‹ Œuvres complètes de P.-L. CourierChapitre 25 sur 203 · LETTRES ET ARTICLES PUBLIÉS, ETC · texte numérisé non relu

LETTRES ET ARTICLES PUBLIÉS, ETC

dans l'étranger, dites-vous; et vous notez ces mots : Monsieur, excusez-moi, je n'ai pas dit ainsi ; vous êtes de la cour, et parlez comme vous voulez, avec pleine licence et liberté entière. Nous, gens de village, sommes tenus de parler français, pour n'être point repris, et nous disons qu'une brochure s'imprime en pays étranger. Du moins, c'est ainsi qu'on s'exprime généralement à Larçay, Cormery, Ambillon, Montbazon et autres lieux que je fréquente.

Vous changez encore mes paroles , quand vous me faites dire, Monsieur, qu'il y a un prince dont les sentiments me sont connus, à moi vigneron! y pensez-vous? Corrigez cela, s'il vous plaît, et de vos quatre mots n'en effacez pas trois , comme le veut Boileau, mais un ; et vous direz , en toute vérité , que les sentiments de ce prince sont connus , c'est-à-dire publics , et que personne ne les ignore. Il croit, par exemple, que les princes sont faits pour les peuples, et non les peuples pour les princes ; sentiment moins bizarre que vous ne l'imaginez , vous autres courtisans. Il n'est ni le premier, ni le seul de sa maison à penser de la sorte , si les bruits en sont vrais.

Êtes-vous plus exact et mieux instruit. Monsieur, quand vous nous assurez que monsieur le duc d'Orléans part pour l'Angleterre? J'ai foi à vos discours où le mensonge n'entre point; le ciel n'est pas plus pur... Mais à ceci je vois bien peu de vraisemblance. On sait , et c'est encore une chose connue, qu'il aime son pays, et n'en sort pas volontiers, ayant pour cela moins de raisons qu'en aucun temps, comme vous dites, lorsqu'il

voit une guerre d'abord mal entreprise être

heureusement terminée.

Rare bonheur si , eu effet , elle est terminée sans qu'il nous en coûte autre chose que des millinns et quelques hommes ! L'état-major est sain

el sauf. Remarquez- vous , Monsieur, comme

il ^ a peu de guerres à présent, et dans ces guerres peu de combats ? Jamais on n'a moins massacré. Cependant , vous me l'avouerez , jamais on n'a tant raisonné , tant lu , tant imprimé ; ce qui me fei'ait quasi croire que le raisonnement et la lecture ne sont pas cause de tous maux , comme des gens ont l'air de se l'imaginer. Nous en voilà au point que les révolutions se font sans tuer personne, et les guerres presque sans batailles. Si les contre-révolutions se pouvaient adoucir de même , ce serait un grand changement et amendement ; qu'en dites- vous ? Le faut-il espérer, à moins que ceux qui les fout ne se mettent à lire ? ai lis ils haïssent les livres. Ils ne voulurent point

i de l'Évangile, lorsqu'il parut, et le combatteul j dans la Grèce. Malgré eux, l'Evangile, mis en langue vulgaire , est entendu de tous. Par lui , peut-être , eux-mêmes enlin s'humaniseront quelque jour, et consentiront les derniers à vivre et laisser vivre ; mais cependant voilà passées une dizaine d'années sans beaucoup de carnage dans le monde ; ce qu'on n'avait guère vu encore , si ce n'est sous les Antonins , quand la philosophie régnait.

P. S. Pourrez-vous m'apprendre , Monsieur, si monsieur l'abbé de la Mennais continue son Indifférence en matière de religion; ouvrage auquel je m'intéresse ? Le temps ne saurait lui manquer, car je le crois quitte à présent de ses fonctions de journaliste. Ses actions sont vendues, tous ses comptes réglés avec ses associés. Un petit mot là-dessus dans votre prochain numéro me satisferait extrêmement.

Note du rédacteur. L'auteur de cet écrit est homme de bon sens, et sur bien des choses nous paraît penser assez juste. Mais il vit loin du monde, et ignore la mesure de ce qui se peut dire. En publiant sa lettre, nous en avons retranché quelques phrases , et des mots que ceux qui connaissent son style n'auront nulle peine à suppléer.

CONSTITUTIONNEL. — 4 mars 1824.

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