‹ Œuvres complètes de P.-L. CourierChapitre 112 sur 203 · A M. COLBERT · texte numérisé non relu

A M. COLBERT

COMMISSAIRE ORDO.NNATEIR.

Foggia , le 22 février 1807.

Mon cher ordonnateur, je suppose que vous êtes maintenant à Naples, où l'on vous attendait lorsque j'en suis parti 5 vous vous divertissez , et ne songez guère à moi qui m'ennuie fort, et pense souvent à vous , bien fâché de ne plus vous voir. Voilà une douceur à laquelle vous ne sauriez vous dispenser de répondre.

Cest donc pour vous dire que vous m'écriviez. Joignez à votre lettre une petite note de la petite somme que vous avez à moi ; chose utile , nécessaire même , en cas de mort ou de départ de votre part ou de la mienne ; vous savez ce que c'est que de nous. Si on meurt de plaisir et d'ennui , nous sommes tous deux en grand péril.

Il y avait dans ce pays-ci beaucoup de brigands, même avant que nous y vinssions ; le nombre en augmente tous les jours. On détrousse les passants, on fait le contraire aux filles ; on vole , on viole , on massacre ; cet art fleurit dans la Fouille autant pour le moins qu'en Calabre , et devient une ressource honnête pour les moines supprimés , les abbés sans bénéfices , les avocats sans cause, les douaniers sans fraude et les jeunes gens sans argent. Tout voyageur qui en a, ou paraît en avoir, passe mal son temps sur les routes. Pour moi, dont l'équipage fait plus de pitié que d'envie, je prends peu d'escorte, et voyage en ami de tout le monde.

Cest pour vous dire enfin que je vous embrasse et me recommande à votre bon souvenir. J'embrasse aussi le sous-intendant, et lui sou- ' haite de devenir quelque jour surintendant, pour i ne point trouver de cruelles. i

Jamais surintendant trouva-t-il de cruelles ? ,

C'est Boilcau qui a dit cela, et il parlait, je '

crois, d'un de vos aïeux qui était surintendant ; dont bien vous prend.

De vos nouvelles bientôt, je vous prie; ou si paresse vous lie les doigts, faites-moi écrire par l'ami commun ; supposé que les amis comme lui puissent jamais être communs... Au diable le calembour! Dieu vous garde.

AL SIGNOR FROCESCO DAMELE,

PRIVATO BIBLIOTECARIO DEL RE DI SAPOLI , etC.

Foggia, 24 marzo 1807.

Si vales benè est, ego valeo. Valeo si ; ma ho avuto febbri e raffredori, ed altri incommodi che m'hanno insino a questo momento tolto il piacere di potervi scrivere. Miuacciato tuttavia prima che assalito da si fatti malanni, ho presto dato di piglio all'usata medicina, mangiare poco e faticare assai ; con questa panacea e l'ajuto di Dio , mi son guarito di modo che sto come una lasca ; e , se sapessi che di voi fosse lo stesso , sarei contento quanto puô essere un galaut'uomo. Qui à Foggia, ciô è, in terra latronum, pullulano i ladri , ed è un' arte il rubar cosi ouorata e profittevole, e senza pericoli , che tutti la voglion fare; chi collo schioppo, chi colla penna, e meglio anche al tavolino che alla macchia. Gran fatica si prépara ai futuri Tesei. Ma parliamo d'altro, Questa brutta commissione impostami per commando regum timendorum in projjrios grèges non va avanti, cosi nonpossopiu sperar di rivedervi cum hirundine prima; anzi dubito e temo di dover piu e piu mesi stare lontano da voi, il che non era niente necessario a farmi gustar la vostra veramente aurea conversazione. Affe di Dio, don Ciccio mio, dacchè vi lasciai non ho trovato con chi barattar due parole. Qui vengo a cercar muli , ma son tutti asini che in vederli mi fauno esclamar : dov'e il caro don Ciccio qui turpi secemit honestum ?Dov'è il padre abate che dovea venir con me ? Ma quanto fu piu accorto a non partirsi mai da voi; e don Giuseppe nostro coU'aniabile consorte sua ; e donna Giulia , tutti vi piaugo; mi pare mille auni di rivedervi tutti. Ma quando sarà, Dio lo sa.

Ora, che vi pare del mio scriver toscano? per me, credo scrivervi cruschevolissimevolmente; ma se a caso, questo mio cicalare non fosse proprio di nessuna lingua per voi intelligibile , basta , v'è notolaffetto mio, e se non troppo raintenderete, indovinerete almen quanto vorrei, ma non so significarvi meglio. Vale,fac ut me âmes et valetudinem tuam diligentissimè cures.

Page 1