‹ Œuvres complètes de P.-L. CourierChapitre 148 sur 203 · A MADAME LA PRINCESSE DE SALM · texte numérisé non relu

A MADAME LA PRINCESSE DE SALM

Rome, le 20 juillet 1812.

Me voilà , Madame , à Paris , et vous n'y êtes pas. Vous êtes dans vos terres ; et quand vous en reviendrez , j'irai dans les miennes , chétives , qui n'ont rien de commun avec les vôtres , que de me faire enrager si elles m'empêchent de vous voir. Vous serez de retour en octobre , et alors je m'en irai à Tours : on dirait que je prends mes mesures pour ne point vous rencontrer. A peine partez-vous que j'arrive ; et si vous revenez Je me sauve. Le fait est que je ne désire rien tant que de vous voir ; mais Dieu ne le veut pas. Patience, ce guignon-là ne saurait durer toujours.

Je vous ai écrit de Rome, Madame, et, qui plus est, mes lettres sont parties. Je sais qu'il m'arrive de les garder en attendant la réponse ; mais, cette fois, j'ai beau fouiller dans mes poches et dans mes papiers, je n'y trouve rien à votre adresse. Ainsi elles sont parties , et vous les avez , et vous n'avez point répondu , ou j'aurai mal mis les adresses. Je vous cherche des excuses, parce que je ne voudrais pas vous trouver coupable : vous le seriez beaucoup. Madame, si vous m'eussiez oublié pendant que j'étais là-bas ; car je pensais souvent à vous. Tout le monde ici m'assure que vous vous portez bien. Marquezmoi , je vous prie , ce qui en est.

[Le 23 octobre 1812, au moment même où la conspiration dite Mallet éclatait, M. Courier partit pour Tours. Il passa à Orléans le 24 ou le 25 , et le lendemain il se rendit à Blois. Les gendarmes de cette ville lui demandèrent son passe-port, et comme il n'en avait pas, il fut arrêté et mis en prison. On lui permit d'écrire à ses amis de Paris, et ceux-ci

obtinrent aisément du préfet de police Real les ordres nécessaires pour le faire mettre en liberté, Après quatre jours entiers de détention , il continu? son voyage vers Tours et Luynes.]

A M. CLAVIER

Tours, le 6 novembre I8I2.

J'ai reçu votre paquet avec la feuille de l'imprimeur. Faites-lui savoir , je vous prie, que je serai à Paris dans le courant de la semaine prochaine, et que, par cette raison, je ne lui renvoie point sa feuille corrigée.

On s'est en effet remué plus que je n'aurai» cru pour me faire effacer de la liste des conjurés. Je suis sorti des mains de messieurs de la police en payant cinq ou six louis , et je suis ravi d'en être quitte pour de l'argent.

J'ai trouvé tout mon bien en bel et bon état. Mes affaires seront terminées sous peu, et je partirai pour Paris.

J'aurais pu rester longtemps dans les griffes des alguazils , si on n'eût pas parlé pour moi , et Dieu sait comment cela pouvait finir. Cette conspiration étant toute d'officiers sans emploi , moi , officier démissionnaire, venu à Paris depuis peu, et parti le jour même de l'affaire, j'y pouvais figurer très-bien.

A M. CLAVIER

Paris, le 18 novembre I8I2.

Monsieur, je vous envoie un Longus pour Real, puisque vous croyez que cela lui fera plaisir. Entre nous , c'est à vous que je suis tenu de ma délivrance, non à lui ; et quand il aurait eu dessein de m'obliger, ce serait proprement beneficium latronisj comme dit Cicéron, won occidere. Mais soit fait comme vous souhaitez. Mille respects à ces dames.

A MADAME PIGALLE

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