoir mal' fait. Le marché s'est fait chez Oesnœuds ( qui par parenthèse est mort : c'est le gendre qui tient la maison ) ; j'étais là à jouer aux échecs : mon homme entre et me prend à part.
Nos débats commencèrent à sept heures , et vers les dix heures nous conclûmes. J'ai écouté pendant trois heures toujours, la même antienne \je suis connu ^ ce n'est pas pour dire^ je vous paierai bien^ demandez à M. un tel. Enfin nous avons frappé dans la main; si je suis attrapé, ma foi..., que veux-tu ? Les enchères n'ont été portées qu'à 1 1 y 5oo fr. Tout le monde me conseillait d'adjuger à ce prix; on prétendait que, l'assemblée une fois rompue , je ne retrouverais plus les mêmes
GORRESPOlTDAlNGE. 27
offres. J'ai tenu bon, et j'ai gagné 760 fr. Âi-je bien fait, maître? t
Redemande tm peu mon Longus à M. Méjean; il faut absolument ravoir ce livre : l'exemplaire m'est précieux à cause des notes que j'y ai mises.
Tout est fini , on m'approuve fort. Il est certain que le bois a diminué d'un quart depuis deux ans. Enfin , tout le monde trouve mon affaire bien faite. L'opinion du public varie sur mon habileté : on me prend tantôt pour un nigaud , tantôt pour un firl matois.
Adieu : je Vais mettre ceci à la poste, et pars
pour Luynes.
A MADAME 6OURIER.
i3 noTembre 1816. ,
Je suis allé "dimanche à Luynes ; j'ai diné et couché chez les la Beraudière. Ils sont bien fâchés que tu ne sois pas venue. Il y avait chez eux deux émigrés rentrés, habitans du voisinage, qui sont bien ce qu'on peut voir de plus drôle au monde; deux figures à mettre aux Variétés. Ce ne sont que des révérences, complimens, cérémonies; tout tellement caricature.
tkS GOaR£SPÛNOANC£*
qu'il y a de quoi crever de rire. Nous ea avons bien ri quand ils ont été partis. Bonnes gens au demeojraat. De Luynes jç suis venu avec Qdoux ehez ce monsieur qui marchande notre Filonière^ et je crois rachètera; mais ^'est. uqe affaire qui n'est pas prête* à se conclure. Nous avon^ dîné je^ez ji^î. C'e9t une maisQA charmaiite> k Saint- Gyr, snv le chemin de Luyn^ r to doi$ tç rappeler cet endroit sur la colline à ïrti-côte-Qn voit Tours et toute la Loire. Tu verras cela quelque jour. Ils ont grande envie de te voir; tu a$ une réputation dans tout le pays.
: Toix projet de venir passer ici l'hiver ne peut s'exécuter; d'ailleurs il faut que j'imfpàlme mon Ane cet hiver. Ce n'est point une chose ilidifférentp. Enfin tout s'arrangera. Figure-toi que les propriétaires de terres sont toujours gueux , înais jamais ruinés. ■
Ce monsieur qui épouse la vieille ne m'étonne point du tout. Il vient de mourir ici un homme appelé M. A. ; il n'avait ' point d'autre état que d'éjpoii^er de "^eilies femmes , et de les enterrer. M e^ mort veuf de la troisième, et richef car, €Oi|ime il les traitait fort bien peqdant leur vie, ^Ues' le récompensaient .à leur mort. J'avais prédit iquHl lotirait par tme fiUe de.dix4uiit ans .qui l'enterrerait; mais j<e4netiLiis trooipév • • •
COBRESPOKDAÏICE.
* [ Coariér, selon le projet dont il fait mention dans la lettre précédente , s'oeedpa , sitôt son retour èParis , de rinpres«on deson Ane^ En même temps r il écrint la Pétition. Alors seulement il qunnut son talçnt , oa plut^ la symfiithie du jfublic français avee ce talent. On 9ait assez quel effefproduisit ce petit écrit de ^ pages. Cependant jl demeura fidèle à ses études greicques, et ne fut arrêté dans la correction de son Ane que par un nouveau crachement de sang, t|ui le prit au mois de février 4847, et le tint long-temps entre la vie et la mort. Obligé d'aller aux eaux pour se rétablir ,tt ne put reprendre son travail qu'au mois de décembre suivant. La mort de s(m beau-père» arrivée le 48 novembre de
'cette année, TafTecta si vivement, qu'il ne continua qu'avec découragement et de loin à loin les études qui avaient été conmiunes entre eux pendant plusieurs années. Dans quelques lettres qui n'ont pu iptrer ici , il parle , avec la touchante simplicité qu'on lui connait, de sa douleur quand il rentra dans le cabinet de son beau-père , qu'il toucha les livres tant de fois feuilletés avec lui , revit sa place et son fauteuil vidis. Ces regrets profonds et dnrab1é6, comme toutes les impressions de famé de Couriet*, nous ont privés de plttsietirs travàu^E qui , sans cela , ensseï^ été achevés , et que le public otneonnaltra poist : perte qo'ooiiie saurait trop vivement sentir. * ^ ^
En janvier 48^^, Courier voulut, se voyant dés fdt-ces, aller seuien Touraihe. Il fut repris de son crachement de sang, et ramené mourant. *
La lettre suivante est une de celles qu'il écrivît pendant sa convalescence â'sa femniie, qui terminait à Tours les affaires abaii-
données par lui. H' marque là le peu de souci que lui donne rinstttut, où se trouvaient alors trois places vacantes. Ou >ait
3o GORRESPONDANCE.
rhistoire des nominatioiis faites à ces places par T Académie y après six mois employés à préparer ses choix. Les soUidtations de sa
femme et de quelques amis avaient déterminé Courier, contre son gré et son caractère, à faire quelques démarches pour remplacer son beau-père. H les fit, et s'en repentit,- comme il l'a si plaisam- * ment avoué, tout en se vengeant sur l'Académie du refus auquel il s'était exposé en prenant ses titres de savant pour des droits à une distinction de savant La lettre qui vient ensuite est acbessée à M. Raoul de Rochette , après le refus de l'Académie. ]
A MADAME COURIER
Le 9 février z8x8.
Tu vois comme je t'écris. Je te parle de moi. C'est comme il faut que tu fasses. Tout ce que tu fais, ce que tu penses, tout ce qui te vient à l'esprit sans examen , il me le faut coucher par écrit. Visconti est mort; je viens de recevoir son billet d'enterrement. Voilà trois places à l'Institut. En aurai-je une? Je ne sais. S'ils me reçoivent, j'en serai bien aise; s'ils me refusent, j'en rirai : je ne vaudrai ni plus ni moins , et le public sera pour moi. Je crois que je serai reçu. Mon Ane va paraître, je crois, la semaine prochaine. Il semble que Bobée ait envie d'en finir.
Adieu. Je m'arrange avec Rosine on ne peut
mieux. Elle jouit du bonheur de voir son fils ne rien faire du tout. J*ai voulu hier l'enVoyer porter quelques livres chez ta mère. Rosine s'en est emparée , et les a portés elle-même. Il ne faut pas qu'un gentilhomme sache rien faire , dit Molière. Adieu.
A M. RAOUL DE ROCHETÎE.
Paris, le i5 avril x8x8.
Monsieur , je n'aurai point l'honneur de dîner demain avec vous, parce que je pars pourla campagne^ à mon grand regret, je vous assure.
Ne croyez pas que je me plaigne de votre académie; je reconnais au contraire qu'elle a eu toute sorte de raison de me refuser; que je n'étais point fait pour être académiden y et que c'était à moi une insigne folie de me mettre sur les rangs. Seulement , je ne veux pas qu'on me croie plus sot encore que je ne suis ; et comme bien des gens s'imaginent que je me présente à chaque élection pour essuyer un refus, je ne dois pas négliger, ce çie semble , de les désabuser. C'est là l'objet du petit mémoire que je vais publier, et dans lequel je ne prétends point justifier, mais
atténuer ma sottise : je n'en ai guère fait en ma vie que pair le consâl de mes «mis. Six , Visconti ! YisGonti ! ^
[ Ceà au mois d'avril de cette annéeyjue Courij^ acheta sa maison dé la Ghavonnîère. Il était à Paris pendant que sa femme sollicitai^ à Tours au sujet du procès contre Claude Bourgeau; procès perdu par CH^urier, et dont Tobjet est connu par le Mémoire rentra Claiide Bourgean. La lettre;qai suit a trait à eette affaire. ]